Du 12 au 18 juin 2019 à l’Apollo Ciné 8

Par Sophie, le 12 juin 2019

A l’Apollo Ciné 8 cette semaine, du 12 au 18 juin 2019, The dead don’t die de Jim JarmushLes oiseaux de passage  de Cirro GuerraLourdes de Thierry  Demaizière, toujours Douleur et gloire de Pedro AmoldovarLes plus belles années d’une vie de Claude Lelouch au tarif Rochefort sur Toile : 6€ toutes les séances.

A l’Apollociné8  cette semaine , au tarif Rochefort Sur Toile :
 
A venir et à ne pas manquer soirée Ciné-Lecture  le 27 juin  à 20h15
« Rivages Imaginaires de Jean-François Laguionie ».
 
en présence de J.F Laguionie et de D.Frot

The dead don’t die

comédie américaine de Jim Jarmusch (1h45)

Synopsis

Dans la sereine petite ville de Centerville, quelque chose cloche. La lune est omniprésente dans le ciel, la lumière du jour se manifeste à des horaires imprévisibles et les animaux commencent à avoir des comportements inhabituels. Personne ne sait vraiment pourquoi. Les nouvelles sont effrayantes et les scientifiques sont inquiets. Mais personne ne pouvait prévoir l’évènement le plus étrange et dangereux qui allait s’abattre sur Centerville : THE DEAD DON’T DIE – les morts sortent de leurs tombes et s’attaquent sauvagement aux vivants pour s’en nourrir. La bataille pour la survie commence pour les habitants de la ville.

Séances en Version Française (VF)
Me.12 Je.13 Ve.14 Sa.15 Di.16 Lu.17 Ma.18
15h35 15h35 22h30 15h40
22h30
Séances en Version Originale (VO)
Me.12 Je.13 Ve.14 Sa.15 Di.16 Lu.17 Ma.18
15h35 17h45 17h45 20h10 15h40 20h15
20h20

La critique de Julien Gester – Libération :

Bienvenue à Centerville, c’est-à-dire nulle part, son ironique absence de centre, son diner à rideaux fleuris, son commissariat-morgue, son funérarium, son motel old school «à la Psychose», sa station-service tenue par un geek adepte d’histoires de morts-vivants, son farmer raciste, ses bois arpentés par un vagabond vaguement survivaliste : quand la fin du monde s’y présentera à bas bruit, on ne la verra pas venir, elle couvait déjà partout depuis longtemps. The Dead Don’t Die, 13e film de Jim Jarmusch par lequel s’ouvre le Festival de Cannes sous le signe mi-blagueur mi-féroce d’une apocalypse zombie, rejoue la ballade essorée de l’élégie pour une smalltown sur un air d’americana sans âge qui scande inlassablement le récit.

Pamphlet. Tout le monde connaît la chanson, son interprète (le chanteur country Sturgill Simpson) et, dès les premières scènes, les deux flics du coin que campent Bill Murray et Adam Driver ont cet échange placide :«Cette chanson, elle m’est étrangement familière… – C’est normal, c’est la chanson-titre du film.» Et quand, la nature déréglée et la Terre déviée de son axe à force de surexploitation aveugle de ses ressources, les morts sortiront de leur repos pour venir croquer à pleines dents ce qu’il reste de vie alentour, personne ne s’en étonnera outre mesure, pour avoir déjà vu ça mille fois au cinéma. Ce miroir régulièrement tendu par les êtres de fiction aux acteurs qui les jouent onctueusement, sans se bousculer, renforce le détachement désaffecté et le train zombiesque de la fable, à la fois pamphlet contre une Amérique trumpiste aux idéaux déjà pourrissants et joyeuse kermesse de la notoriété cool à laquelle s’invite tout ce que le cercle du réalisateur compte de stars plus ou moins amies : outre les protagonistes déjà cités, Tom Waits en ermite crasseux, Tilda Swinton en embaumeuse japonisante, Chloë Sevigny en fliquette craintive, Steve Buscemi en fermier suprémaciste, RZA en livreur de «Wu-PS», Iggy Pop plus déterré que nature, Selena Gomez, Danny Glover, Caleb Landry Jones…

Si les figures familières de l’œuvre de Jarmusch abondent ici bien au-delà du fastueux casting, on peut surtout voir dans The Dead Don’t Die une forme de concrétion indolente des deux précédents films du cinéaste américain, sans en retrouver tout à fait l’inspiration, les superbes Only Lovers Left Alive et Paterson. De l’un, il reprend le fatras de fétiches chéris guettés par la surabondance de poussière et de mémoire, de l’autre, les rimes internes et répétitions appuyées sur fond de banalité d’une ville sans qualité, pour se livrer à une actualisation toute personnelle, à l’état Trump des choses, de l’héritage de George A. Romero et ses très politiques zombies, reflets de vivants aux passions et activités de déjà-morts qui s’ignorent. Ici, les undeads cherchent du wi-fi, râlent «chardonnaaaay» ou «coffeeee», tant et si bien qu’on jurerait qu’ils n’ont rien manqué de la dernière saison de Twin Peaks et des aventures de Dougie Jones, et les autres n’apparaissent pas moins en boucle, tout à la répétition de références soulignées au marqueur et de sentences sardonico-laconiques sur un monde qui bégaie à force de s’étrangler dans sa routine délétère – «Il faut tuer la tête», serine Adam Driver, entre deux «Ça va mal finir», et de fait, il faut ne pas être tout à fait de ce monde pour réchapper de l’invasion.

Doudous adolescents. Que cet amusant The Dead Don’t Die et son désespoir all stars ne constituent pas l’ajout le plus crucial à la filmographie récente de Jarmusch lui va au fond assez bien, tant le film se conçoit comme la farce tautologique d’un monde trop vieux, «pourri», signée par un cinéaste lui-même plus tout jeune et néanmoins médusé de se voir toujours cramponné à ses doudous adolescents (rock et cinéma, devenus matières mécaniques à mort) pour ultimes consolations à l’heure de la liquidation des «vestiges des hommes matérialistes».

Les oiseaux de passage

drame colombien de Ciro Guerra et Cristina Gallego, 2h05

Synopsis

Dans les années 1970, en Colombie, une famille d’indigènes Wayuu se retrouve au cœur de la vente florissante de marijuana à la jeunesse américaine. Quand l’honneur des familles tente de résister à l’avidité des hommes, la guerre des clans devient inévitable et met en péril leurs vies, leur culture et leurs traditions ancestrales. C’est la naissance des cartels de la drogue.
Séances en Version Originale (VO)
Me.12 Je.13 Ve.14 Sa.15 Di.16 Lu.17 Ma.18
17h45 20h00 20h00 17h30 10h50 20h00 17h35
20h00

L’avis de àVoiràLire : L’approche inédite que Ciro Guerra et Cristina Gallego nous apportent de ce sujet, pourtant déjà moult fois traité par le cinéma, que le narcotrafic en Amérique Latine peut être perçu comme une réponse à celui de leur précédent film, L’Etreinte du Serpent. C’est avant tout dans les paysages que s’opère cette opposition, la jungle tropicale du premier ayant donné place à des déserts arides, néanmoins aussi beaux les uns que les autres. Mais, plus encore, cet effet miroir apparaît dans la façon dont les deux réalisateurs ont de nous donner des images radicalement contradictoires de la place que peuvent avoir les tribus locales dans la Colombie moderne. Ainsi, si celles-ci restent, dans L’Etreinte du Serpent, parfaitement impénétrables aux yeux de l’Homme blanc, dans Les Oiseaux de Passage, tout l’enjeu va venir de l’effort qu’ont fait les clans Wayuu pour se moderniser en essayant de ne rien perdre de leurs traditions et de leur code d’honneur ancestraux.

Or, dans un monde où tout est diligenté par le pouvoir de l’argent, le seul moyen qu’a trouvé la famille de Rapayet de s’y trouver une place est de s’enrichir, et pour cela de cultiver puis vendre de la marijuana. Un seul hic : elle n’est pas la seule à avoir eu cette fausse bonne idée. Et tout le monde sait que, dès qu’il est question de vente de drogues, la libre concurrence se règle dans des bains de sang.
Dans le récit elliptique conçu par le duo de réalisateurs, les armes à feu deviennent omniprésentes au milieu de ce commerce familial. A un point tel que celles-ci doivent, au bout de quelques années, être cachées dans des tombes. Les mœurs folkloriques sont dès lors honteusement bafouées. Tout le drame se situe là : ce film qui s’ouvre sur une danse prénuptiale rituelle, nous promettant une observation anthropologique et intimiste, adopte rapidement les codes du film de gangsters, dont son inévitable schéma du rise and fall et sa violence déraisonnable lui valurent d’ailleurs d’être comparé à Scarface.
Une différence majeure demeure toutefois entre les parcours de Rapayet et celui de Tony Montana, à savoir la dimension familiale qui guide le premier. En effet, ce Wayuu au cœur de la narration des Oiseaux de Passage n’est jamais véritablement maître de son destin. Dès le début, il subit les influences de son oncle Perigrino et de son ami Moises, qui incarnent respectivement le respect et le non-respect des traditions claniques. Il apparaît néanmoins que la personne la plus influente de cette fratrie est sa belle-mère, Ursula. L’amour que celle-ci porte à ses enfants va même devenir l’élément principal lorsque Rapayet n’arrivera pas à empêcher les siens d’avoir massivement recours aux armes.

Le destin autodestructeur de cette famille prend les allures d’une fresque dramatique qui, sur la base d’une histoire vraie, réinvente les racines des célèbres cartels qui marquèrent à jamais l’histoire de la Colombie. Et ce, sous la forme d’un véritable conte légendaire. Grâce à sa construction, d’abord, qui divise la narration en cinq actes, cinq « chants », mais aussi en réservant au cœur de son récit extrêmement réaliste une part importante aux rituels ancestraux et oniriques.
C’est cet équilibre délicat entre le naturalisme, avec lequel sont traitées aussi bien la reconstitution ethnologique que la guerre des gangs, et la plongée fantasmatique dans certaines scènes de rêve, qui motivent souvent les décisions des dirigeantes de ce système matriarcal, qui fait la beauté de ce film. On peut même parler de parfaite réussite, tant la créativité qui anime ce long-métrage parvient à prendre à revers nos idées préconçues par la simple évocation du narcotrafic, façonnées par plusieurs décennies de diverses fictions américaines.

Lourdes

documentaire français de Thierry Demaizière et Alban Teurlai, 1h31

Synopsis

Le rocher de la grotte de Lourdes est caressé par des dizaines de millions de personnes qui y ont laissé l’empreinte de leurs rêves, leurs attentes, leurs espoirs et leurs peines. A Lourdes convergent toutes les fragilités, toutes les pauvretés. Le sanctuaire est un refuge pour les pèlerins qui se mettent à nu, au propre – dans les piscines où ils se plongent dévêtus – comme au figuré – dans ce rapport direct, presque charnel à la Vierge.

Synopsis

Le rocher de la grotte de Lourdes est caressé par des dizaines de millions de personnes qui y ont laissé l’empreinte de leurs rêves, leurs attentes, leurs espoirs et leurs peines. A Lourdes convergent toutes les fragilités, toutes les pauvretés. Le sanctuaire est un refuge pour les pèlerins qui se mettent à nu, au propre – dans les piscines où ils se plongent dévêtus – comme au figuré – dans ce rapport direct, presque charnel à la Vierge.

Séances en Version Française (VF)
Me.12 Je.13 Ve.14 Sa.15 Di.16 Lu.17 Ma.18
18h10 15h30 18h10 18h10 18h10 15h30 15h30
18h10 18h10 18h10

L’avis du « Monde » – à voir, par Murielle Joudet : Depuis que Bernadette Soubirous y a vu apparaître la Vierge Marie en 1858, la commune française de Lourdes est devenue un site incontournable de pèlerinage, visité chaque année par des millions de catholiques. C’est ce lieu pétri de mystère (plutôt que le lieu touristique) que s’attachent à filmer Thierry Demaizière et Alban Teurlai, duo de réalisateurs qui a signé des documentaires sur Benjamin Millepied -(Relève 2016), Karl Lagerfeld (Un Roi seul, 2008) et dernièrement Rocco Siffredi (Rocco,2016). On ne trouvera aucun plan sur les rues marchandes et leurs habituelles boutiques de souvenirs, les deux documentaristes s’en tiennent à filmer la poésie des lieux et rejettent hors champ porte-clés et cartes postales.

Documentaire choral, Lourdes suit le parcours d’une liste hétéroclite de pèlerins : des Gitans, des travestis, des hommes et des femmes lourdement handicapés, d’autres condamnés. Le parcours le plus déchirant se trouve être celui d’un ancien chef d’entreprise atteint de la maladie de Charcot. Avec une humilité bouleversante et beaucoup de lucidité, celui-ci nourrit l’espoir d’une guérison mais, confie-t-il, pourquoi lui plutôt qu’un autre ?

Une grande majorité de visiteurs vient avec le secret désir d’une guérison miraculeuse – plusieurs ont été officiellement reconnues par l’Eglise catholique. Ou, plus humblement, on vient y trouver une forme d’apaisement : la simple présence en ces lieux semble consoler les pèlerins. Les plus handicapés sont accueillis par une équipe de bénévoles attentifs et chevronnés. Pour les moins croyants des spectateurs, le miracle se situe là, dans l’attention portée à ces corps, les amitiés qui s’y nouent, les larmes des jeunes soignantes déchirées de voir partir les pèlerins.

Les réalisateurs vont et viennent entre scènes purement logistiques qui donnent à voir, selon leurs propres mots,  » l’organisation militaire » du lieu et scènes plus abstraites à la limite du surnaturel.

Douleur et gloire

drame espagnol de Pedro Almodóvar , 1h52 (vost)

Synopsis

Une série de retrouvailles après plusieurs décennies, certaines en chair et en os, d’autres par le souvenir, dans la vie d’un réalisateur en souffrance. Premières amours, les suivantes, la mère, la mort, des acteurs avec qui il a travaillé, les années 60, les années 80 et le présent. L’impossibilité de séparer création et vie privée. Et le vide, l’insondable vide face à l’incapacité de continuer à tourner

Séances en Version Française (VF)
Me.12 Je.13 Ve.14 Sa.15 Di.16 Lu.17 Ma.18
17h40
Séances en Version Originale (VO)
Me.12 Je.13 Ve.14 Sa.15 Di.16 Lu.17 Ma.18
17h40 17h30 15h30 17h50 17h40 17h30

La critique de Elisabeth Franck Dumas, Libération

Un homme d’âge mûr, entre deux eaux. Voilà le programme de Douleur et Gloire. Il est annoncé dès le premier plan du film de Pedro Almodóvar : Salvador, cinéaste fameux en panne d’inspiration, lévite dans une piscine. Les deux eaux qui l’entourent pourraient s’appeler douleur et gloire, ou passé et présent, ou comédie et drame. Il n’y a pas à choisir : tout marche avec tout, dans ce grand bordel qu’est la vie, tout comme jadis, dans le cinéma de son enfance, l’odeur de la pisse se mêlait à celle du jasmin. Mais Douleur et Gloire n’est pas la cathédrale baroque et hystérique qu’on pourrait attendre d’un film avec un tel titre, d’un tel cinéaste. Non, si Pedro Almodóvar n’a pas eu peur de se frotter ici aux grands totems, la vie et l’œuvre, le désir et la création, la réalité et la fiction, il l’a fait avec un calme et une évidence qui ont quelque chose de stupéfiant, faisant de ce film l’un de ses meilleurs, et de ses plus autobiographiques.

Névroses : Douleur et Gloire décrit le retour à la vie d’un homme à qui Antonio Banderas prête ses traits, et Almodóvar ses névroses (autant que ses habits). Mais qu’on se rassure encore : il n’a rien de narcissique ni de complaisant. Il est, plutôt, d’une humanité telle qu’il ménage à chaque rôle, du médecin se penchant sur la kyrielle de maux dont est atteint Salvador (migraines, lombalgies, acouphène, dépression, addiction…) jusqu’à sa mère mourante lui assénant sans aigreur quelques terribles reproches, une épaisseur et une dignité auxquels les comédiens, tous exceptionnels, donnent magnifiquement corps.

Lorsqu’on rencontre Salvador, il est dans cet état quasi catatonique où l’ont plongé la mort de sa mère et une opération du dos. C’est un de ses vieux films au titre programmatique, Sabor, présenté à la Cinémathèque de Madrid, qui va le remettre sur le chemin de la vie, chemin dont les diverses stations n’auront rien de catholique : découverte de l’héroïne, qui s’avérera machine à ressouvenir, retrouvailles avec un comédien jadis détesté, puis avec un amant adoré (l’occasion d’un magnifique baiser de retrouvailles et d’adieux) et, enfin, remémoration du tout «premier désir», enfoui, dont le surgissement va permettre à Salvador de reprendre pied. Des scènes de jeunesse ponctuent ces embardées, et elles ont dès le départ la saveur idéale de l’enfance – la jeune mère a les traits de Penélope Cruz, qui elle-même ressemble à Sophia Loren, et le lavage du linge au bord de la rivière est l’occasion d’une superbe scène de chant qui s’affiche d’emblée comme moment de cinéma.

Drogue et baisers : La remémoration n’est autre que le premier moment de la création, et il ne s’agira pas ici de démêler réalité et fiction – qu’importe ce qui vient de la vie du cinéaste, meubles, tableaux, vêtements, chevelure, et ce qu’il a inventé, le plus intéressant se trouve toujours à la croisée des deux. Par exemple : cette incroyable maison troglodyte où l’enfant habite avec ses parents. Elle signifie que l’enfance est un territoire souterrain et légendaire, et ses murs lumineux sont de chaux, blancs comme des écrans de cinéma. Ils seront le creuset de projections enfantines, et la boucle se bouclera gracieusement jusqu’à l’écran vide des films à venir, écrans blancs comme on dit page blanche, que Salvador, bercé de mots et de manque, s’emploiera à emplir. Dans une série de mises en abyme bouleversantes, ce sera son comédien, Alberto, qui, s’emparant d’un texte de Salvador, viendra se poster devant un autre écran blanc, hissé sur une scène de théâtre, pour dire l’histoire de son ami, avant que Salvador à son tour ne parvienne à l’habiter, cet espace, dans le tout dernier et sublime plan du film.

Les souvenirs circulent d’un corps à l’autre, la drogue et les baisers s’échangent, les objets se lèguent, les vérités se disent, avec une générosité redoublée à l’image par l’échange miraculeux opérant entre Banderas et Almodóvar, le comédien donnant vie au cinéaste et complice de toujours sans jamais le singer. C’est ainsi que Douleur et Gloire touche à l’universel : se livrant à l’archéologie à ciel ouvert d’une conscience, il ne fait rien d’autre que nous enjoindre à faire de même. A l’image de Salvador qui, enfant, apprit à écrire au premier objet de son désir en lui tenant la main, peut-être nous prend-il aux tripes pour nous engager à devenir, nous aussi, les modestes auteurs de nos propres vies.

Louis Guichard, Télérama : (On aime passionnément)

Un cinéaste vieillissant se plonge dans les méandres de son passé… Autobiographie ou fiction ? L’Espagnol brouille les pistes autant qu’il se dévoile. Avec brio.

C’est une affaire d’hommes, bien davantage que dans la plupart des films de Pedro Almodóvar. Mais pour le cinéaste, un homme est d’abord un fils. Les premiers souvenirs qui assaillent Salvador (Antonio Banderas) le ramènent ainsi à son enfance, dans une Espagne rurale et ensoleillée, auprès de femmes — dont sa mère bien-aimée (Penélope Cruz) — qui lavent le linge au bord d’une rivière. Images idylliques de joie de vivre, d’innocence et de nature. Portrait d’une mère en infatigable travailleuse, aimante, digne et radieuse, malgré la pauvreté : le tableau est peut-être trop beau pour être vrai.

La limpidité, la luminosité de ces scènes peuvent tromper ou aveugler. Il en va ainsi de la mise en scène d’Almodóvar et de son écriture. Le film commence dans la plus grande simplicité, en s’attachant à un alter ego évident de l’auteur, ce Salvador vieillissant, reclus dans la pénombre de son luxueux appartement madrilène. Diminué par les souffrances physiques (asthme, migraines, arthrose, acouphènes…), cerné par la nostalgie et la tristesse, il ne se sent plus la force d’exercer pleinement son métier de cinéaste et, donc, ne trouve plus de sens à sa vie. Impossible de deviner, alors, quelle direction va prendre Douleur et gloire, ni quel en sera le sujet : ce brio de narrateur imprévisible demeure une rareté. Quand Salvador retrouve l’un de ses acteurs d’il y a trente-deux ans, pour une présentation à la Cinémathèque, l’énigme se renforce : l’ancien interprète, toxicomane et éteint, semble voué à rester un passeur dans cette histoire. Mais le passeur de quoi ?

Ce dessein qui se dérobe, cette fausse transparence et ces mystères tiennent, pour beaucoup, au jeu spécial auquel Almodóvar s’adonne cette fois-ci : brouiller la frontière entre l’autobiographie et l’autofiction. Salvador dit, à propos d’un scénario abandonné dans son ordinateur : « C’est un texte où je fais des aveux, alors que je ne veux pas qu’on m’identifie. » Douleur et gloire étincelle par le choc de deux désirs contraires d’Almodóvar : celui de se raconter, sur un mode quasi testamentaire, et celui de rester à jamais secret, protégé par la fiction et l’imaginaire. L’exemple le plus frappant, et le plus beau, concerne cette mère vénérée, qui traverse tout le film, à des âges différents, et qu’on verra, selon les scènes, avec des yeux marron ou très clairs… Et capable, sur le tard, de cette sentence terrible : « Tu n’as pas été un bon fils. »

La vie d’Almodóvar, en fait, se confond avec sa filmographie. C’est pourquoi défilent non seulement des acteurs familiers (y compris la discrète Cecilia Roth), mais aussi des reflets émouvants de Volver (hymne à la mère, déjà jouée par Penélope Cruz). Ou de La Mauvaise Education : enfant, Salvador, scolarisé chez les religieux, devient le soliste délicat de la chorale, mais, ici, sans la terreur sourde du film de référence. Ces scènes, à la fois proches et dissemblables de leur original, ajoutent au trouble : outre l’écart possible entre la réalité et son double cinématographique, voilà l’écart qui sépare les différentes reconstitutions d’un même souvenir.

Au cœur de ce système d’échos et de réminiscences, le cinéaste ménage des moments inédits, exceptionnels. Salvador reçoit la visite de l’homme qui fut son grand amour, des décennies auparavant. Leur conversation, entre retrouvailles et adieux, et leur baiser d’anciens amants resteront parmi les plus grandes scènes du maître, dont l’art atteint alors à une sobriété déchirante. Douleur et gloire remonte aussi à la découverte de sa sexualité, par le héros, encore enfant. Le décor inouï, une caverne aménagée en logement, la lumière blanche qui tombe directement du ciel par une ouverture dans la roche et l’évanouissement de l’enfant devant la nudité entraperçue d’un ouvrier concourent à un sommet de cinéma, à la fois mental et charnel. Pour boucler la boucle, ce souvenir inspirera à Salvador un projet intitulé El primer deseo (« Le Premier Désir »)… Deseo, comme la société de production d’Almodóvar, créée à ses débuts, avant la gloire.

Les plus belles années d’une vie

Comédie dramatique de Claude Lelouch (1h31)

Synopsis

Ils se sont connus voilà bien longtemps. Un homme et une femme, dont l’histoire d’amour fulgurante, inattendue, saisie dans une parenthèse devenue mythique, aura révolutionné notre façon de voir l’amour.
Aujourd’hui, l’ancien pilote de course se perd un peu sur les chemins de sa mémoire. Pour l’aider, son fils va retrouver celle que son père n’a pas su garder mais qu’il évoque sans cesse. Anne va revoir Jean-Louis et reprendre leur histoire où ils l’avaient laissée…

Séances en Version Française (VF)
Me.12 Je.13 Ve.14 Sa.15 Di.16 Lu.17 Ma.18
18h10 13h30 13h30 18h10 18h10 13h30 13h30
18h10 18h10 18h10 18h10

La critique par Odile de Plas, Télérama :

Filmer, cinquante-deux ans plus tard, un très vieil homme et une très vieille femme au son de « chabadabada » ? Claude Lelouch n’a plus peur de rien, il l’avoue lui-même : venu un certain âge, on peut tout oser… Alors pourquoi ne pas réunir à nouveau les quatre acteurs de son plus gros succès, Un homme et une femme (1966), Jean-Louis Trintignant, Anouk Aimée mais aussi les enfants d’alors, Souad Amidou et Antoine Sire ? La plus grande qualité de Lelouch, c’est certainement son amour du cinéma et son envie de le partager. Ce nouveau film, par-delà les années, est un vibrant hommage au septième art. A tout un cinéma, une génération, qui est en train de disparaître. Car Trintignant, c’est bien sûr le Jean-Louis du film matrice, mais c’est aussi Michel dans Et Dieu créa la femme (de Roger Vadim) et Roberto dans Le Fanfaron (de Dino Risi). Et Anouk Aimée (Anne), c’est aussi la Maddalena de La dolce vita (de Federico Fellini) et la Lola de Jacques Demy… Tous ces visages s’entrechoquent avec les extraits, nombreux, du film de 1966 : un demi-siècle de cinéma défile, sur une musique de Francis Lai. Claude Lelouch joue de cette nostalgie, en parfait maître de cérémonie.

La première scène est tragique : un lent mouvement de caméra nous rapproche de Trintignant, tout recroquevillé sur sa chaise roulante, dans une maison de retraite. Pour le secouer, son fils va chercher celle qu’il n’a jamais oubliée, Anne. On attend avec impatience et crainte la scène des retrouvailles. Lelouch a alors une idée aussi pudique que féconde : Jean-Louis ne la reconnaît pas et raconte à cette étrangère le souvenir de son amour passé. Difficile de retenir son émotion… Mais l’humour et une vivifiante lucidité évitent le naufrage, quand Trintignant se dit qu’Anne « doit être vieille et moche comme moi » ou lorsqu’il s’énerve, après l’avoir enfin reconnue : « Mais pourquoi vous faites plus jeune que moi ? » Et, dans un sourire canaille, il rajeunit soudain en avouant, charmeur : « Vous savez, j’étais joli quand j’étais jeune… » Alors, même si Lelouch a toujours un drôle de goût en musique (pourquoi Calogero ?), on lui pardonne ses aphorismes et ses couchers de soleil trop rouges, car il nous offre un moment unique. Un émouvant flash-back sur toute une vie de cinéphile.

Adhérer à Rochefort sur Toile pour la saison 2018-2019 !!! ici >>>> formulaire de d’adhésion

Et toujours :

Les spectacles de la COMEDIE-FRANCAISE de Paris, du BOLCHOI de Moscou, du METROPOLITAN de New York : 18€ sur présentation de votre carte Rochefort sur Toile.
Pour d’autres informations , explorez le site au moyen des mots clés et onglets en haut de la page.

Partagez sur vos réseauxShare on Facebook
Facebook
Tweet about this on Twitter
Twitter
Share on LinkedIn
Linkedin
Email this to someone
email
Pin on Pinterest
Pinterest

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *