Du 6 au 12 février 2019 à l’Apollo Ciné 8

Par Sophie, le 6 février 2019

A l’Apollo Ciné 8 cette semaine du 6 au 12 février 2019, Un beau voyou de Lucas BernardMy beautiful boy de Felix Van GroeningenMinuscule 2 (animation) d’Hélène Giraud et Thomas Szabo, et toujours Monsieur de Rohena GeraGreen Book de Peter Farelly et Les invisibles de Louis Julien Petit au tarif Rochefort sur Toile : 6€ toutes les séances

Un beau voyou

Comédie-polar français, de Lucas Bernard (1h43)

Synopsis

Le commissaire Beffrois attend la retraite avec un enthousiasme mitigé quand un vol de tableau retient son attention. Est-ce l’élégance du procédé ? L’audace du délit ? La beauté de l’œuvre volée ? Beffrois se lance à la recherche d’un voleur atypique, véritable courant d’air, acrobate à ses heures.

Les séances en version française

Me.6

Je.7

Ve.8

Sa.9

Di.10

Lu.11

Ma.12

Critiques

Tout est délicieusement atypique dans ce premier long métrage qui fait habilement bouger les lignes sociales. Un flic perdant, mais « de droite, par réflexe », change sa vision du monde et de l’art, en ré-épousant soudain celle de son épouse pourtant disparue. Un jeune Arsène Lupin sort du cadre petit-bourgeois dans lequel il a grandi, mais devra faire avec l’anticonformisme d’une jeune restauratrice de tableaux sans tabous dont il est amoureux (Jennifer Decker, de la Comédie-Française, d’une modernité irrésistible).Face à Swann Arlaud (le voleur), subtil, tout en sourire doux et regards piquants, Charles Berling excelle en Colombo saisissant sa dernière chance. Avec ses dialogues ciselés, le réalisateur chaparde du côté de Pierre Salvadori ou de Philippe de Broca. Il sait capter l’authenticité des lieux — petit logement HLM ou pavillon de la banlieue ouest — et s’amuser d’une éternelle perplexité face à l’art contemporain. Il lui reste encore à acquérir un peu de rythme dans sa mise en scène (certaines séquences sur les toits, évoquant par ailleurs les toiles de Nicolas de Staël). Une morale enthousiasmante court tout au long de cette comédie d’initiation sur le tard : l’art libère même (et surtout) quand on peine à le saisir… Guillemette Odicino,  Télérama

Le réalisateur-scénariste Lucas Bernard alterne judicieusement à l’écran la vie et les moments en famille des deux hommes, permettant ainsi au spectateur de mieux comprendre le parcours de chacun. C’est grâce à la restauratrice de tableaux Justine/Jennifer Decker (Paris-Willouby), maîtresse décomplexée et fascinante de Bertrand que le Commissaire et le voleur font connaissance. Le film décrit parfaitement comment une rencontre improbable peut se révéler utile à l’un comme à l’autre. Le Commissaire va ainsi se cultiver au contact de cette famille d’artistes quand Bertrand va comprendre un peu mieux les raisons de ses actes et peut-être les canaliser.

Le ton subtil du film, qui se veut léger à la façon d’un Pierre Salvadori, enrobe pourtant un discours pas piqué des vers sur ce monde bourgeois de l’art. Car les films qui se moquent intelligemment de ce monde de la peinture très fermé et parfois condescendant, ne sont pas si fréquents. En ce sens, le discours désenchanté et drolatique de Charles, le père artiste de Justine, interprété par Jean-Quentin Châtelain (Le collier rouge), restera sans doute un vrai morceau d’anthologie cinématographique. Le réalisateur réussit heureusement à tenir jusqu’au dénouement et sans essoufflement aucun, le suspense, la surprise et la finesse de ses dialogues, ce qui est suffisamment rare pour être souligné. Petite perle de culture jubilatoire, UN BEAU VOYOU est donc un vrai coup de maître, qu’il serait dommage de manquer. Sylvie-Noëlle, sur Senscritique

Très bon petit polar dans lequel on s’immerge instantanément avec scénario et protagonistes tout à fait crédibles, comme dans la vie de tous les jours ; l’histoire n’est pas alambiquée et l’absence de violence fait vraiment du bien et n’enlève absolument rien au contenu et au plaisir du visionnage. Fanatoile, internaute

My beautiful boy

Drame américain de Felix Van Groeningen (2h01 Vosts et Vf)

Synopsis

Pour David Sheff, la vie de son fils, Nicolas, un jeune homme billant, sportif, à l’esprit vif et cultivé, était déjà toute tracée : à ses 18 ans, Nic était promis à une prestigieuse carrière universitaire. Mais le monde de David s’effondre lorsqu’il réalise que Nic a commencé à toucher à la drogue en secret dès ses 12 ans. De consommateur occasionnel, Nic est devenu accro à l’héroïne et plus rien ne semble possible pour le sortir de sa dépendance. Réalisant que son fils et devenu avec le temps un parfait étranger, David décide de tout faire pour le sauver. Se confrontant à ses propres limites mais aussi celles de sa famille.

Les séances en version française

Me.6

13h30
Je.7

Ve.8

Sa.9

Di.10

Lu.11

Ma.12

Les séances en version originale sous-titrée

Me.6

Je.7

Ve.8

Sa.9 Di.10

Lu.11

Ma.12

Critiques

D’une réalité criante et déchirante – Le film ouvre sur David qui s’informe sur la méthamphétamine afin de pouvoir comprendre ce que son fils vit et ainsi pouvoir l’aider. S’ensuit un saut en arrière d’un an et un montage erratique entre le passé et le présent afin d’établir la relation entre les deux protagonistes. Vient ensuite la lente descente aux enfers de Nic, le tout à froid, au travers les yeux de son père qui ne comprend pas, comme la majorité du public malheureusement. Les réactions incohérentes du jeune drogué ont provoqué des éclats de rire à travers toute la salle alors que le film était d’une réalité criante et déchirante. Puis viennent le séjour en cure de désintox et le retour à la maison du jeune homme fier de s’être sorti de cette situation. Je me dis que le film est bien, mais ce n’est pas un Basketball Diaries ou un Requiem for a Dream. Il reste tout de même plus d’une heure…

Puis, une discussion anodine fait chavirer son monde, sans que l’auditoire s’en aperçoive. Je vois les têtes devant moi qui valsent au rythme de la musique que Nic écoute dans la voiture, sourire béat au visage. J’appréhende le pire, la rechute est cachée derrière ce masque. À l’écran, le plan change, Nic est en détresse, son sponsor au bout du fil n’arrive pas à le calmer, vous devinez la suite.L’incompréhension d’un père face à son Beautiful Boy

En parallèle, David est aux prises avec son incompréhension face à son fils et à la façon dont il doit intervenir. Il peine à gérer ses émotions et les exprime de façon maladroite, mais tout à fait véridique. Steve Carell livre ici une performance criante de vérité. L’adolescent en moi avait envie de lui en foutre une au visage alors que le père que je suis maintenant aurait aimé pouvoir traverser l’écran et lui faire un énorme câlin.

Timothée Chalamet, qui incarne le jeune Nic, offre une performance nuancée. Jonglant à la perfection les moments où son personnage est à jeun et ceux où il ne fait que semblant de l’être.

Un visage réaliste et détaché de la dépendance – J’ai apprécié le choix de Felix Van Groeningen de montrer un visage réaliste et détaché de la dépendance, plutôt que de nous montrer l’hallucination au travers des yeux de Nic. Les plans de caméra et les blocages démontrent bien les situations de confrontation. Les décors réalistes viennent ancrer les personnages plutôt que de les transformer en caricature qui vivent dans la crasse. La bande sonore sortie tout droit du palmarès des rock stars droguées est phénoménale avec entre autres Nirvana, Neil Young, Amon Tobin, Aphex Twin et, bien sûr, John Lennon.

Je suis resté sans mots jusqu’à la fin du générique et j’ai pris plusieurs heures à digérer Beautiful Boy. Ce n’est certes pas un Basketball Diaries, Requiem for A Dream ou Trainspotting. Ces films, que j’appelle affectueusement mes Feel-Bad movies, je peux les regarder sans problème. Beautiful Boy est venu creuser au fond de mon être et m’a ébranlé, je crois que d’en faire la réécoute sera une tâche ardue. La critique de Yann Fournier sur GeeksandCom

Pour ce projet, Van Groeningen s’est inspiré de deux livres de souvenirs, écrits par un père, le journaliste David Sheff, et son fils Nic. David a eu Nic d’un premier mariage, il a ensuite deux autres enfants avec sa seconde femme. Pour des raisons non expliquées dans le film « Beautiful boy », on découvre que David a obtenu la garde quasi exclusive de Nic pendant toute son enfance. A l’écran, on découvre un père aimant et attentionné, qui nourrit une belle complicité avec son fils aîné. Quelle n’est donc pas sa surprise lorsqu’il découvre, au sortir de l’adolescence de Nic, que celui-ci est devenu un « drug addict », en particulier de la méthamphétamine, qui provoque des ravages.

« Beautiful boy » raconte un double calvaire. D’abord celui de David, qui souffre de sentir son amour totalement impuissant à sortir son fils de l’impasse. Ensuite, celui de Nic, incapable de suivre une cure de désintoxication efficace, en permanence tiraillé entre le manque et la honte de décevoir son père. Van Groeningen évite de sombrer dans le mélodrame dégoulinant, et s’il réussit cette prouesse, c’est grâce à son écriture et sa mise en scène pudiques, mais aussi et surtout grâce à l’excellence de son duo d’acteurs.

Steve Carell prouve une fois de plus – si besoin en était – qu’il est un des plus grands acteurs de composition d’aujourd’hui, il campe un père à la fois dévasté et pétri d’humanité. Quant au jeune Timothée Chalamet, révélé au printemps dernier avec sa nomination à l’Oscar du meilleur acteur pour « Call me by your name », il montre une maîtrise impressionnante dans le rôle de ce fils hypersensible et manipulateur malgré lui – un rôle qui, comme tous les rôles d’alcoolique ou de drogué, est un vrai piège, qui peut entraîner les acteurs à surjouer dangereusement.. Chez Chalamet, il n’en est rien -. Grâce au duo Carell/ Chalamet, « Beautiful boy » laisse une émotion profonde et durable chez le spectateur. Hugues Dayez de la RTBF 

Minuscule 2 – Les Mandibules du Bout du Monde

Film d’animation de Thomas Szabo et Hélène Giraud (1h32)

Synopsis

Quand tombent les premières neiges dans la vallée, il est urgent de préparer ses réserves pour l’hiver. Hélas, durant l’opération, une petite coccinelle se retrouve piégée dans un carton… à destination des Caraïbes !
Une seule solution : reformer l’équipe de choc ! La coccinelle, la fourmi et l’araignée reprennent du service à l’autre bout du monde. Nouveau monde, nouvelles rencontres, nouveaux dangers… Les secours arriveront-ils à temps ?

Les séances en version française

Me.6

13h30
15h45
Je.7

Ve.8

Sa.9

Di.10

Lu.11

Ma.12

Critiques

Entièrement français, ce second opus est encore plus réussi que le précédent. Une poésie et une invention à couper le souffle – Délocalisé dans la jungle et sur les plages de Guadeloupe après un prologue dans le parc du Mercantour, en écho au premier épisode qui s’y dérou­lait en intégralité, le film repose sur une belle histoire de solidarité entre insectes pour retrouver la coccinelle perdue. D’où des scènes tantôt comi­ques (les courses-poursuites), tantôt dramatiques (la cérémonie funéraire), et toujours d’une poésie et d’une invention à couper le souffle. Le message écologique sur les dégâts causés par l’avidité des hommes ne prend jamais le pas sur le récit. Les affrontements épi­ques entre les fourmis rouges et noires du premier épisode s’inspiraient ouvertement du Seigneur des anneaux et des codes du western. Cette fois, les aventures tropicales de la coccinelle citent Fitzcarraldo ou l’Homme de Rio. Avec ces allers-retours cons­tants entre ancien et moderne, le cartoon à la française atteint la perfection. Télérama

Une odyssée inventive et drôle – Dans Minuscule, la Vallée des fourmis perdues (long-métrage sorti en 2014), deux bandes rivales de fourmis se crêpaient férocement le chignon pour une boîte de sucre. Une guerre filmée à hauteur d’herbe et de racines, l’œil rivé au sol, à la façon des documentaires animaliers. En entreprenant le voyage vers les Caraïbes, Minuscule 2. Les Mandibules du bout du monde prend de la hauteur et emprunte une autre voie, celle du récit d’aventure. Les deux auteurs, Thomas Szabo et Hélène Giraud, l’ont voulu ainsi, soucieux avant tout de se renouveler, plutôt que de se reposer sur leurs lauriers et le César qui, en 2015, avait couronné leur premier film d’animation.

Trois personnages – la coccinelle, la fourmi et l’araignée – se retrouvent dans les deux films. Au même titre que la drôlerie, la magnificence des paysages, l’inventivité du récit, de l’image et des bruitages. Demeure également le procédé cinématographique qui consiste à tourner en décors réels et à y intégrer, ensuite, les insectes filmés en images de synthèse. Ce lien assure une continuité que le cadre ouvre, cependant, à d’autres horizons et à un champ plus large des possibles.

Le dépaysement bouscule les petits héros du film. Il semble aussi avoir créé chez les auteurs une véritable jubilation

Car en les entraînant dans les airs, sur les mers, dans le ventre d’un requin ou dans des grottes, Minuscule 2. Les Mandibules du bout du monde expose ses bestioles à un autre bestiaire et à de nouvelles péripéties. Le dépaysement bouscule les petits héros du film. Il semble aussi avoir créé chez les auteurs une véritable jubilation, si l’on en juge par le nombre de pistes qu’emprunte le récit, à la fois conte fantastique, odyssée et fable écologique. Et la liberté de mouvement que s’autorise la mise en scène, plus ample et plus fluide que dans le premier volet.

L’histoire n’évite pas toujours les digressions trop longues qui en font parfois perdre un peu le cap. Qu’importe. Les bébêtes retombent toujours sur leurs pattes. La magie qui s’opère dans cette rencontre de l’infiniment grand et de l’infiniment petit reste intacte. Et, dans ce virage qui l’emmène sous les tropiques, la saga produite par la société française Futurikon continue d’enchanter. Véronique Cauhapé, LE MONDE

Monsieur

drame romantique indien français, de Rohena Gera (Vostf, 1h39)

Synopsis

Ratna est domestique chez Ashwin, le fils d’une riche famille de Mumbai. En apparence la vie du jeune homme semble parfaite, pourtant il est perdu. Ratna sent qu’il a renoncé à ses rêves. Elle, elle n’a rien, mais ses espoirs et sa détermination la guident obstinément.
Deux mondes que tout oppose vont cohabiter, se découvrir, s’effleurer…

Les séances en version originale sous-titrée

Me.6

15h40
Je.7

Ve.8

Sa.9

Di.10

Lu.11

Ma.12

Critiques

FESTIVAL DE CANNES 2018 – Semaine de la Critique – Compétition -Prix de la Fondation Gan à la Distribution
FESTIVAL DU FILM ROMANTIQUE DE CABOURG – Prix du Public
FESTIVAL DE SAINT-JEAN-DE-LUZ – Prix du Jury -Prix du Public

A Bombay, Ratna (Tillotama Shome) est employée chez Ashwin (Vivek Gomber), fils d’une riche famille de la ville. Il ne manque de rien et traîne pourtant une forme de mélancolie qui le rend doux. Elle a quitté sa province pour échapper à l’assujettissement familial et au poids de son veuvage, une situation jugée encore taboue dans de nombreuses villes indiennes. Bien qu’instruit et respectueux, Ashwin n’échappe pas aux règles d’une tradition qui sépare les domestiques de leur patron. Ratna le sert à table et retourne prendre son repas, assise par terre, dans la cuisine. Ils échangent peu dans cet appartement où va se dérouler un huis clos dont la réalisatrice va tirer parti pour mettre en scène la séparation, cadrant l’un et l’autre de ses personnages dans des portes ou à travers des fenêtres et glissant la caméra entre deux pièces que sépare une cloison. Mais dans cet espace de promiscuité où les corps ne peuvent pas toujours éviter de se frôler, naissent, à travers les silences, des sentiments contre lesquels Ratna comme Arshwin ne peuvent pas lutter. Parvenant à échanger timidement quelques phrases, puis à se parler plus ouvertement, elle va trouver en lui une source d’encouragement à ses désirs de mener une vie nouvelle ; il va recevoir d’elle une écoute qui rompt sa solitude et va l’obliger à se demander quel homme il est au sein de cette société dans laquelle il vit.
Rohena Gera filme avec une grande délicatesse ces deux êtres suspendus à un amour interdit, dont les émotions affleurent sans être prononcées. Militante, la réalisatrice ne fait pas pour autant de son héroïne une victime, préférant la montrer en train de se battre pour s’élever dans la société, en train de danser, de sortir de l’appartement pour se rendre dans sa famille à la campagne, tandis que Ashwin lui y est contraint, empêché, prisonnier de son cocon. Bombay et le monde extérieur ne lui apparaissant guère autrement, dans le film, que de la terrasse de chez lui.
Monsieur porte l’empreinte de la douceur et de la détermination qui émanent de sa réalisatrice. Et cette histoire d’amour qu’elle inscrit fermement dans une réalité sociale et politique dont elle espère faire bouger les lignes, dit à la fois son besoin de dénoncer le statut réservé aux femmes indiennes tout autant qu’aux laissés-pour-compte, et son envie d’espérer. Véronique Cauhapé, Le Monde

Ratna, très jeune veuve originaire de la campagne, est domestique chez Ashwin, le fils d’une famille riche de Bombay. Elle porte un sari comme les femmes de sa condition et remplit consciencieusement sa tâche de servante ; elle ne lâche pas pour autant son rêve de trouver un emploi dans la couture et la mode, tout en payant les études de sa jeune sœur, pour lui éviter un mariage forcé. Le jeune maître, lui, est revenu au pays à la demande de son père, après avoir vécu à New York, et il se sent dorénavant en porte-à-faux, entre tradition et modernité, traînant une douce déprime. Ces deux êtres qui vivent ensemble mais séparés par un infranchissable fossé social apprennent à se regarder, à se considérer, à se soutenir. Entre eux, le trouble naît. Mais chez ces gens-là, monsieur, on ne tombe pas amoureux de la bonne.

Porté par l’intensité tendre de son interprète principale, Tillotama Shome, ce premier long métrage franco-indien recèle une remarquable construction dramatique, loin de Bollywood et proche des drames sentimentaux de l’âge d’or de Hollywood. De petites humiliations ancillaires en frémissements d’émancipation, la cinéaste restitue avec une cruelle précision les carcans sociaux toujours actuels en Inde, où la condition féminine est l’une des pires au monde, et où certains hommes aussi se sentent corsetés. La mise en scène, d’un classicisme gracieux, exploite à merveille le huis clos de l’appartement commun : les portes et les vitres cadrent les corps et les séparent, mais les couloirs sont propices aux frôlements de plus en plus sensuels et aux regards solidaires. Une simple danse, en bas de l’immeuble, suggère un embrasement. Jusqu’à un dénouement à la fois heureux et mélancolique, où de l’empêchement amoureux naît une double libération. Et c’est à l’héroïne de ce Elle et Lui indien que la cinéaste donnera le dernier mot. Celui du courage.  Guillemette Odicino, Télérama

Green Book

Drame-Biopic américain de Peter Farrelly (2h 10min)

Synopsis et détails

En 1962, alors que règne la ségrégation, Tony Lip, un videur italo-américain du Bronx, est engagé pour conduire et protéger le Dr Don Shirley, un pianiste noir de renommée mondiale, lors d’une tournée de concerts. Durant leur périple de Manhattan jusqu’au Sud profond, ils s’appuient sur le Green Book pour dénicher les établissements accueillant les personnes de couleur, où l’on ne refusera pas de servir Shirley et où il ne sera ni humilié ni maltraité.

Dans un pays où le mouvement des droits civiques commence à se faire entendre, les deux hommes vont être confrontés au pire de l’âme humaine, dont ils se guérissent grâce à leur générosité et leur humour. Ensemble, ils vont devoir dépasser leurs préjugés, oublier ce qu’ils considéraient comme des différences insurmontables, pour découvrir leur humanité commune.

Les séances en version française

Me.6

Je.7

Ve.8

Sa.9

Di.10

Lu.11

Ma.12

Les séances en version originale sous-titrée

Me.6 Je.7

Ve.8

Sa.9 Di.10

Lu.11 Ma.12

Extraits de la critique de Sarah Ugolini, Le Quotidien du Cinéma

Quand l’humour et l’amitié viennent à bout des préjugés. C’est la leçon de tolérance que vient nous enseigner « Green Book : Sur les routes du sud ». Un road movie classique et esthétique qui nous plonge au cœur de l’Amérique ségrégationniste des années 60. Mais si le racisme ordinaire de l’époque est omniprésent tout au long de ce film tiré d’une histoire vraie, le centre de l’intrigue reste la naissance d’une amitié entre deux hommes que tout oppose. Cette fresque historique nous fait vivre la rencontre improbable entre Tony Lip, une brute épaisse ventripotente, peu cultivée et aux manières aussi rustres qu’hilarantes, et le Dr Don Shirley, un pianiste noir homosexuel aussi brillant que raffiné et distingué.
Le road trip de ce duo saugrenu qui quitte New York pour vivre l’aventure sur les routes du sud est donc le postulat de départ du film, dont le titre « Green Book » fait référence au guide utilisé par les automobilistes noirs pour les guider en voyage. Il comprenait notamment les hôtels, restaurants et autres établissements réservés aux Afro-Américains.

Au cœur de ce road movie, le duo comique formé par ce dandy confronté à un ours mal léché donne lieu à des répliques bien senties hilarantes, tant le contraste de leurs tempéraments est grand. Dr Shirley est un esthète dont la rigueur frôle parfois la rigidité, alors que Tony est une caricature d’exhubérance et de volubilité italienne qui jure, fume et mange (souvent les deux à la fois) avec un manque de finesse et de subtilité flagrants.

Leur confrontation donne lieu à des comiques de situation irrésistibles. Je fais notamment référence au moment de la dégustation du poulet frit qui est d’une drôlerie savoureuse pour le spectateur. Peu à peu la joie de vivre communicative de Tony va adoucir l’aspect hautain et autoritaire de Don, qui cache en réalité un mal-être et une profonde solitude.

En retour, l’intelligence et la culture du pianiste vont affiner les goûts de Tony en l’éveillant à la beauté de la musique classique. À son contact, il va s’élever et voir peu à peu disparaître les préjugés raciaux ancrés en lui durant des années par un mélange de clichés et d’ignorance. Une évolution du personnage incarnée par un Viggo Mortensen prodigieux de justesse, qui alterne subtilement humour et émotion.

L’hypocrisie de la ségrégation est mis en exergue par la situation sociale ambivalente de Don Shirley. Bien que riche et célébré en tant qu’artiste, il reste interdit de restaurants et d’hôtels prestigieux et est même privé de l’utilisation des toilettes chez les hôtes blancs chez lesquels il est invité à se représenter ! Un paradoxe qui trouve son paroxysme dans une phrase prononcée par un Don Shirley plein de colère et de douleur : « Donc si je ne suis pas assez noir et si je ne suis pas assez blanc, alors dis-moi Tony, je suis quoi ? »

Autant de manifestations insidieuses de la suprématie blanche qui règne alors en Amérique qui poussent les spectateurs à réfléchir, tant elles font écho à la hausse des crimes liés à la haine raciale dans les États-Unis de Donald Trump.

Viggo Mortensen est nommé pour le Golden Globe du meilleur acteur dans un film musical ou une comédie. Une nomination plus que méritée pour cet acteur de génie qui prouve une nouvelle fois son talent de caméléon.

Mahershala Ali, oscarisé l’année dernière pour son rôle de trafiquant de drogue au grand cœur dans « Moonlight », est quant à lui nommé pour le Golden Globe du meilleur acteur dans un second rôle. Une distinction entre les deux acteurs que l’on peut presque regretter tant la magie du film repose sur leur duo et leurs deux interprétations magistrales.

Après des comédies déjantées à l’humour potache, voire graveleux, telles que « Dumb et Dumber » ou « Mary à tout prix », Peter Farelly fait de ce premier film en solo une ode bienveillante à la tolérance pleine d’humour et de dérision. À la fin de ce road movie, Oleg, un musicien de Don Shirley, affirme avec fierté pour son ami pianiste : « Le génie n’est pas suffisant, il faut du courage pour changer le cœur des gens.

Ce récit sentimental d’une humanité commune affirmée, nous incite à croire que rien n’est jamais perdu et qu’une histoire d’amitié peut parfois suffire à réduire à néant une vie entière de préjugés.

L’Express par Antoine Le Fur

Pourtant, loin d’être moralisateur, « Green Book » est un film bourré d’humour, dont les joutes verbales entre les deux personnages promettent de faire le bonheur des cinéphiles […]. Si le film fonctionne si bien, c’est sans doute dû à l’alchimie régnant entre ses deux comédiens à forts potentiels oscarisables, Viggo Mortensen et Mahershala Ali.

Mathias the Watcher sur Sens Critique

Alors autant le dire tout de suite, ce film est brillant non pas par sa réalisation mais par son duo d’acteurs. Ali & Mortensen sont juste impeccables tout du long (si on occulte le fait que la prestation d’Ali jouant l’homme bourré n’est pas tellement convaincante). Et c’est cette relation entre deux hommes qui n’ont rien en commun qui va arriver à tirer les bonnes cordes pour nous émouvoir. Un génie plongé dans sa solitude car le monde peut comprendre son art mais ne peut pas accepter sa personne et ceux qui peuvent accepter sa personne ne peuvent comprendre son art. Un génie qui va trouver un sens aux choses sous le regard du rustre de service. Une amitié improbable, n’ayons pas peur des mots, une bromance ! Le film est par moment vraiment drôle, par moment vraiment dur (sans jamais rentrer dans la dureté insoutenable de certaines exactions de l’époque) et parfois un peu stéréotypé également (ce qui n’était pas nécessaire mais ne gêne pas vraiment la vision du film à mon sens).

Les invisibles

Comédie de Louis-Julien Petit, France,  1h42

Synopsis

Suite à une décision municipale, l’Envol, centre d’accueil pour femmes SDF, va fermer. Il ne reste plus que trois mois aux travailleuses sociales pour réinsérer coûte que coûte les femmes dont elles s’occupent : falsifications, pistons, mensonges… Désormais, tout est permis !

Les séances en version française

Me.6

13h30
Je.7

Ve.8

Sa.9

Di.10

Lu.11

Ma.12

Critiques

Contre l’avis du maire, des assistantes sociales hébergent des femmes SDF. Une comédie sociale savoureuse où ces « invisibles » tiennent leur propre rôle.

Lady Di, Brigitte Macron, Beyoncé et les autres trépignent devant les grilles de L’Envol. Enfin, pas les vraies, mais des sans-abri qui se choisissent un pseudonyme lorsqu’elles viennent trouver un peu de répit dans ce centre d’accueil de jour pour femmes dans le Nord. Une douche, un café, quelques heures au chaud. Elles saisissent aussi la main que leur tendent les travailleuses sociales Audrey et Manu, et les bénévoles comme Hélène. Mais un jour, le couperet tombe : seulement 4 % des femmes accueillies à L’Envol ont réussi à se réinsérer. Bien trop peu pour la municipalité, qui « ne peut plus continuer à dépenser sans résultats » et en conclut qu’il faut fermer le centre. Manu et Audrey décident d’y installer clandestinement un atelier thérapeutique et un dortoir…

Cinq ans après son premier long métrage, Discount, dans lequel les employés d’un supermarché low cost se rebiffaient, Louis-Julien Petit orchestre l’acte deux d’une désobéissance civile jubilatoire. Avec Les Invisibles, il réussit un tour de force : transposer une saisissante matière documentaire sur le quotidien des femmes sans domicile fixe (1) en pétillante comédie sociale. Tout sonne juste. Le casting, porté par quatre attachantes figures de résistantes : Audrey Lamy et Corinne Masiero, si sincères en assistantes sociales risque-tout, Déborah Luku­muena, exquise tornade, et Noémie Lvovsky, parfaite « Bree Van de Kamp de Roubaix » (la bourgeoise bien comme il faut de la série Desperate Housewives) dont le couple vole en éclats… A leurs côtés, on découvre Dalida ou Edith Piaf, une dizaine de femmes qui, toutes, ont connu la grande précarité ou la rue et, pour beaucoup, tiennent ici leur premier rôle, parfois inspiré de leur propre vie. Dirigées avec humour et filmées avec cœur, elles se révèlent. Marie-Hélène Soenen, Télérama

Ce film, aussi dur et dramatique soit-il, est un feel good movie. Le spectateur en ressort grandi, heureux et plein d’espoir, riche de réelles solutions proposées à des gens qui sont dans la misère, et cela, pour tous les types de profils. Vient s’ajouter à cela une peinture d »une administration française compréhensive et non-systématiquement diabolisée, ainsi qu’une histoire d’amour aussi improbable que mignonne.

Ce film est l’occasion également de mieux comprendre le travail des différents acteurs de ce secteur et la place de la loi et de la norme. Il est alors possible de mieux comprendre pourquoi certaines décisions sont prises, qui semblent absurdes. Il s’agit ici de faire comprendre pourquoi l’aide doit être organisée et ne peut être que sporadique. Car comme quand César donnait du pain et des jeux à ses foules pour leur faire oublier la famine, la misère et les morts incessantes des soldats dans ses conquêtes, l’aide qui consiste à donner le gîte et le couvert pour un jour à un sans-abri n’est pas vraiment une aide, mais peut-être même constituer un risque de handicap.

« Les invisibles » est un film essentiellement féminin. Et il est peut-être dommage de noter qu’une partie du salut final vient d’un personnage masculin, alors que tout le combat a été mené par des femmes. Les hommes sont peu développés et représentent souvent des stéréotypes, mais ce sont eux qui apportent une touche comique au film. Abus de ciné

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