Du 4 au 10 septembre 2019 à l’Apollo Ciné 8

Par Sophie, le 4 septembre 2019

A l’Apollo Ciné 8 cette semaine, du 4 au 10 septembre 2019, Fête de famille de Cédric Khan et toujours Roubaix une lumière d’Arnaud Desplechin , Frankie d’Ira Sachs et Once upon a time in Hollywood de Quentin Tarantino , au tarif Rochefort sur Toile : 6€ toutes les séances.

Fête de famille, Comédie dramatique

de Cédric Kahn (1h41)

Synopsis

« Aujourd’hui c’est mon anniversaire et j’aimerais qu’on ne parle que de choses joyeuses. »
Andréa ne sait pas encore que l’arrivée « surprise » de sa fille aînée, Claire, disparue depuis 3 ans et bien décidée à reprendre ce qui lui est dû, va bouleverser le programme et déclencher une tempête familiale.

Séances en Version Française (VF)
Me.4 Je.5 Ve.6 Sa.7 Di.8 Lu.9 Ma.10
13h30 13h30 13h30 13h30 11h00 13h30 13h30
16h00 15h55 15h55 15h40 13h30 15h40 15h40
20h20 20h30 20h05 20h00 15h45 20h20 20h20
20h20

Critique par Hélène Marzolf, Télérama (on aime beaucoup TT)

Prises de bec entre mère trop placide, fille dérangée et fils lunaire. Avec une dose d’acide et une fantaisie bienvenue, le cinéaste revisite le film de famille.

Il y a là une maison fastueuse au charme élimé, des herbes folles dans le jardin, une table dressée, des gamins surexcités en pleine répétition d’une pièce de théâtre… A l’occasion de son anniversaire, Andréa (Catherine Deneuve) accueille ses deux fils : Vincent (Cédric Kahn), avec sa femme et ses enfants. Et Romain (Vincent Macaigne), accompagné par sa nouvelle — et énième — petite amie. En dépit de quelques menues prises de bec, le séjour s’annonce festif. Et puis, à l’improviste, débarque leur sœur, Claire (Emmanuelle Bercot). De retour après des années d’absence, traumatisée par une relation amoureuse ratée, elle souhaite refaire sa vie. Et pour cela compte bien récupérer sa part d’héritage…

Après le dépouillement de La Prière, Cédric Kahn revisite avec brio le « film de famille ». Un genre surexploité, auquel il insuffle une cruauté d’autant plus saillante qu’elle s’accompagne d’élans d’amour puissants, de vrais moments de complicité entre les protagonistes. Dans cette tragicomédie fantasque, le cinéaste crée des dérèglements progressifs, des dissonances, qui obligent le spectateur à réajuster sans arrêt son point de vue. A l’évidence Claire est folle. Du moins, elle le paraît, au début. Mère déficiente — sa fille adolescente est élevée par Andréa — et femme borderline : elle est le mouton noir, qu’on cherche à la fois à protéger et à écarter. Mais peu à peu les certitudes vacillent, et l’on ne sait plus qui manipule qui. Cédric Kahn fait monter le malaise, tandis que le comportement de Claire contamine la maisonnée. En faisant toujours comme si de rien n’était, Andréa masque peut-être une capacité de déni et un égoïsme hors du commun. Quant à Romain, son obsession de profiter des retrouvailles pour tourner un documentaire, « avec des cadrages à la Ozu », sur sa famille cache sans doute autre chose. La théâtralité assumée de la réalisation, la mise en abyme servent admirablement un jeu psychologique inconfortable de bout en bout.

Par ses ruptures de ton incessantes, ce film déploie aussi une fantaisie brouillonne et chaleureuse qui vire parfois à la farce. Par exemple au détour d’un accident de voiture ridicule, impliquant une bouteille de vodka et de la fumette au volant… Avec cette déclaration d’amour-haine à la famille, Cédric Kahn révèle un sens comique inattendu. Et ses acteurs s’en donnent à cœur joie dans le registre vachard : Vincent Macaigne en cadet immature, faussement naïf et affreusement tyrannique ; Catherine Deneuve en matriarche angoissante de placidité et de bonne humeur forcée. Quant à Emmanuelle Bercot, elle n’a jamais été aussi subtilement dérangeante.

Lu dans Sud-Ouest :

Tourné à Nérac dans le Lot-et-Garonne, ce film de Cédric Kahn rassemble Catherine Deneuve, Emmanuelle Bercot, Vincent MacaigneC’est une famille explosive mais cultivée. On y cite Ozu, on y lit Maupassant. Les enfants préparent une pièce de théâtre, et dans la vaste maison au charme suranné, Jean (Alain Artur) cuisine un plat savant. « Il se prend pour Robuchon », lance Andréa, sa femme (Catherine Deneuve) qui fête son anniversaire …

Les comédiens : 

Claire, jouée par Emmanuelle Bercot, est disparue depuis plusieurs années et réapparait en espérant récupérer ce qui lui revient de droit : son argent. « La souffrance de cette fille, c’est qu’elle n’est pas reconnue à sa juste place, elle n’est pas aimée comme elle a besoin de l’être et surtout, elle est considérée comme la folle, donc elle est mise au ban de la famille. C’est ça qui est douloureux pour elle », raconte l’actrice française.

Le film alterne entre les moments légers et ceux plus émouvants. Il essaye également de mettre la lumière sur les familles recomposées, dont le nombre a doublé en 20 ans en France. « Ce genre de rapports où on se voit comme ça pour les fêtes, où on est quand même proche sans être si proche que ça finalement parce qu’on est tous à droite et à gauche… Les gens reconnaîtront forcément quelque chose d’eux ou d’une situation qu’ils ont connu », explique Catherine Deneuve.

Roubaix une lumière, drame

d’Arnaud Desplechin, 1h59

Synopsis

À Roubaix, un soir de Noël, Daoud le chef de la police locale et Louis, fraîchement diplômé, font face au meurtre d’une vieille femme. Les voisines de la victime, deux jeunes femmes, Claude et Marie, sont arrêtées. Elles sont toxicomanes, alcooliques, amantes…

Séances en Version Française (VF)
Me.4 Je.5 Ve.6 Sa.7 Di.8 Lu.9 Ma.10
15h35 13h30 13h30 15h35 20h00 13h30 13h30
20h10 22h15 22h15 20h10 20h10

L’AVIS DU « MONDE » :  À NE PAS MANQUER

Inaugurée en 1990 avec La Vie des morts, la Télémachie cinématographique d’Arnaud Desplechin – « cinéfils » en quête éternelle de filiation – amorce depuis 2007 le mouvement d’un retour à Ithaque, autrement nommée Roubaix où, cette année-là précisément, la maison familiale du cinéaste fut mise en vente. Il en ressortira le documentaire l‘Aimée (2007), les fictions Un conte de Noël (2008), Trois souvenirs de ma jeunesse (2015), Les Fantômes d’Isamaël (2017), titres auxquels s’ajoute aujourd’hui Roubaix, une lumière.

La séquence est éloquente. Autour de la maison d’enfance, l’amour et la cruauté, la tendresse et la folie tendent au cinéaste les spectres de la hantise dissociative en même temps que le havre auquel on ne peut faire autrement que revenir. On y est. Mais Roubaix, une lumièreapporte, dans ce registre, deux nouveautés d’importance. Le fait divers et le polar. Inspiré d’un documentaire immersif qui fit sensation pour avoir enregistré le terrible aveu d’un assassinat – Roubaix, commissariat central, affaires courantes de Mosco Boucault, diffusé en 2008 sur France 3 – le film de Desplechin lui reste étonnamment fidèle dans son découpage, au point d’en paraître bizarrement ficelé.

Lutte pour la survie et souffle de l’imposture

Plusieurs pistes partent ainsi de la première partie du film – à l’instar du documentaire naviguant au gré des urgences de Police secours – sur les pas du commissaire Daoud et de son équipe, confrontés à la misère sociale et humaine de la ville. Bagarre de voisinage, escroquerie à l’assurance, fugue d’une mineure, viol d’une toute jeune fille, incendie dans un immeuble. Mais déjà, quelque chose s’éloigne irrémédiablement du réalisme documenté à la « Dardenne », ce pourquoi d’ailleurs, nordistes pour nordistes, les Dardenne sont les Dardenne et Desplechin est Desplechin.

Ce quelque chose est la ligne secrètement active qui sépare l’ombre et la lumière, allégorisant rapidement la trivialité du matériau. L’ombre, c’est Roubaix poussé au (film) noir, sa nuit rougeoyante, sa dure pauvreté, sa lutte poisseuse pour la survie. La lumière, c’est Daoud – et avec lui la grandeur de l’acteur Roschdy Zem – commissaire de police et enfant du cru, d’emblée méta réel dans les deux registres. Origine maghrébine, souvenirs amers plein la hotte mais sourire absolu, déterminé, supra conscient, ultra-lucide.

Daoud, c’est le miracle de Noël fait homme. Là où il paraît, la lumière s’allume. Son jeune lieutenant, Louis, l’admire d’autant plus qu’il trompe quant à lui dans le corps policier une vocation avortée à la direction sacerdotale des âmes. Daoud, au fond, on le connaît. C’est un artiste dans la lignée du paria biblique Ismaël, tel que Herman Melville, Ingmar Bergman, Arnaud Desplechin lui-même, le transfigurent respectivement dans Moby Dick, Fanny et Alexandre, Rois et Reine. Hétérodoxe, médiumnique, inquiétant et rayonnant à la fois. Tout cela se précise dans la seconde partie du film. Parce que l’incendie dans la cour d’immeuble n’a pas fini de parler. Il masque le cadavre d’une vieille femme détroussée dans son appartement, un acte criminel abject et deux jeunes suspectes, voisines de cour croisées au cours de l’enquête.

On a nommé le couple d’amantes déglinguées et décavées Claude et Marie, causes d’un malaise possible dans la réception du film. Le souffle tiède de l’imposture saisit en effet à la vision de Léa Seydoux et Sara Forestier affublées des stigmates ostensibles de la misère, le rouge au nez, le tic aux lèvres, la graisse aux cheveux. On est pourtant ici au cœur du film. Et le défi y est double. Les imposer d’abord au risque de l’invraisemblance, précisément au nom des puissances de la fiction. Les humaniser ensuite au cours du marathon mental que constitue l’interrogatoire mené par Daoud et son équipe. Claude qui résiste et qui manipule l’affaire, au nom de sa fillette. Marie qui n’a rien d’autre que Claude dans sa vie pour ne pas mourir sur le champ et qui au contraire les charge toutes deux. Etrange ballet d’aveux et de dénégations, d’arguments retors et de besoin d’expiation, où l’abjection et l’amour se cognent violemment l’un à l’autre. Elles avaient tout de même étranglé la vieille femme pour lui dérober sa télé et du produit vaisselle…

Le témoignage d’une humanité perdue

A travers le fait divers roubaisien de 2002 remonte à la mémoire le carnage passé à la postérité des sœurs Papin, ces deux jeunes domestiques qui, le 2 février 1933 au Mans, massacrèrent sauvagement leurs patronnes. L’homicide, dans sa dimension de juste revanche sociale, a depuis lors nourri l’imaginaire des surréalistes et de Jean Genet (Les Bonnes) puis, au cinéma, de Claude Chabrol (La Cérémonie, 1995) et Jean-Pierre Denis (Les Blessures assassines, 2002). Rapporté à cette tradition anarcho-révolutionnaire, on voit combien le film d’Arnaud Desplechin s’en éloigne.

Le crime comme symptôme social, comme violence expiatoire et climax passionnel ne l’intéresse pas. Il ne le représente d’ailleurs même pas. Le crime comme témoignage de l’existence et de l’opacité du Mal, sa reconstitution comme reconquête maïeutique – par les mots et par les gestes – d’une humanité perdue, voilà en revanche qui justifie sa recherche sur la possible représentation de l’abjection. Cette longue et poignante reconstitution de l’acte sur les lieux du crime est d’ailleurs le moment du film où le polar hollywoodien croise le documentaire génocidaire français. Les ombres de Shoah de Claude Lanzmann ou de S21 de Rithy Panh, dont on sait en quelle estime les tient Desplechin, s’insinuent furtivement sur la scène du crime.

Dernière chose enfin, par quoi Roubaix, une lumière se rattache à notre époque. Le fait divers de 2002 diverge, en effet, de celui de 1933. La lutte des classes n’y offre même plus la possibilité d’un horizon d’intelligibilité. Deux pauvres filles y tuent une pauvre vieille dans l’espoir de lui voler des économies dont elle ne dispose même pas. C’est le propre d’un système qui, tenant pour non profitable à ses intérêts le droit des plus démunis à un minimum de dignité, envoie en connaissance de cause à la casse un peuple de reclus. Roubaix, une lumièremontre qu’en vérité ce spectacle nous concerne et cette violence nous atteint.

Frankie Drame franco portugais américain

d’Ira Sachs, 1h38

Synopsis

Frankie, célèbre actrice française, se sait gravement malade. Elle décide de passer ses dernières vacances entourée de ses proches, à Sintra au Portugal.

Séances en Version Originale (VO)
Me.4 Je.5 Ve.6 Sa.7 Di.8 Lu.9 Ma.10
20h20 15h55 15h55 17h45 11h10 15h55 15h55
17h45 20h10 20h10 15h40 17h45 17h45

La critique de Mélanie Bonvard pour aufeminin

Dans le film Frankie, Isabelle Huppert incarne une célèbre actrice française qui réunit toute sa famille et ses proches lors de dernières vacances tous ensemble. Elle se sait gravement malade et souhaite donc profiter de ces ultimes instants auprès de ceux qu’elle aime à Sintra, au Portugal. C’est l’occasion pour elle de faire le point sur son vécu, celui de ses proches, ses acquis et ses regrets mais aussi ses désires ainsi que ses espoirs pour chacun. Dans ce film, Ira Sachs dresse le portrait d’une femme qu’on pense, au premier abord, aussi énigmatique que libre. Incroyablement charismatique, on nous dépeint la vie d’une artiste adulée et respectée. Frankie est belle, rayonne et est appréciée aussi bien par ses admirateurs que par les personnes avec qui elle partage sa vie ou qui croisent sa route.

Puis, plus le film avance plus on découvre Frankie vulnérable. Le mythe autour de l’actrice se déconstruit pour laisser place à une femme désemparée face à la maladie qui la ronge. Les différents regards sur elles se multiplient. Les secrets de famille qui ont hanté son esprit et celui de ses proches se dévoilent peu à peu. Frankie devient alors beaucoup plus nuancée qu’il n’y paraît. Les parts sombres de sa vie comme les plus joviales sont révélées. Isabelle Huppert joue alors une multitude de jeu et ce charisme est accompagné par un casting tout aussi talentueux. Jérémie Rénier, par exemple, touche par la sobriété de ses expressions et la personnalité de ce fils aimant mais si peu sûr de lui. Ce qui rend cette œuvre si réussie, c’est la manière dont Isabelle Huppert sert le reste des individus qui entourent son personnage. C’est comme si on contemplait un film choral où chacun vit ce dernier séjour avec Frankie à sa manière. Tous les personnages se croisent au fur et à mesure du film, laissant apparaître à tour de rôle la vulnérabilité qui les anime.

Rarement au complet au sein du film, Frankie fonctionne comme un puzzle. Les pièces s’assemblent petit à petit pour laisser place au réel enjeu de l’histoire. Présenté au Festival de Cannes 2019, Frankie mérite une attention toute particulière grâce à son portrait de femme poignant et intelligemment porté par Isabelle Huppert. Le film sort au cinéma le 28 août prochain.

Once upon a time in Hollywood 

Thriller américain de Quentin Tarantino  (2h42), interdit au moins de 12 ans

Synopsis

En 1969, la star de télévision Rick Dalton et le cascadeur Cliff Booth, sa doublure de longue date, poursuivent leurs carrières au sein d’une industrie qu’ils ne reconnaissent plus.

Séances en Version Française (VF)
Me.4 Je.5 Ve.6 Sa.7 Di.8 Lu.9 Ma.10
13h30 16h30 16h30 13h30 16h00 13h30 16h30
19h30 19h40 19h40 19h30 16h30
19h30
Séances en Version Originale (VO)
Me.4 Je.5 Ve.6 Sa.7 Di.8 Lu.9 Ma.10
19h30 19h30

La critique de Jacques Morice

Déclaration d’amour à une époque bénie jetant ses derniers feux, ce neuvième film impose une nonchalance inédite. Ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre, Tarantino séduit.

Depuis sa Palme d’or, en 1994, avec Pulp Fiction, Quentin Tarantino est un cinéaste à la hauteur de la rock star. Chacun de ses nouveaux films est attendu comme un événement incontournable, à même d’intéresser plusieurs générations. Cette attente, il la met en scène, il sait en jouer et la déjouer à chaque fois (ou presque), trouvant le moyen de réinventer quelque chose, de surprendre, de déconcerter, tout en maintenant le fil d’une histoire qui la fonde en profondeur, à savoir sa cinéphilie dévorante, sans limite, éclectique. Une passion qui n’est pas pure et dure : elle va de pair avec toute la pop culture (musique, polars bon marché, émissions de radio, etc.) que ce bidouilleur exalté mixe et remixe, mieux que quiconque sans doute. Ainsi dans ce dernier film est-il question de cinéma mais aussi et surtout de télévision.

Once Upon a Time in… Hollywood est une déclaration d’amour presque tendre (si, si, vous avez bien lu) à une époque révolue. Le film se déroule sur plusieurs journées, au début d’août 1969. Hollywood doit alors composer avec la télévision, devenue un média de masse. Rick Dalton (Leonardo DiCaprio) est justement un acteur de séries télé, de plus en plus abonné aux rôles de méchants. Il est sur le déclin, il doute, il picole trop. Un producteur (Al Pacino) l’incite à aller tourner en Italie un western spaghetti. Pour Rick, c’est le signe qu’il est devenu un has been. Il s’épanche auprès du cascadeur Cliff Booth (Brad Pitt), qui est plus que sa doublure : son homme à tout faire, son chauffeur et sa nounou. L’un est au service de l’autre, les deux n’ont pas les mêmes moyens, mais ils sont comme des frères.

En parallèle, on suit l’épouse de Roman Polanski, Sharon Tate (Margot Robbie), starlette sur le point d’être star. On connaît son nom et sa fin atroce, surtout aux Etats-Unis, où son assassinat par des hippies illuminés, membres d’une communauté regroupée autour de Charles Manson, a traumatisé le pays. Impossible ici, au risque de « spoiler » le lecteur, d’en dire plus sur la façon dont Tarantino a traité ce fait divers en alimentant, forcément, un certain suspense. Tout juste peut-on annoncer qu’il a surtout tenu à rendre un hommage qui se veut léger et fluide à Sharon Tate, en la filmant toujours en mouvement, fleur blonde pleine de candeur, gracile, rieuse. Le film, rappelons-le, est un conte (« Once Upon a Time »…). Il mêle astucieusement des éléments vrais avec d’autres, imaginaires. Rick y apparaît comme un panaché de Clint Eastwood (vedette de Rawhide) et de Steve McQueen (Au nom de la loi). Once Upon a Time in… Hollywood regorge ainsi de citations (voir encadré) et d’appropriations diverses.

Les cocktails sirotés par dizaines, les piscines, le vertige des descentes en voiture sur les pentes de Los Angeles (magnifiquement filmé), les rumeurs, les réputations qui se font et se défont, l’acteur liquéfié, rongé par l’angoisse, qui n’arrive pas à dire son texte (DiCaprio, émouvant) : tout cela s’enchaîne en mode mineur, sans intrigue véritable, sans trame à rebondissements. Le film tient de la balade indolente, de la remémoration. Il séduit mais prend aussi le risque de frustrer. Rien de spectaculaire ici, sinon le bain de sang final, catharsis cartoonesque jubilatoire et virtuose dans son déroulé. Pour le reste, Tarantino a rengainé ses flingues et sa perversion, pour quelque chose de plus doux. Il reste lui-même tout en étant un autre.

Doublure, décalque, reprise… le cinéaste joue avec ces notions. Y compris dans la musique, où il a fait le choix de titres fameux (des Rolling Stones ou des Mamas and the Papas…) repris par d’autres. Comme s’il ne fallait surtout rien de majeur, de profond, mais au contraire une forme de survol mélodieux. Une séquence, génialement anodine, résume bien cet effleurement. Brad Pitt (léger et puissant à la fois) doit réparer l’antenne de télévision de Rick, absent de la maison. Il débarque là-bas, prend quelques outils dans le garage, arrive sur le toit en deux, trois mouvements ahurissants d’agilité. Posté au soleil tout près de l’antenne bringuebalante, il enlève son tee-shirt, arborant un torse de marbre antique, malgré les cicatrices. La caméra s’attarde sur lui, qui surplombe le monde, regarde tout autour, entend le rock enjoué au loin qui s’échappe d’une fenêtre de la chambre de Sharon Tate. Dans ce moment suspendu passe la sensation d’une dolce vita hollywoodienne. Tout cela disparaîtra bientôt, l’innocence sera perdue.

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Et toujours :

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