Du 20 au 26 mars 2019 à l’Apollo Ciné 8

Par Sophie, le 20 mars 2019

A l’Apollo Ciné 8 cette semaine du 20 au 26 mars 2019, La chute de l’empire américain de Denys ArcandVice d’Adam McKay, et toujours La Favorite de Yórgos LánthimosGrâce à Dieu de François OzonCelle que vous croyez de Safy Nebou et Minuscule 2 d’Hélène Giraud et Thomas Szabo (animation), au tarif Rochefort sur Toile : 6€ toutes les séances

La chute de l’empire américain

Policier, comédie canadienne de Denys Arcand (2h09)

Synopsis

À 36 ans, malgré un doctorat en philosophie, Pierre-Paul Daoust est chauffeur pour une compagnie de livraison. Un jour, il est témoin d’un hold-up qui tourne mal, faisant deux morts parmi les gangsters. Il se retrouve seul avec deux énormes sacs de sport bourrés de billets. Des millions de dollars. Le pouvoir irrésistible de l’argent va bousculer ses valeurs altruistes et mettre sur sa route une escort girl envoûtante, un ex-taulard perspicace et un avocat d’affaires roublard. Après Le déclin de l’Empire Américain et les Invasions Barbares, La Chute de l’Empire Américain clôt ainsi la trilogie du réalisateur Denys Arcand.

Me.20 Je.21 Ve.22 Sa.23 Di.24 Lu.25 Ma.26
19h50 15h25 15h35 17h45 19h50 15h25 15h25
19h50 19h50 19h50 19h50

Critiques

Un butin tombe dans les mains d’un intello fauché. Une hilarante satire du système capitaliste rongé par l’argent sale, par l’auteur des Invasions barbares.

Après Le Déclin de l’empire américain (1986) et Les Invasions barbares (2003), Denys Arcand revient pour clore sa trilogie avec un réjouissant film d’arnaque, dans le fond comme dans la forme, qui ne cesse de muter — comédie sentimentale, polar, satire politique ? La scène d’ouverture, hilarante, montre un couple en pleine rupture. A sa petite amie, consternée, Pierre-Paul Daoust, 36 ans et un doctorat en philosophie, explique que l’intelligence est un handicap pour réussir — il est chauffeur-­livreur. « Les vraies gens intelligents ne passent pas à la télé, dit-il, et ne votent pas Trump. » S’ensuit une séquence de braquage qui tourne si mal que des sacs de billets appartenant à un gang échouent aux pieds du héros, tout à coup nettement moins philosophe, et bien décidé à en faire bon usage. En commençant par la location des services d’une call-girl, forcément délicieuse, puisqu’elle a choisi de se surnommer Aspasie, comme la première grande prostituée, amie de Socrate.

Au fil d’un scénario à tiroirs, plein de trouvailles, apparaîtront ainsi un ex-taulard qui a pris des cours de droit sur l’évasion fiscale (Rémy Girard, acteur fétiche de Denys Arcand), un truand en col blanc, et quelques comparses, pour former une sympathique association de malfaiteurs qui met en lumière tous les circuits et rouages de l’argent sale. Si le Québécois ne fait pas de quartier dans ce pamphlet ironique sur le ton du « tous pourris », il fait aussi naître l’émotion, grâce à la reconversion de la prostituée, ou par la figure d’un SDF muet de reconnaissance devant la générosité d’autrui… La dérision envers l’Amérique se niche jusque dans l’esthétique du film, à travers, par moments, une image de luxueuse série télé.

En revanche, c’est avec un naturalisme brutal que le cinéaste insère des plans sur les sans-abri de Montréal, Inuits et autres Indiens du Canada, couchés sur les trottoirs. Le film se termine, d’ailleurs, sur leurs visages en gros plan, et c’est « ben correc »Télérama, Guillemette Odicino

Denys Arcand a beau être un septuagénaire moins actif qu’il fut un temps, il n’a rien perdu de sa sagacité et de la lucidité qui motivait son regard sur le monde actuel. Toujours engagé et fort de convictions, le cinéaste pousse encore une fois ses idées sur le devant de la scène avec une nouvelle œuvre forte et pertinente, parée derrière le bouclier d’une intelligence redoutable qui développe un constat aiguisé et terriblement juste sur notre époque. Moins intimiste que ne l’ont été les formidables Le Déclin de l’Empire Américain ou Les Invasions Barbares et en un sens plus « narratif » avec sa trame lorgnant vers le film policier, La Chute de l’Empire Américain conjugue à merveille la comédie sociétale et l’étude politico-sociologique, pour donner naissance à une formidable satire du capitalisme carnassier. Arcand évolue tout en maîtrise et impressionne tant il semble n’avoir rien perdu de sa superbe avec ce troisième chapitre de sa trilogie pourtant radicalement différent. Le cinéaste s’éloigne de la succulente théâtralité des deux précédents, et injecte à cette nouvelle proposition, plus d’action, de rebondissements, voire de spectaculaire en un sens. Surprenant pour ceux qui attendaient une suite dans la lignée du Déclin et des Invasions Barbares mais terriblement pertinent au regard de ce que raconte son film. Quoique différent sur la forme, le style et la signature Arcand sont toujours là. Comme ses aînés, La Chute de l’Empire Américain oscille en permanence entre drôlerie et tragique, et par extension entre légèreté et sérieux. Et au final, s’il est plus ludique sur la forme, c’est le fond qui l’emporte, encore et toujours.

Le cœur du film est ce sac de billets. Avec lui, le simple livreur qu’est Pierre-Paul hérite soudainement du pouvoir. C’est tout le propos de La Chute de l’Empire Américain, montrer que nous vivons une époque où argent rime avec pouvoir, où argent rime avec corruption des âmes, où la prédominance du « pognon » dans les mœurs et les relations humaines est le mal qui gangrène tout et pousse lentement et sûrement notre monde vers un précipice au fond duquel il finira par chuter sans pouvoir se relever. L’argent tient tout, l’argent régit tout, et sa volatilité incarne le risque d’un effondrement auquel nous devons nous préparer tant de premières secousses ont déjà commencé à sérieusement ébranler les fondations du système (voir la crise de 2008 par exemple). En définitive, avec ce film plus clinquant dans l’allure, Arcand varie un peu l’angle d’attaque avec lequel il laboure des sujets qu’il a déjà traité. Et même s’il enfonce parfois quelques portes ouvertes, le cinéaste régale encore avec un film malin jusque dans son esthétique, orchestrant un ton divertissant avec un look de production plus friquée pour mieux critiquer insidieusement le règne de la monnaie à l’heure où même faire du cinéma engagé coûte cher. En recourant à une forme plus spectaculaire qui tranche avec le minimalisme des deux premiers opus de la « saga », La Chute de l’Empire Américain utilise l’argent pour critiquer le pouvoir de l’argent. Très malin. A l’arrivée, un feel good movie cinglant qui tire à tout va sur le fric salissant, tout en amusant avec une intrigue plaisante qui invite à la réflexion sans faire dans l’exposé pompeux et didactique, avec des dialogues aux petits oignons (l’entame sur les gens intelligents est un bonheur digne de Woody Allen), des comédiens fabuleux et un éternel esprit positif, quoique lucide et sans naïveté. Nicolas Rieux, Mondociné

Vice

Biopic, drame américain d’Adam McKay (2h 14min)

Synopsis

Fin connaisseur des arcanes de la politique américaine, Dick Cheney a réussi, sans faire de bruit, à se faire élire vice-président aux côtés de George W. Bush. Devenu l’homme le plus puissant du pays, il a largement contribué à imposer un nouvel ordre mondial dont on sent encore les conséquences aujourd’hui…
Séances en Version Française (VF)
Me.20 Je.21 Ve.22 Sa.23 Di.24 Lu.25 Ma.26
17h40 17h35 19h45
Séances en Version Originale (VO)
Me.20 Je.21 Ve.22 Sa.23 Di.24 Lu.25 Ma.26
19h45 17h40 19h45 19h50

Critiques

Asseyez-vous. Film édifiant au programme aujourd’hui, grâce auquel Dick Cheney – homme politique américain de 78 ans, stratège tapi dans l’ombre des gouvernements républicains, âme damnée du courant néo-conservateur, instigateur de la fallacieuse guerre d’Irak et de son cortège de calamités – se fait tailler un costume sur mesure par le réalisateur Adam McKay.

Vice s’attaque directement à la politique, avec un très gros morceau. L’affaire n’est pas seulement relative à l’embonpoint de son sujet principal. Elle tient aussi à l’ampleur et à la longueur de son activité, de même qu’à la dimension catastrophique des décisions en faveur desquelles il manœuvra. Le film nous mène ainsi du dilettante endormi dans un vomi des années 1960 au vieillard transplanté cardiaque célébrant, avec l’entrée de sa fille dans la carrière politique, l’héritage d’une certaine forme d’abjection (elle vouera, pour se faire élire, sa propre sœur, adepte du mariage homosexuel, à l’opprobre).Entre les deux, on aura le loisir de suivre Dick Cheney en chef de cabinet sous Gerald Ford, en secrétaire à la défense sous George Bush père, en vice-président des Etats-Unis sous George Bush fils. Rien moins que quarante ans d’histoire politique.

Pour relever ce défi, le film recourt à deux ressorts. Le premier est, bien sûr, la performance de l’acteur qui incarne le personnage, toujours très prisée dans le cinéma hollywoodien et pourvoyeuse de diverses statuettes en métal. C’est Christian Bale, transformiste hors pair, qui s’y colle, lui qui perd ou prend trente kilos aussi souplement que le commun des mortels varie d’un seul. « Méconnaissable » dans le film, pour reprendre l’expression béatement consacrée, conférant à son personnage l’insondable halo de la médiocrité, il vient de ravir un Golden Globe, en attendant mieux.

On notera qu’à ses côtés quelques partenaires de talent lui renvoient joyeusement la balle. Amy Adams campe une Lynne Cheney façon Lady Macbeth permanentée, Steve Carell un Donald Rumsfeld grimaçant en Machiavel au petit pied, Sam Rockwell un George Bush Jr. en pantin flageolant bâfreur de steaks.Le registre de cette distribution donne une idée de la manière du film, autre ressort essentiel. Il s’agit d’une charge, haute en couleur, ne lésinant pas sur la cruauté, menée à bride abattue. L’énergie folle de la narration s’y conjugue à un maniérisme déconstructeur, qui chamboule tant l’ordre chronologique de l’action que le régime des images. Flash-back, flash-forward, format amateur, archives, embardées oniriques, voix off non identifiée, twist final, on en passe et des meilleures.

Cet arsenal un peu vain enrobe la simplicité de l’intention et la monocordie de l’analyse : Vice est le portrait au vitriol, ironiquement scandé par une litanie d’infarctus, d’un idiot increvable, opportuniste et malfaisant. C’est suffisant pour une comédie satirique. Mais trop superficiel pour un film qui prétend à un point de vue documenté. Jacques Mandelbaum, Le Monde

En racontant la vie de Dick Cheney, vice-président de Bush Jr., Adam McKay peint un héros américain tragique. Remarquable.

Adam McKay fit ses preuves dans le rigolo absurde et grinçant sous la houlette du producteur Judd Apatow, avec, devant la caméra, Will Ferrell et/ou Steve Carell (Présentateur vedette : la légende de Ron Burgundy ; Ricky Bobby : roi du circuit ; Frangins malgré eux). Respect total, absolu et ad vitam aeternam. D’autant qu’après s’être bien amusé, McKay est passé du côté sérieux de la farce avec The Big Short : le Casse du siècle, sur la crise des subprimes ; film bavard, pédago, romanesque, qui impressionnait par sa fluidité – du Oliver Stone de la meilleure époque.Vice est dans cette veine, qui suit les pas de Dick Cheney (Christian Bale, au-delà de tout et oscarisable à chaque mouvement de paupières), homme taiseux, qui comprend très vite que le pouvoir s’épanouit dans l’ombre. La vie, c’est comme du cinéma, pour paraphraser Shakespeare, et chez Dick Cheney il y a du Falstaff et du Macbeth, du grotesque et un génie de la manipulation, de l’ambition et de l’aveuglement, de la noblesse et de l’égocentrisme, du trivial et du tragique. Un personnage de film, en fait. McKay l’a bien compris, qui met en scène la trajectoire de son « personnage » comme dans un conte, avec digressions et commentaires (humour en cerise). Cette extravagance policée, cette fermeté carnassière, cette dangerosité bonhomme en font bien un héros américain : il s’abreuve à l’imaginaire d’un pays en même temps qu’il se coltine à la réalité la plus brûlante. De l’art de cultiver son nombril et de faire la guerre aux étoiles. Flippant et passionnant. Erick Libiot, l’Express

La Favorite

drame américian, britannique, irlandais de Yorgos Lanthimos (2h)

Synopsis

Début du XVIIIème siècle. L’Angleterre et la France sont en guerre. Toutefois, à la cour, la mode est aux courses de canards et à la dégustation d’ananas. La reine Anne, à la santé fragile et au caractère instable, occupe le trône tandis que son amie Lady Sarah gouverne le pays à sa place. Lorsqu’une nouvelle servante, Abigail Hill, arrive à la cour, Lady Sarah la prend sous son aile, pensant qu’elle pourrait être une alliée. Abigail va y voir l’opportunité de renouer avec ses racines aristocratiques. Alors que les enjeux politiques de la guerre absorbent Sarah, Abigail quant à elle parvient à gagner la confiance de la reine et devient sa nouvelle confidente. Cette amitié naissante donne à la jeune femme l’occasion de satisfaire ses ambitions, et elle ne laissera ni homme, ni femme, ni politique, ni même un lapin se mettre en travers de son chemin.

Séances en Version Française (VF)
Me.20 Je.21 Ve.22 Sa.23 Di.24 Lu.25 Ma.26
15h30 15h30 15h30 15h30 15h30

Critiques

Si bien des habitudes de Lanthimos ont changé concernant la fabrication de ce nouveau long-métrage, La Favorite conserve sa patte barrée. En s’attelant à un biopic historique, en revenant sur le règne compliqué de la reine Anne d’Angleterre et les jeux de pouvoirs entre ses deux favorites Abigail et Sarah, on pouvait craindre que le cinéaste soit enfermé dans un carcan qui limiterait son excentricité légendaire.

Au contraire, ce biopic est un terrain de jeu jubilatoire pour le Grec. Lors d’une interview à EW, il avait expliqué que « certaines choses dans le film étaient exactes et beaucoup d’autres étaient totalement fictionnelles. » Par conséquent, si son film respecte les grandes lignes de l’Histoire de cette reine dépassée et de la rivalité entre Abigail et Sarah, il s’amuse à l’agrémenter de quelques incertitudes historiques.

L’occasion parfaite pour lui de créer un superbe et jouissif jeu de manipulation sexuel, parfaitement écrit. Dans la Favorite, la perversité de l’une ne cache que celle plus sordide de l’autre, et amène à des situations des plus ubuesques, et à des confrontations réjouissantes. Le film met un peu de temps à trouver son rythme, Lanthimos s’attardant sans doute un peu trop sur sa mise en scène au style Kubrickien frisant le tape-à-l’oeil. Cependant, dès que les affaires sont lancées, les enjeux présentés et les personnages bien installés, le film devient passionnant.

Les dialogues sont ciselés, les décors et costumes absolument fabuleux, la musique terriblement anxiogène, la photographie de Robbie Ryan splendide, et les multiples saillies comiques à l’humour noir, ravageuses. A l’image des dernières réalisations du cinéaste, le film se transforme alors en un fabuleux délire grotesque (le bouffon aux fruits), anachronique (cette scène de danse), cruel, voyeur et vénéneux dans lequel on se plaît à naviguer.

Scénaristiquement, la Favorite est donc un fabuleux jeu de domination, se plaisant à recontextualiser l’affrontement politique entre les Whig et Tories de l’époque, au coeur d’un superbe trip loufoque et déluré. L’oeuvre de Lanthimos est cela dit bien plus que ça.

Avant tout, le long-métrage est surtout un pamphlet féministe. Il brosse habilement et avec délectaction le portrait de trois femmes tirant les ficelles du pouvoir au nez et à la barbe de la gente masculine. Les personnages masculins principaux incarnés par Nicholas Hoult et Joe Alwyn, s’ils présentent quelques intérêts, sont relégués à des figures secondaires, sorte de marionnettes qui doivent se conformer aux mouvements du trio féminin.’est ce dernier qui fait évidemment la grande force du récit raconté. La compétition machiavélique qui se joue entre Abigail et Sarah permet à Emma Stone et Rachel Weisz de livrer deux prestations inoubliables, où les sourires de façades ne cachent qu’une haîne grandissante, et leur avidité de pouvoir. Et si les deux femmes nous font sourires par leur cynisme, Olivia Colman en reine Anne reste sans doute la plus délirante. Qu’elle se goinfre de gâteaux tout en les vomissant, crie désespérement sur un jeune servant ou simule un malaise, l’actrice vue dans Broadchurch et Tyrannosaur est incroyable dans la peau de cette reine dépassée par le chagrin, affaiblie par la maladie et embourbée dans les manipulations sexuelles de ses favorites.

Ainsi, La Favorite est une oeuvre féministe mordante et jouissive où le sens de l’absurde de Lanthimos se perpétue, tout en étant plus accessible. Là où  Canine et Alps étaient des oeuvres un peu trop perchées, The Lobster trop allégorique et Mise à mort du cerf trop clinique, ce dernier long-métrage pourrait bien permettre à Lanthimos de se faire un nom auprès du grand public. Il était temps ! Ecran Large

Grâce à Dieu

drame franco-belge de François Ozon (2h17)

Me.20 Je.21 Ve.22 Sa.23 Di.24 Lu.25 Ma.26
17h30 17h40 17h40 17h40 10h45 17h40 17h40
17h35

Synopsis

Alexandre vit à Lyon avec sa femme et ses enfants. Un jour, il découvre par hasard que le prêtre qui a abusé de lui aux scouts officie toujours auprès d’enfants. Il se lance alors dans un combat, très vite rejoint par François et Emmanuel, également victimes du prêtre, pour « libérer leur parole » sur ce qu’ils ont subi. Mais les répercussions et conséquences de ces aveux ne laisseront personne indemne.

Critiques 

La famille catholique et lyonnaise d’Alexandre (Melvil Poupaud) ressemble de loin aux clans bourgeois que l’auteur aimait naguère à mettre en pièces. Il filme pourtant sans ironie cette existence réglée, un peu désuète. Elle n’est pas menacée par la mémoire ravivée des agressions dont Alexandre a été victime ni par les manœuvres du diocèse pour éviter que le père de famille ne fasse éclater le scandale au grand jour.

Le désordre, on le trouve plutôt chez François (Denis Ménochet), qui a refoulé le souvenir des agressions jusqu’à ce que le séisme déclenché par les démarches d’Alexandre ne finisse par secouer les fondations de son existence. Furieux, caustique, il peine à ajuster sa colère aux nécessités des procédures. Emmanuel (Swann Arlaud), la dernière figure de ce triptyque, est sans doute la plus proche des univers habituels de François Ozon. Laissé à la dérive par les blessures reçues pendant son enfance, il attend de la lutte du collectif créé par Alexandre et François qu’elle l’aide à se reconstruire.

Cette structure s’impose à la vision du film, sans en faire une démonstration. François Ozon l’insère dans une collectivité qui s’enrichit sans cesse de parents (Josiane Balasko est discrètement bouleversante dans le rôle de la mère d’Emmanuel), d’amis, mais aussi de « perpétrateurs ». La figure du père Preynat hante le film. On le voit silencieux dans les quelques flash-back qui mettent en scène les agressions dans une lumière estivale. Bernard Verley en fait un être désorienté par le retrait du soutien de l’Eglise, livré à lui-même.

Montrant la contagion de l’action collective (et ses limites, dans une belle séquence à la fin du film), traitant sèchement, sans cruauté inutile, de l’incompréhension si peu charitable de la hiérarchie catholique, qui trouve son essence dans la phrase qui donne son titre au film (« la majorité des faits, grâce à Dieu, sont prescrits »), prononcée par le cardinal Barbarin (François Marthouret), François Ozon réussit, en plus de la chronique sensible d’un drame collectif, un film politique. Thomas Sotinel, Le Monde

À la fois cinéaste et scénariste, François Ozon clame haut et fort ne pas vouloir livrer avec Grâce à Dieu « un film à charge contre l’Église ». L’idée reste sur le papier terre-à-terre en cela que les ambitions primaires du film sont de dresser des portraits d’hommes meurtris, victimes de la pédophilie. Mais dès l’introduction, on sent qu’Ozon, scénariste, et Ozon, cinéaste, se mènent un combat qui les oppose farouchement. Le plan d’ouverture du long métrage est particulièrement symptomatique de ce conflit d’ambitions : un homme d’Eglise avance lentement, de dos, vers la métropole. La caméra le suit en travelling alors que, dans une pose messianique, l’ecclésiastique semble dominer la ville qui s’étend à perte de vue, en toute impunité.
Structurée par quelques cadres iconiques, la porte d’entrée du nouvel Ozon semble détachée du reste de la réalisation parce qu’elle permet, consciemment ou inconsciemment, de faire valoir sa fonction cinématographique à une audience qui n’est pas dupe. Car si le public va devoir regarder les trois personnages principaux droit dans les yeux durant les 2 heures 17 de projection, ce n’est absolument pas le cas de l’homme de Dieu qui lance le récit lorsqu’apparaît sobrement le titre Grâce à Dieu à l’écran.
La construction qui fait suite à cette posture christique va finalement aborder le sujet de l’œuvre de façon plus traditionnelle, mais avec beaucoup de subtilité. En choisissant d’alterner les points de vue des trois personnages principaux (excellents Poupaud, Ménochet et Arlaud), aux horizons sociaux et culturels complètement différents, le cinéaste se permet quelques digressions sociétales, inscrivant son étude dans une instantanéité que peu de ses confrères français réussissent à accomplir avec autant de talent. Comme il l’avait affirmé lors dès prémices du projet, Ozon soulève moult questions lancées dans une toile diégétique tissée par des recherches que l’on sent très poussées, mais demeure bien incapable de livrer toutes les réponses attendues. C’est la grande force, mais aussi l’une des rares faiblesses du film, lorsque celui-ci pèche par excès de didactisme. On peut effectivement se questionner quant à la pertinence de certaines lettres lues dans leur intégralité en voix off… Mais reprocher au cinéaste cette façon de faire reviendrait à passer sous silence la capacité de son cinéma à orchestrer des images qui viennent désavouer les discours (une fois de plus, la scène d’introduction).
Mais l’éclatante réussite du film, celle qui coïncide avec l’ambition d’objectivité absolue dans le traitement des enjeux, découle de l’admirable gestion des points de vue. Lors des scènes d’échanges entre les victimes et leur prédateur, principalement de « simples » champs-contrechamps, le prédateur en question (qui ne niera à aucun moment les charges retenues) est montré comme un homme démuni face à ses agissements, il se présente comme étant « malade ». On bascule dès lors dans une nouvelle mise en scène, qui s’éloigne des figures symboliques religieuses des premières secondes Conscient de la valeur journalistique de son scénario, Ozon n’a d’autre choix que de viser le réalisme et il ni y a rien à spoiler en affirmant qu’on quittera le film par une porte de sortie bien différente de celle par laquelle on est entré. Afin que l’on puisse croire à cette honte chevillée aux corps des individus blessés, mais surtout leur incertitude globale quant à l’avenir, le metteur en scène bâtit un dernier acte grandiose où les réponses dramatiques restent forcément « dans l’air ». Pour que tout ce à quoi on assiste paraisse si vrai, si palpable, il est indispensable que les comédiens habitent pleinement leurs personnages, ce qu’ils font indéniablement. Mais il ne faut surtout pas oublier que si le long métrage est aussi intense, poignant et humble dans les limites imposées par sa propre nature, c’est que François Ozon est devenu l’un des meilleurs directeurs d’acteurs français en activité… Grâce à Dieu, l’un des plus grands films de son auteur !pour se river scrupuleusement à une étude conduite à hauteur d’homme. A voir A lire

Celle que vous croyez

Drame français de Safy Nebou (1h41)

Synopsis

Pour épier son amant Ludo, Claire Millaud, 50 ans, crée un faux profil sur les réseaux sociaux et devient Clara une magnifique jeune femme de 24 ans. Alex, l’ami de Ludo, est immédiatement séduit. Claire, prisonnière de son avatar, tombe éperdument amoureuse de lui. Si tout se joue dans le virtuel, les sentiments sont bien réels. Une histoire vertigineuse où réalité et mensonge se confondent.

Me.20 Je.21 Ve.22 Sa.23 Di.24 Lu.25 Ma.26
15h30 15h30 15h30 11h00 17h30 17h30

Critiques

Safy Nebbou était l’un des deux représentants français de la section Berlinale Spécial. Un choix assez évident pour un film au casting français imposant, dont le rôle principal est tenu justement par la présidente du jury de cette édition 2019. Moins de l’ordre du face à face entre une patiente et sa psychiatre, que du récit d’une liaison amoureuse, le film permet de poser de multiples question sur le rapport des femmes au vieillissement, le besoin de séduire, la jalousie, mais aussi la relation entre virtuel, fantasme et désir.Avec des dialogues finement ciselés, cette histoire que l’on peut considérer comme construite « en trois actes« , et qui à l’image d’une patiente, ne livre pas tous ses secrets d’un coup, touche autant qu’elle fait froid dans le dos, révélant l’inconscience des uns et des autres. Visant souvent dans le mille en ce qui concerne le sentiment de culpabilité, le film repose principalement sur les échanges entre deux actrices au meilleur de leur forme, Nicole Garcia et Juliette Binoche, tout comme sur la prestation vocale de François Civil, dont c’est décidément l’année, après son récent prix d’interprétation au Festival de l’Alpe d’Huez. Olivier Bachelard, Abus de Ciné
Se cacher derrière une nouvelle identité pour se réinventer, ou pour voler un bonheur auquel on pense avoir droit : cette obsession tenaille Claire. En adaptant le roman de Camille Laurens, le réalisateur aborde plusieurs vertiges : la peur de vieillir, bien sûr, et de l’abandon, mais aussi le mystère amoureux, où les mots et la voix de l’être désiré comptent autant que l’enveloppe charnelle. Le réalisateur donne, d’ailleurs, une construction savante au récit, surprenant jusqu’à la fin, et entretient le suspense par sa mise en scène des messages écrits et des appels téléphoniques. De même, une thérapeute-confidente (Nicole Garcia) finit par prendre des allures de détective, sur la belle musique de polar signée Ibrahim Maalouf.

Plus que la toxicité des réseaux sociaux où tout peut s’inventer, c’est bien le mensonge, aux autres et à soi, qui est décortiqué dans ce thriller romanes­que et singulier. Face à François Civil, parfait en romantique moderne, Juliette Binoche a rarement été aussi fascinante : égarée ou sensuelle, elle fait fusionner Claire et Clara dans son apparence même, comme si l’amour la rajeunissait. Une nouvelle Mme de Merteuil pour ces liaisons dangereuses virtuelles. Guillemette Odicino, Télérama

Minuscule 2 – Les Mandibules du Bout du Monde

Film d’animation de Thomas Szabo et Hélène Giraud (1h32)

Synopsis

Quand tombent les premières neiges dans la vallée, il est urgent de préparer ses réserves pour l’hiver. Hélas, durant l’opération, une petite coccinelle se retrouve piégée dans un carton… à destination des Caraïbes !
Une seule solution : reformer l’équipe de choc ! La coccinelle, la fourmi et l’araignée reprennent du service à l’autre bout du monde. Nouveau monde, nouvelles rencontres, nouveaux dangers… Les secours arriveront-ils à temps ?

Me.20 Je.21 Ve.22 Sa.23 Di.24 Lu.25 Ma.26
13h30 13h30

Critiques

Entièrement français, ce second opus est encore plus réussi que le précédent. Une poésie et une invention à couper le souffle – Délocalisé dans la jungle et sur les plages de Guadeloupe après un prologue dans le parc du Mercantour, en écho au premier épisode qui s’y dérou­lait en intégralité, le film repose sur une belle histoire de solidarité entre insectes pour retrouver la coccinelle perdue. D’où des scènes tantôt comi­ques (les courses-poursuites), tantôt dramatiques (la cérémonie funéraire), et toujours d’une poésie et d’une invention à couper le souffle. Le message écologique sur les dégâts causés par l’avidité des hommes ne prend jamais le pas sur le récit. Les affrontements épi­ques entre les fourmis rouges et noires du premier épisode s’inspiraient ouvertement du Seigneur des anneaux et des codes du western. Cette fois, les aventures tropicales de la coccinelle citent Fitzcarraldo ou l’Homme de Rio. Avec ces allers-retours cons­tants entre ancien et moderne, le cartoon à la française atteint la perfection. Télérama

Une odyssée inventive et drôle – Dans Minuscule, la Vallée des fourmis perdues (long-métrage sorti en 2014), deux bandes rivales de fourmis se crêpaient férocement le chignon pour une boîte de sucre. Une guerre filmée à hauteur d’herbe et de racines, l’œil rivé au sol, à la façon des documentaires animaliers. En entreprenant le voyage vers les Caraïbes, Minuscule 2. Les Mandibules du bout du monde prend de la hauteur et emprunte une autre voie, celle du récit d’aventure. Les deux auteurs, Thomas Szabo et Hélène Giraud, l’ont voulu ainsi, soucieux avant tout de se renouveler, plutôt que de se reposer sur leurs lauriers et le César qui, en 2015, avait couronné leur premier film d’animation.

Trois personnages – la coccinelle, la fourmi et l’araignée – se retrouvent dans les deux films. Au même titre que la drôlerie, la magnificence des paysages, l’inventivité du récit, de l’image et des bruitages. Demeure également le procédé cinématographique qui consiste à tourner en décors réels et à y intégrer, ensuite, les insectes filmés en images de synthèse. Ce lien assure une continuité que le cadre ouvre, cependant, à d’autres horizons et à un champ plus large des possibles.

Le dépaysement bouscule les petits héros du film. Il semble aussi avoir créé chez les auteurs une véritable jubilation

Car en les entraînant dans les airs, sur les mers, dans le ventre d’un requin ou dans des grottes, Minuscule 2. Les Mandibules du bout du monde expose ses bestioles à un autre bestiaire et à de nouvelles péripéties. Le dépaysement bouscule les petits héros du film. Il semble aussi avoir créé chez les auteurs une véritable jubilation, si l’on en juge par le nombre de pistes qu’emprunte le récit, à la fois conte fantastique, odyssée et fable écologique. Et la liberté de mouvement que s’autorise la mise en scène, plus ample et plus fluide que dans le premier volet.

L’histoire n’évite pas toujours les digressions trop longues qui en font parfois perdre un peu le cap. Qu’importe. Les bébêtes retombent toujours sur leurs pattes. La magie qui s’opère dans cette rencontre de l’infiniment grand et de l’infiniment petit reste intacte. Et, dans ce virage qui l’emmène sous les tropiques, la saga produite par la société française Futurikon continue d’enchanter. Véronique Cauhapé, LE MONDE

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