Ciné-Débat Le roi et l’oiseau – vendredi 3 novembre à 20h15

Par Ana, le 29 octobre 2017

Dans le cadre du cycle Cinéma d’animation français, Rochefort sur Toile vous propose sur soirée Ciné-Débat autour du film Le roi et l’oiseau de Paul Grimault – 1980 (1H27), le vendredi 3 novembre à 20h15, suivi d’une rencontre avec Pascal Vimenet, critique, auteur et enseignant spécialisé.

Contrairement à ce qui a été initialement annoncé, le court métrage Le petit soldat ne sera pas diffusé avec Le roi et l’oiseau faute d’obtention les droits de diffusion.

« Voilà une histoire qui ferait un bon film » aurait dit Jacques Prévert à Paul Grimault après avoir relu le conte d’Andersen La Bergère er le ramoneur.

Pratique

Vendredi 3 novembre à 20h15
Tarif unique : 6 euros ou Pass 4 films du Cycle Cinéma d’animation français
Lieu : Apollo Ciné 8 – Rochefort

Synopsis

Le Roi Charles V et Trois font Huit et Huit font Seize règne en tyran sur le royaume de Takicardie. Seul un Oiseau, enjoué et bavard, qui a construit son nid en haut du gigantesque palais, tout près des appartements secrets de Sa Majesté, ose le narguer.

Le Roi est amoureux d’une charmante et modeste Bergère qu’il veut épouser sous la contrainte. Mais celle-ci aime un petit Ramoneur. Tous deux s’enfuient pour échapper au Roi et, réfugiés au sommet de la plus haute tour du palais, sauvent un petit oiseau imprudent pris à l’un des pièges du Tyran. Le Père Oiseau reconnaissant promet en retour de les aider.

La police retrouve la trace des fugitifs. Une folle poursuite s’engage. Des machines volantes conduites par des policiers moustachus, de mystérieuses créatures couleur de muraille qui espionnent la ville, des tritons motorisés et le Roi sur son trône électrique flottant, ou sur son gigantesque Automate, les pourchassent…

Il était une fois la naissance d’un film d’animation

Le Roi et l’Oiseau constitue en fait le tout premier long métrage de dessin animé français en couleurs. C’est à l’association en 1945 du réalisateur Paul Grimault et du poète Jacques Prévert que l’on doit ce chef d’œuvre, dont l’histoire est assez atypique.

Le film a connu une première mouture sous le titre : La Bergère et le Ramoneur– reprenant le titre du conte éponyme de Hans Christian Andersen – laquelle sortit en 1953 mais avec un montage différent, imposé par la production, dans une version que désapprouvèrent Paul Grimault et Jacques Prévert eux-mêmes.

En 1966, Paul Grimault récupère les droits et les négatifs du film, qui durait 62 minutes, puis redessine les scènes existantes, ajoute de nouvelles séquences et le remonte entièrement pour donner Le Roi et l’Oiseau(87 mn).

Enfin, en 1980, le film verra le jour ; il aura fallu attendre trente cinq ans pour que Le Roi et l’Oiseau sorte pour de bon sur les écrans. Malheureusement, Jacques Prévert (décédé en 1977) ne connaîtra jamais cette version définitive.

La genèse du film fait en fin de compte écho au message qu’il contient : le triomphe de la liberté.

Un peu plus qu’un univers surréaliste et poétique

Le dessin de Grimault est original et somptueux, il distord les perspectives, favorise les grands espaces architecturaux « à la Salvatore Dali » ou « à la Giorgio de Chirico », et pousse à l’excès les antagonismes. Il esquisse ainsi le tableau saisissant d’un royaume hybride.

Les personnages hauts en couleurs sont rigoureusement élaborés sur le plan physique et comportemental et portent intrinsèquement une forte charge symbolique : la jeunesse éprise de liberté pour la bergère et le ramoneur, la défense de l’amour et la force du verbe pour l’Oiseau, le pouvoir tyrannique et la méchanceté pour le Roi.

Pour reprendre l’expression de Grimault lui-même, il s’agit-là de personnages – prétextes.

Les jeux de langage comme les mots enluminés de Prévert (co-scénariste, dialoguiste) sont franchement savoureux. Sa poésie a le don de tourner en ridicule la violence, de la violenter elle-même d’un soufflet. Plus que jamais, la plume est employée comme une arme redoutable pour lutter contre la dictature.

Sur le plan esthétique, Le Roi et l’Oiseau est donc une véritable innovation et une vraie prise de risque, Grimault et Prévert mettant au point une stylistique nouvelle et très originale.

Mais derrière la forme pointe le fond et l’œuvre offre manifestement une pluralité de lectures.

C’est en effet à une véritable exégèse de La Bergère et le Ramoneur que procède Jacques Prévert réfléchissant autour des possibles détournements de sens du récit initial. De-là, un travail de destruction et de re-construction du texte originel est opéré. Parmi ces interprétations en puissance, le poète y voit une occurrence politico-philosophique forte, l’occasion d’un pamphlet contre le totalitarisme et l’obscurantisme.

Le lieu même où se déroule l’histoire, le royaume de Takicardie purement imaginaire, permet de donner au film une dimension universelle et intemporelle

La  musique originale du film est l’oeuvre de Wojciech Kilar compositeur polonais de musique de film et de musique classique. Son travail pour Le Pianiste lui vaut en 2002 le César de la meilleure musique écrite pour un film.

Dans la presse

« En sus de sa splendeur graphique et plastique ­ ligne claire européenne mêlant des références à Chirico ou Magritte ­, cette œuvre tragique et sarcastique conjuguant archaïsme et science-fiction, amour et politique, montre un raffinement et une invention jamais vus dans l’univers des petits mickeys.
C’est donc moins un grand film joyeux pour enfants ­ qui pourront être déroutés par la noirceur du propos ­ qu’un trip fou dans un drôle de monde surréaliste où l’émerveillement le dispute à l’angoisse. Un film total. » Vincent Ostria pour LesInrocks.

« On sait avec quelle patience Paul Grimault est parvenu à réaliser son rêve : remanier La Bergère et le Ramoneur, un film commencé avec Jacques Prévert en 1950, dont la finition leur avait été retirée par des distributeurs sans scrupules. Trente ans après, le poète du dessin animé a eu le dernier mot. A son ami disparu, il rend le plus beau des hommages. Car tous les thèmes chers à Prévert sont là. Devant ces grands ateliers royaux où, inlassablement, sont forgées des statues du roi, c’est la vanité et la bêtise que l’on dénonce. « La charmante bergère et le petit ramoneur de rien du tout » symbolisent l’innocence et l’amour. Dans le coup de poing final du robot sur la cage aux oiseaux éclate la saine colère des deux amis contre toute entrave à la liberté. Aux spectateurs pressés, Paul Grimault propose de prendre le temps. Rien de frénétique dans cette course-poursuite lente et contemplative. Même les décors de la cité kafkaïenne semblent tracés avec tendresse. Un classique. »  Bernard Guénin pour Télérama.

Galerie photos

 

Prochaines soirées ciné-débat

Dans le cadre du cycle de son Cycle de Cinéma d’animation français, Rochefort sur Toile, vous proposera tout au long du mois de novembre deux autres soirées événements.

Jeudi 9 novembre à 20H15 – Soirée innovante autour Sébastien Laudenbach

avec la projection du film La fille sans mains suivie d’une vidéo du réalisateur Sébastien Laudenbach expliquant la genèse du film.

Après une dizaine de courts métrages, en 2016 Sébastien Laudenbach réalise en solitaire sur une année son premier long métrage La jeune fille sans mains en conservant le style épuré de son court métrage Journal (1997).

Le film obtient la mention du jury au festival d’Annecy 2016.

 

 

 

Vendredi 17 novembre à 20H15 – Hommage à Jean-François Laguionie

avec la projection du film Louise en hiver suivie d’une rencontre avec Dominique Frot, comédienne de cinéma et de théâtre, originaire de Rochefort, et qui prête sa voix à Louise.

C’est avec le soutien de Paul Grimault que Jean-François Laguionie produit ses trois premiers courts métrages. En 1978, il obtient la Palme d’Or à Cannes ainsi qu’un César pour La traversée de l’Atlantique à la rame réalisé en papier découpé, comme La demoiselle et le violoncelliste : même style naïf, même univers aquatique qui vire au fantastique.

Dès 1979, il crée La Fabrique, lieu qui réunit réalisateurs et artistes où il travaille 5 ans pour réaliser son premier long métrage, Gwen et le livre de sable (1985), suivi de Le château des singes (1999), L’île Black Mor (2004), Le tableau (2011) et Louise en hiver (2016).

Il prépare actuellement ces deux prochains longs métrages Le voyage du prince et Slocum.

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