Du 23 au 29 janvier 2019 à l’Apollo Ciné 8

Par Sophie, le 23 janvier 2019

A l’Apollo Ciné 8 cette semaine du 23 au 29 janvier 2019, Amanda de Mikhaël Hers, Green Book de Peter FarellyWildlife de Paul Dano et toujours Être plutôt qu’avoir ?d’Agnès Fouilleux et Les invisibles de Louis Julien Petit au tarif Rochefort sur Toile : 6€ toutes les séances

Amanda

Drame français de Mikhaël Hers (1h 47min)

Synopsis

Paris, de nos jours. David, 24 ans, vit au présent. Il jongle entre différents petits boulots et recule, pour un temps encore, l’heure des choix plus engageants. Le cours tranquille des choses vole en éclats quand sa sœur aînée meurt brutalement. Il se retrouve alors en charge de sa nièce de 7 ans, Amanda.

Les séances en version française

Me.23 Je.24

Ve.25

Sa.26 Di.27

Lu.28

Ma.29

L’avis du « Monde » – à ne pas manquer

Pour tous, Paris rayonne d’un beau soleil, en ce début d’été. Et David (Vincent Lacoste), 24 ans, porté par l’énergie de sa jeunesse, court comme un beau diable. Assure les petits boulots dont il a la charge tout en sachant se rendre disponible pour sa sœur, Sandrine (Ophélia Kolb), professeure d’anglais et mère célibataire d’une petite fille de 7 ans, Amanda (Isaure Multrier). Quand David doit aller chercher sa nièce à l’école, il court, jongle, arrive parfois en retard. Sandrine s’en offusque. Mais la complicité et l’amour qui unissent ces deux-là écourtent toujours le temps des reproches. Ces liens les ont aidés à surmonter, dès leur plus jeune âge, l’abandon d’une mère partie loin du foyer familial. Ils leur prêtent désormais la main pour combler, auprès d’Amanda, l’absence d’un père.
C’est dire le degré de violence auquel est soumis l’édifice, le jour où David découvre, au milieu de nombreuses autres victimes, le cadavre ensanglanté de sa sœur gisant sur une pelouse du bois de Vincennes, au point de rendez-vous qu’ils s’étaient fixé pour un pique-nique entre amis. Surgi dans la clarté d’une séquence bucolique, le tableau qui nous parvient à travers le regard du jeune homme apparaît étrangement irréel. Une vision onirique à laquelle le film suspend son vol, dans un silence assourdissant. Quelques minutes de sidération avant le retour à la réalité. Au réveil, rien ne sera plus comme avant. Il va falloir annoncer à la petite fille la mort de sa mère. Il incombera aussi à David, dans l’immédiat, de s’occuper de sa nièce, et assez rapidement de se déclarer – ou pas – son tuteur. Dans ces urgences qui se heurtent au temps long du deuil, David marchera en trébuchant, sur un rythme en déséquilibre dont se fait écho le film, qui navigue entre différents états, concilie diverses cadences. Répétition des tâches quotidiennes, lenteur de la réparation, arrêt foudroyant de la douleur qui submerge avant le retour en pointillé des instants joyeux.

Mikhaël Hers compose avec ces mouvements contraires, comme au sein d’une symphonie dont l’unité se nourrit de l’intervention de tous les instruments. Laissant s’exprimer chacune des étapes traversées par David et Amanda. Le premier, à peine adulte, pressé, dispersé, emporté dans l’ivresse d’un amour naissant qu’interrompt l’attentat et lesté soudain d’une responsabilité trop lourde pour lui. La seconde, gamine aux rondeurs de poupon, mature avant l’âge, prisonnière d’un silence qu’elle doit combattre pour parvenir à s’ouvrir de nouveau. Ces deux êtres, dont on ne sait pas toujours lequel aide l’autre, apprennent à se connaître, à s’apprivoiser, à vivre ensemble, au creux d’un chagrin qui les pousse à grandir en accéléré.

Il n’est pas de remède miracle pour se sortir d’une telle épreuve. Il en existe en revanche pour préserver un film de l’ornière mélodramatique qu’un tel drame sous-tend. Mikhaël Hers en fait la démonstration dans Amanda, comme dans chacun de ses films, où il prend soin d’arrimer son sujet à des lieux précis et à des séquences de la vie quo­tidienne. A l’intérieur de cette citadelle dont il a posé les remparts, le cinéaste n’esquive ni ne tait rien.

Parcs fermés au lendemain de l’attentat, portiques de sécurité dans les lieux publics, présence militaire s’affichent comme les indices d’une époque dont le film se fait le témoin. Au même titre que la précarité, la multiplication des petits métiers, la location des appartements à la petite semaine, dont Mikhaël Hers a choisi de ne pas faire l’économie en situant Amanda dans les quartiers encore populaires du 12e arrondissement. De ce climat de violence et de fragilité, le cinéaste tire une élégance qui lui est propre. Une pudeur qui se manifeste à travers un art de l’ellipse et de la respiration dont on ne peut que lui savoir gré. Ainsi voit-on dans ces échappées belles qui parcourent le film – sur les hauteurs de Périgueux ou dans l’enceinte de Wimbledon – le signe d’une politesse, une autorisation à souffler. Et c’est alors seulement, à l’issue de ce trajet commun, que Mikhaël Hers s’accorde enfin le lâcher-prise. Dans un final mélodramatique parfaitement assumé, où, sur le visage d’Amanda, s’inscrit, à travers les larmes et le rire, tout le chemin parcouru.

La critique par Jérémie Couston, Télérama

Un mélodrame magnifique sur l’apprivoisement de deux êtres.

Pendant les vingt premières minutes, il règne une légèreté suspecte pour qui connaît le cinéma profondément désenchanté de Mikhaël Hers. David jongle avec nonchalance entre deux jobs alimentaires : la gestion d’appartements meublés pour touristes et l’élagage des arbres du 20e arrondissement de Paris. Il va aussi chercher, au pas de course car toujours en retard, sa nièce Amanda à la sortie de l’école, pour aider sa sœur, Sandrine, prof d’anglais au lycée Arago et jeune mère célibataire. Les trois membres de la famille Sorel paraissent heureux et unis malgré un quotidien pas toujours simple mais régulièrement égayé par les Paris-Brest de la boulangerie et les chansons d’Elvis Presley. C’est le début de l’été. La saison des pique-niques. Ce soir-là, David est retenu à la gare de Lyon pour accueillir des locataires. Sandrine et Léna, une voisine avec qui il commence à flirter, sont déjà parties au bois de Vincennes. Quand David les rejoint d’un coup de vélo, sa vie, et le film, bascule : des terroristes islamistes ont fait un carnage sur la pelouse.

Dans Amanda, film de la maturité, il aborde frontalement des effusions qu’il avait l’habitude de laisser hors champ ou d’éviter pudiquement au moyen d’ellipses. La scène, tant redoutée, d’annonce de la mort de Sandrine à sa fille, sur le banc d’un square désert, est bouleversante de simplicité. Mikhaël Hers n’hésite pas non plus à filmer, brièvement mais sans ambages, les victimes ensanglantées de la fusillade.

L’attentat du bois de Vincennes, fictif mais, hélas, très plausible, est aussi l’occasion pour le réalisateur, passionné de pop et grand arpenteur de salles de concert depuis la fin des années 1980, de rendre un hommage discret aux victimes de la tuerie du Bataclan et, plus généralement, à la jeunesse parisienne décimée le 13 novembre 2015. Une jeunesse qui le fascine et qu’il n’a de cesse, depuis ses premiers courts métrages (Primrose Hill, Montparnasse),de mettre en scène pour en percer les mystères.

Point de bascule du récit, l’attaque terroriste reste circonscrite à deux ou trois très courtes scènes avant d’être évacuée pour laisser au film le temps de développer son vrai sujet : la paternité accidentelle. Orphelin de père et brouillé avec une mère qui a aban­donné le foyer sans donner signe de vie pendant dix ans, David, « adulescent » de 24 ans (Vincent Lacoste, très convaincant dans son premier grand rôle dramatique), se retrouve du jour au lendemain à devoir gérer son propre deuil et la vie d’une enfant de 7 ans. Epaulé par une tante bienveillante (Marianne Basler, véritable baume de réconfort), David a bien du mal à s’improviser papa et à reconstruire en même temps la fragile relation avec Léna, son amoureuse, rescapée mais traumatisée.

Fidèle à son habitude de laisser ses personnages dénouer leur douleur et leurs conflits à l’air libre et en mouvement, Mikhaël Hers envoie David et Amanda arpenter l’Est parisien, de la place Voltaire au Parc Floral, en passant par les quais de Seine. Succession de scènes de la vie quotidienne d’une douce banalité où, pour réapprendre à s’aimer, les paroles échangées comptent moins que les sensations revenues. Jusqu’à cette déterminante excursion londonienne au stade de Wimbledon pour assister à la symbolique « remontada » d’un joueur de tennis à la peine. A chaque point gagnant, des larmes de joie sur les joues d’Amanda et sur les nôtres. Dans les yeux embrumés de la blonde orpheline, on peut enfin lire le mot qui lui faisait défaut. Revivre.

Green Book

Drame-Biopic américain de Peter Farrelly (2h 10min)

Synopsis et détails

En 1962, alors que règne la ségrégation, Tony Lip, un videur italo-américain du Bronx, est engagé pour conduire et protéger le Dr Don Shirley, un pianiste noir de renommée mondiale, lors d’une tournée de concerts. Durant leur périple de Manhattan jusqu’au Sud profond, ils s’appuient sur le Green Book pour dénicher les établissements accueillant les personnes de couleur, où l’on ne refusera pas de servir Shirley et où il ne sera ni humilié ni maltraité.

Dans un pays où le mouvement des droits civiques commence à se faire entendre, les deux hommes vont être confrontés au pire de l’âme humaine, dont ils se guérissent grâce à leur générosité et leur humour. Ensemble, ils vont devoir dépasser leurs préjugés, oublier ce qu’ils considéraient comme des différences insurmontables, pour découvrir leur humanité commune.

Les séances en version française

Extraits de la critique de Sarah Ugolini, Le Quotidien du Cinéma

Quand l’humour et l’amitié viennent à bout des préjugés. C’est la leçon de tolérance que vient nous enseigner « Green Book : Sur les routes du sud ». Un road movie classique et esthétique qui nous plonge au cœur de l’Amérique ségrégationniste des années 60. Mais si le racisme ordinaire de l’époque est omniprésent tout au long de ce film tiré d’une histoire vraie, le centre de l’intrigue reste la naissance d’une amitié entre deux hommes que tout oppose. Cette fresque historique nous fait vivre la rencontre improbable entre Tony Lip, une brute épaisse ventripotente, peu cultivée et aux manières aussi rustres qu’hilarantes, et le Dr Don Shirley, un pianiste noir homosexuel aussi brillant que raffiné et distingué.
Le road trip de ce duo saugrenu qui quitte New York pour vivre l’aventure sur les routes du sud est donc le postulat de départ du film, dont le titre « Green Book » fait référence au guide utilisé par les automobilistes noirs pour les guider en voyage. Il comprenait notamment les hôtels, restaurants et autres établissements réservés aux Afro-Américains.

Au cœur de ce road movie, le duo comique formé par ce dandy confronté à un ours mal léché donne lieu à des répliques bien senties hilarantes, tant le contraste de leurs tempéraments est grand. Dr Shirley est un esthète dont la rigueur frôle parfois la rigidité, alors que Tony est une caricature d’exhubérance et de volubilité italienne qui jure, fume et mange (souvent les deux à la fois) avec un manque de finesse et de subtilité flagrants.

Leur confrontation donne lieu à des comiques de situation irrésistibles. Je fais notamment référence au moment de la dégustation du poulet frit qui est d’une drôlerie savoureuse pour le spectateur. Peu à peu la joie de vivre communicative de Tony va adoucir l’aspect hautain et autoritaire de Don, qui cache en réalité un mal-être et une profonde solitude.

En retour, l’intelligence et la culture du pianiste vont affiner les goûts de Tony en l’éveillant à la beauté de la musique classique. À son contact, il va s’élever et voir peu à peu disparaître les préjugés raciaux ancrés en lui durant des années par un mélange de clichés et d’ignorance. Une évolution du personnage incarnée par un Viggo Mortensen prodigieux de justesse, qui alterne subtilement humour et émotion.

L’hypocrisie de la ségrégation est mis en exergue par la situation sociale ambivalente de Don Shirley. Bien que riche et célébré en tant qu’artiste, il reste interdit de restaurants et d’hôtels prestigieux et est même privé de l’utilisation des toilettes chez les hôtes blancs chez lesquels il est invité à se représenter ! Un paradoxe qui trouve son paroxysme dans une phrase prononcée par un Don Shirley plein de colère et de douleur : « Donc si je ne suis pas assez noir et si je ne suis pas assez blanc, alors dis-moi Tony, je suis quoi ? »

Autant de manifestations insidieuses de la suprématie blanche qui règne alors en Amérique qui poussent les spectateurs à réfléchir, tant elles font écho à la hausse des crimes liés à la haine raciale dans les États-Unis de Donald Trump.

Viggo Mortensen est nommé pour le Golden Globe du meilleur acteur dans un film musical ou une comédie. Une nomination plus que méritée pour cet acteur de génie qui prouve une nouvelle fois son talent de caméléon.

Mahershala Ali, oscarisé l’année dernière pour son rôle de trafiquant de drogue au grand cœur dans « Moonlight », est quant à lui nommé pour le Golden Globe du meilleur acteur dans un second rôle. Une distinction entre les deux acteurs que l’on peut presque regretter tant la magie du film repose sur leur duo et leurs deux interprétations magistrales.

Après des comédies déjantées à l’humour potache, voire graveleux, telles que « Dumb et Dumber » ou « Mary à tout prix », Peter Farelly fait de ce premier film en solo une ode bienveillante à la tolérance pleine d’humour et de dérision. À la fin de ce road movie, Oleg, un musicien de Don Shirley, affirme avec fierté pour son ami pianiste : « Le génie n’est pas suffisant, il faut du courage pour changer le cœur des gens.

Ce récit sentimental d’une humanité commune affirmée, nous incite à croire que rien n’est jamais perdu et qu’une histoire d’amitié peut parfois suffire à réduire à néant une vie entière de préjugés.

L’Express par Antoine Le Fur

Pourtant, loin d’être moralisateur, « Green Book » est un film bourré d’humour, dont les joutes verbales entre les deux personnages promettent de faire le bonheur des cinéphiles […]. Si le film fonctionne si bien, c’est sans doute dû à l’alchimie régnant entre ses deux comédiens à forts potentiels oscarisables, Viggo Mortensen et Mahershala Ali.

Mathias the Watcher sur Sens Critique

Alors autant le dire tout de suite, ce film est brillant non pas par sa réalisation mais par son duo d’acteurs. Ali & Mortensen sont juste impeccables tout du long (si on occulte le fait que la prestation d’Ali jouant l’homme bourré n’est pas tellement convaincante). Et c’est cette relation entre deux hommes qui n’ont rien en commun qui va arriver à tirer les bonnes cordes pour nous émouvoir. Un génie plongé dans sa solitude car le monde peut comprendre son art mais ne peut pas accepter sa personne et ceux qui peuvent accepter sa personne ne peuvent comprendre son art. Un génie qui va trouver un sens aux choses sous le regard du rustre de service. Une amitié improbable, n’ayons pas peur des mots, une bromance ! Le film est par moment vraiment drôle, par moment vraiment dur (sans jamais rentrer dans la dureté insoutenable de certaines exactions de l’époque) et parfois un peu stéréotypé également (ce qui n’était pas nécessaire mais ne gêne pas vraiment la vision du film à mon sens).

Wildlife

Drame américain de Paul Dano (1h45)

Synopsis

Dans les années 60, Joe, un adolescent de 14 ans regarde, impuissant, ses parents s’éloigner l’un de l’autre. Leur séparation marquera la fin de son enfance.

La critique de Camille Nevers, Libération

Le plus étonnant, face à Wildlife, c’est de réaliser combien le «simple» est devenu rare – rarement désiré, rarement atteint -, assez, disons, pour s’en étonner. Cette simplicité souvent prise pour son contraire, l’académisme – ou, par certains qui mettent un point d’honneur à ne rien vouloir comprendre, pour «classique» ou «littéraire». Aller au plus simple est pourtant la suprême difficulté. Faire en sorte que la mise en scène, et le film qui en résulte, façonnent un écrin, réceptacle a priori neutre pour accueillir les vivants. Dans cet «élément» délicatement approché les personnages trouvent à s’animer, dotés d’une existence propre. On ne se trouve pas devant l’énième soupe tiède, indé, fragile et zélée.

La mère, le père, le fils, le monsieur riche. Ces personnages, qui galvanisent un romanesque d’abord assoupi, sont, en un juste retour, rehaussés par lui – en récompense presque. Aussi minimal ce romanesque soit-il, d’ailleurs. Celui d’un film envisagé à légère distance continue, fidèle en cela à cette forme de récit rêvassant et travaillé d’intervalles, d’expectative lente, des romans de Richard Ford (dont le film est une adaptation), assez proche aussi de l’atmosphère intranquille et de la frugalité d’un Thomas Hardy. Ce qui est en jeu, pour dire mieux, c’est un romanesque de «portraits». Au sens le moins pictural et le plus littéraire : par exemple, ce dernier plan est magnifique, mais par ce qu’il ponctue plus encore que par sa composition plastique. Brosser un portrait, approcher et rendre aussi curieusement familier qu’obscurément étranger un caractère choisi, un être élu. Il y faut la bonne approche, la mise en scène et le comédien ajustés ; un diapason entre eux. Parvenir au beau portrait, c’est allier avec la plus grande précision une certaine pureté physique à une impureté psychologique. Gestes, expressions, postures versus dialogues, regards, non-dits. La place accordée au regard posé, celle du narrateur, manifeste ou effacée, est essentielle à ce titre. Dans Wildlife, c’est le regard de Joe, enfant à l’affût tenu en retrait de l’existence de ses parents mais qui en saisit tout de même les bribes, assez pour en prendre plein la figure. Les parents, Jerry et Jeanette. Jake Gyllenhaal et Carey Mulligan. Absorbés par ? Joe ne sait pas. Une pensée somnambule. Elle, au volant de la voiture qui les conduit aux abords du brasier – seul aperçu de l’horizon lointain du film – enseigne à son fils que les arbres, après le feu, on les appelle «the standing dead». Les morts debout.

Le feu, la neige. Les deux moteurs du récit. Le feu, Joe de dos fixant les arbres broyés par les flammes. La neige, Joe de face attendant son bus et qui aux premiers flocons se met à courir vers sa petite maison. Ce sont les deux tournants du film. Le premier, dans la fournaise du paysage qui crame évoque ce qu’est en train, loin, d’affronter le père absenté, dépressif, qui s’est porté volontaire. Le second, avec les flocons qui tapissent peu à peu les lignes mornes du Montana, et sonnent silencieusement le retour du père et la fin du feu.

Entre les deux : Joe, 14 ans, et Jeanette, 37. Une Carey Mulligan à tomber de sensibilité qui, sous les yeux de son fils (le petit Ed Oxenbould de la Visite) comme sous ceux de Paul Dano, transfigure le film à mesure de sa transformation à vue, elle, la mère, l’amante, la femme délaissée, la coquette à ses heures. L’essentiel du film sera de patiemment, avec un émerveillement contagieux, la suivre à mesure que son portrait se fait plus précis au même moment que plus fuyant – la beauté vient de cette avancée simultanée du précis et du flou, prosaïque et impalpable.

«Je ne sais pas ce que tu penses», dit Joe à Jeanette, avec ce regard franc et un peu trop fixe de la peur de ce qu’elle va faire. Mais comme le garçon face à sa mère, on a une idée de ce que Dano ressent, tournant son premier film, sentiment simple et rare qu’il transmet donc magnifiquement – et qu’on trouve assez souvent chez un comédien passé de l’autre côté de la caméra. Ce qui timbre littéralement Wildlife et illumine chaque plan, ce plaisir et cette reconnaissance intimidée, c’est un sentiment de gratitude.

Les séances en version originale sous-titrée

Me.23

Je.24

Ve.25

Sa.26

Di.27

Lu.28

Ma.29

Être plutôt qu’avoir 

Documentaire d’Agnès Fouilleux (1H28)

Synopsis

Quels citoyens notre société marchande et hyperconnectée forme-t-elle pour demain ? Quelles alternatives pourrait-on souhaiter pour mieux répondre aux enjeux à venir, quelles valeurs souhaite-t-on transmettre aux enfants ?

Bâtir la confiance en soi dans la relation, apprendre la coopération pour mieux faire société, connaitre la nature pour mieux appréhender les enjeux à venir, voilà ce que proposent les pédagogies actives…

Comme le disait Nelson Mandela, l’éducation est l’arme la plus puissante pour changer le monde…

Et le souhaite-t-on vraiment ? Pour plus d’info voir >>>> la page sur la soirée ciné-débat de la semaine dernière

Les séances en version française

Me.23 Je.24 Ve.25

Sa.26 Di.27 Lu.28 Ma.29

Critiques

« Des exemples passionants,(…) des intervenants éclairants… » Les Fiches du cinéma

« Un panorama des pédagogies actives «  Le Monde

« Est-ce un remède à l’individualisme ambiant et à la consommation effrénée ? » Télérama

 » Un regard vivifiant sur les enjeux de l’école. Très documenté et construit, le film invite à réfléchir et à agir « 
Écran Total.

« Un film très documenté avec plusieurs pistes de réflexion très intéressantes, comme l’enfermement des enfants en classe et les écrans »
La Ligue de l’enseignement – FOL -Mission Nationale Cinéma

Les invisibles

Comédie de Louis-Julien Petit, France,  1h42

Synopsis

Suite à une décision municipale, l’Envol, centre d’accueil pour femmes SDF, va fermer. Il ne reste plus que trois mois aux travailleuses sociales pour réinsérer coûte que coûte les femmes dont elles s’occupent : falsifications, pistons, mensonges… Désormais, tout est permis !

Les séances en version française

Critiques

Contre l’avis du maire, des assistantes sociales hébergent des femmes SDF. Une comédie sociale savoureuse où ces « invisibles » tiennent leur propre rôle.

Lady Di, Brigitte Macron, Beyoncé et les autres trépignent devant les grilles de L’Envol. Enfin, pas les vraies, mais des sans-abri qui se choisissent un pseudonyme lorsqu’elles viennent trouver un peu de répit dans ce centre d’accueil de jour pour femmes dans le Nord. Une douche, un café, quelques heures au chaud. Elles saisissent aussi la main que leur tendent les travailleuses sociales Audrey et Manu, et les bénévoles comme Hélène. Mais un jour, le couperet tombe : seulement 4 % des femmes accueillies à L’Envol ont réussi à se réinsérer. Bien trop peu pour la municipalité, qui « ne peut plus continuer à dépenser sans résultats » et en conclut qu’il faut fermer le centre. Manu et Audrey décident d’y installer clandestinement un atelier thérapeutique et un dortoir…

Cinq ans après son premier long métrage, Discount, dans lequel les employés d’un supermarché low cost se rebiffaient, Louis-Julien Petit orchestre l’acte deux d’une désobéissance civile jubilatoire. Avec Les Invisibles, il réussit un tour de force : transposer une saisissante matière documentaire sur le quotidien des femmes sans domicile fixe (1) en pétillante comédie sociale. Tout sonne juste. Le casting, porté par quatre attachantes figures de résistantes : Audrey Lamy et Corinne Masiero, si sincères en assistantes sociales risque-tout, Déborah Luku­muena, exquise tornade, et Noémie Lvovsky, parfaite « Bree Van de Kamp de Roubaix » (la bourgeoise bien comme il faut de la série Desperate Housewives) dont le couple vole en éclats… A leurs côtés, on découvre Dalida ou Edith Piaf, une dizaine de femmes qui, toutes, ont connu la grande précarité ou la rue et, pour beaucoup, tiennent ici leur premier rôle, parfois inspiré de leur propre vie. Dirigées avec humour et filmées avec cœur, elles se révèlent. Marie-Hélène Soenen, Télérama

Ce film, aussi dur et dramatique soit-il, est un feel good movie. Le spectateur en ressort grandi, heureux et plein d’espoir, riche de réelles solutions proposées à des gens qui sont dans la misère, et cela, pour tous les types de profils. Vient s’ajouter à cela une peinture d »une administration française compréhensive et non-systématiquement diabolisée, ainsi qu’une histoire d’amour aussi improbable que mignonne.

Ce film est l’occasion également de mieux comprendre le travail des différents acteurs de ce secteur et la place de la loi et de la norme. Il est alors possible de mieux comprendre pourquoi certaines décisions sont prises, qui semblent absurdes. Il s’agit ici de faire comprendre pourquoi l’aide doit être organisée et ne peut être que sporadique. Car comme quand César donnait du pain et des jeux à ses foules pour leur faire oublier la famine, la misère et les morts incessantes des soldats dans ses conquêtes, l’aide qui consiste à donner le gîte et le couvert pour un jour à un sans-abri n’est pas vraiment une aide, mais peut-être même constituer un risque de handicap.

« Les invisibles » est un film essentiellement féminin. Et il est peut-être dommage de noter qu’une partie du salut final vient d’un personnage masculin, alors que tout le combat a été mené par des femmes. Les hommes sont peu développés et représentent souvent des stéréotypes, mais ce sont eux qui apportent une touche comique au film. Abus de ciné

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Et toujours :

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