Du 18 au 24 septembre 2019 à l’Apollo Ciné 8

Par Sophie, le 18 septembre 2019

A l’Apollo Ciné 8 cette semaine, du 18 au 24 septembre 2019, deux films d’animation: Les hirondelles de Kaboul de Zabou Bretman et Wonderland le royaume sans pluie de Kelichi Hara. Ensuite L’oeuvre sans auteur de Florian Henckel von Donnersmarck en deux parties, Au nom de la terre d’Edouard Bergeon en avant- première et toujours, Fête de famille de Cédric Khan, Roubaix une lumière d’Arnaud Desplechin et Once upon a time in Hollywood de Quentin Tarantino , au tarif Rochefort sur Toile : 6€ toutes les séances. Enfin, n’oubliez pas de renouveler votre adhésion pour soutenir RsT!

Les hirondelles de Kaboul

Film d’animation français de Zabou Breitman et Eléa Gobbé-Mévellec,  1h21

Synopsis

Été 1998, Kaboul en ruines est occupée par les talibans. Mohsen et Zunaira sont jeunes, ils s’aiment profondément. En dépit de la violence et de la misère quotidienne, ils veulent croire en l’avenir. Un geste insensé de Mohsen va faire basculer leurs vies.

Séances en Version Française (VF)
Me.18 Je.19 Ve.20 Sa.21 Di.22 Lu.23 Ma.24
13h30 13h30 13h45 13h45 11h10 13h30 13h30
15h20 15h20 15h55 15h55 13h30 15h20 15h20
20h30 20h30 19h30 19h30 15h20 20h30 20h30
20h30
Extrait de l’avis de Christophe Foltzer, Ecran Large :

Publié en 2002, le roman Les Hirondelles de Kaboul, de Yasmina Khadra, fait partie de sa trilogie consacrée aux conflits Orient-Occident, en compagnie de L’Attentat et Les Sirènes de Bagdad mais il reste l’une de ses oeuvres les plus populaires. Logique donc, qu’un film arrive un moment ou un autre.

Le choix de l’animation pourrait surprendre au début pour un projet de ce type, mais il se révèle très rapidement comme la meilleure solution pour raconter cette histoire. Déjà parce que tourner cette adaptation en live coûterait très cher, mais aussi parce que la forme enrichit constamment le fond. Ne serait-ce que dans ses décors épurés, qui virent parfois à l’abstraction, et qui donnent cette impression d’irréalité totale face à ce régime inhumain.Comme si la ville en ruine tout entière était encore frappée que cela lui soit arrivé et refusait toujours de le croire.

Ensuite, dans le design de ses personnages, c’est aussi un excellent moyen d’identification pour le spectateur même si le film se permet une audace fort bienvenue : le character-design reprend quelques traits des comédiens qui leur prêtent leur voix (Zita Hanrot, Swann Arlaud, Simon Abkarian et Hiam Abbass, tous parfaits), dans un équilibre fragile, suffisamment pour qu’on les reconnaisse, tout en restant très discret pour que l’on n’oublie pas les personnages qu’ils incarnent.

En résulte un effet assez inédit et particulièrement efficace de familiarité et de proximité qui permet au spectateur de réellement plonger dans cette histoire orientale tout en ayant dès le départ un certain nombre de repères pour y prendre ses marques. Une excellente idée.

Si le film change pas mal d’éléments du roman, notamment dans sa conclusion, le travail d’adaptation est à saluer, tant il est réussi et tant l’histoire est puissante et prenante. Bien sûr, certains aspects fonctionnent moins que d’autres, notamment le basculement d’un personnage principal dans une décision qui va sceller son destin, un peu trop précipité pour atteindre son objectif et dont on ne comprend pas vraiment la logique. Dans la même idée, la conclusion s’avère quelque peu abrupte en regard de la tension installée et c’est un peu dommage. Mais rien cependant qui nous fasse sortir du film ou nous frustre, juste du pinaillage.

Les Hirondelles de Kaboul touche profondément lorsqu’il nous montre ces personnages brisés, mais idéalistes qui croient en un avenir meilleur alors que tout joue contre eux. Mais il nous perturbe lorsqu’il aborde la question la plus importante de toutes : que se passe-t-il lorsque le conflit s’installe en nous et nous force à lui ressembler, voire à l’épouser pour continuer sa vie, aussi misérable soit-elle ?

C’est dans cette démonstration terriblement efficace du changement intérieur qui s’opère dans ces situations extrêmes que le film nous emporte, quand l’horreur générale s’égraine dans le coeur des hommes et des femmes, divisant les populations jusque dans leurs strates les plus intimes pour les dominer. On en ressort le coeur lourd, l’âme abimée, mais plus que jamais déterminé à ne pas se laisser prendre au piège.

Wonderland le royaume sans pluie

Film d’animation, de Keiichi Hara, 1h55

Synopsis

Akané est une jeune fille rêveuse. La veille de son anniversaire, elle se rend chez sa tante antiquaire pour récupérer son cadeau. Dans l’étrange bric-à-brac de la boutique, elle pose sa main sur une pierre magique. S’ouvre soudain un passage secret d’où surgit Hippocrate, un alchimiste venu d’un autre monde. Il veut convaincre Akané qu’elle est la Déesse du vent vert dont parle la légende et qu’elle seule peut éviter la terrible sécheresse qui menace son royaume. Accompagnées par l’alchimiste et son disciple Pipo, Akané et sa tante s’engagent dans un voyage fantastique pour sauver Wonderland.

Séances en Version Française (VF)
Me.18 Je.19 Ve.20 Sa.21 Di.22 Lu.23 Ma.24
13h45 13h45 13h30 13h30 11h00 13h45 13h45
20h00 13h45 20h00
Séances en Version Originale (VO)
Me.18 Je.19 Ve.20 Sa.21 Di.22 Lu.23 Ma.24
20h00 17h45 17h45

La critique de Guillemette Odicino, Télérama

Akané doit sauver de la sécheresse un royaume fantastique, dont elle ignorait l’existence. Un superbe manga initiatique aux dialogues pleins d’esprit.

Akané, adolescente un brin maussade, se rend dans la boutique de sa tante antiquaire, qui se réjouit d’aller prochainement chiner « à L’Isle-sur-la-Sorgue, dans le sud de la France » (sic). Parce qu’elle pose la main sur une drôle de pierre dans le bric-à-brac de sa tatie délurée, une trappe s’ouvre soudain sous un tapis. En surgit un alchimiste venu d’un autre monde, annonçant à Akané qu’elle est la déesse du Vent vert et qu’elle seule peut éviter une terrible sécheresse. Début, pour ces deux héroïnes, d’une trépidante traversée d’un royaume aux régions plus disparates et fantastiques les unes que les autres…

Keiichi Hara est loin d’être un nouveau venu dans l’animation, et l’on se souvient de son si gracieux Miss Hokusai (primé au festival d’Annecy en 2015) ou de Colorful, en 2011, qui, sous ses couleurs pimpantes, osait aborder le thème du suicide. Avec cette adap­tation d’un roman pour enfants de Sachio Kashiwaba, L’Etrange Voyage depuis la cave, il revient au manga pour jeune public, mais avec de vrais traits d’esprit (certains dia­logues sont très drôles) et un talent toujours aussi enchanteur pour la cou­leur. Si la narration chemine au rythme classique du voyage initiatique, chaque décor traversé est une nouvelle surprise visuelle : jardins extraordinaires d’un vert vibrant, plaines désertiques com­me pigmentées de rose, ville rétrofuturiste ou pont suspendu entre deux monta­gnes à faire trembler Indiana Jones lui-même… L’eau jaillira-t-elle pour réhydrater le monde ? En tout cas, ce film d’un Japonais qui, décidément, semble aimer la France se termine sur la musique de Parlez-moi d’amour !

L’oeuvre sans auteur – partie 1 : 1h31, partie 2 : 1h39

drame allemand de Florian Henckel von Donnersmarck

Résumé

À Dresde en 1937, le tout jeune Kurt Barnet visite, grâce à sa tante Elisabeth, l’exposition sur « l’art dégénéré » organisée par le régime nazi. Il découvre alors sa vocation de peintre. Dix ans plus tard en RDA, étudiant aux Beaux-arts, Kurt peine à s’adapter aux diktats du « réalisme socialiste ». Tandis qu’il cherche sa voix et tente d’affirmer son style, il tombe amoureux d’Ellie. Mais Kurt ignore que le père de celle-ci, le professeur Seeband, médecin influent, est lié à lui par un terrible passé. Epris d’amour et de liberté, ils décident de passer à l’Ouest…

Partie 1

Séances en Version Originale (VO)
Me.18 Je.19 Ve.20 Sa.21 Di.22 Lu.23 Ma.24
18h10 15h50 20h05 20h05 15h50 18h10 18h10

Partie 2

Séances en Version Originale (VO)
Me.18 Je.19 Ve.20 Sa.21 Di.22 Lu.23 Ma.24
20h10 17h50 22h05 22h05 17h50 20h10 20h10

L’avis de àVoiràLire

Le jeune Kurt visite avec sa tante, Elisabeth, un musée qui, malgré les commentaires terribles du guide, naturellement converti au national-socialisme, fonde ses espoirs dans un art résolument moderne et personnel. Le ton est donné à cette saga dense, qui raconte presque vingt-cinq ans de la vie d’un peintre, dans une Allemagne de l’Est, accablée par son histoire nazie et communiste. Car L’œuvre sans auteur est tout à la fois l’histoire de ce jeune homme, peintre au grand talent, que celle de son pays dont on saisit, dès les premières séquences, le poids de la culpabilité face aux yeux du monde. Florian Henckel von Donnersmarck récidive avec un film à la forte empreinte romanesque et historique. On lui connaît le très brillant La vie des autres qui disait déjà la difficulté de l’Allemagne à panser ses plaies avec le communisme. Le cinéaste élargit sa propre défiance vis-à-vis de son pays, en faisant partir son récit de l’avant Seconde Guerre mondiale, où, entre autres, des médecins sans scrupule, participaient à la disparition d’aliénés mentaux, au nom d’une race aryenne à cultiver.
Bien sûr, le film souffre de sa réalisation très convenue. La mise en scène classique ne cherche pas l’originalité. Parfois même, les procédés cinématographiques comme cette caméra qui tourne autour de la jeune tante, dans une musique entêtante, font verser le récit dans le pathos et le romantisme suranné. Pour autant, la forme se dépasse très vite tant, d’une part, l’interprétation des comédiens est excellente, et d’autre part, l’histoire emporte le spectateur dans un florilège de sentiments et d’émotions. Heureusement, le cinéaste ne force pas sur le tragique. Le scénario évite l’écueil du tire-larmes grâce notamment à la psychologie de son personnage principal, Kurt, tout entier pétri de détermination et de pudeur. On peut évidemment, sans excès, critiquer le manichéisme qui oppose notamment le père de la compagne de Kurt, un gynécologue sans scrupule et profondément antipathique, et les autres personnages qui ne sont que bonté et dévotion. Néanmoins, le récit est si dense, si beau qu’on en oublie les ficelles d’un scénario qui choisit peut-être la facilité.
On ne peut pas regarder ce film sans se révolter contre le sort qui était réservé aux malades mentaux et aux handicapés, sous l’Allemagne nazie. Certes, on sait que si, les gens voulaient avoir une place dans la société, ils devaient adhérer au parti de Hitler, mais force est de constater que les auteurs de pareils crimes étaient animés de pulsions psychopathiques. Le cinéaste nuance sa vision radicale de l’Allemagne en illustrant aussi la force de la manipulation de la dictature. Il montre combien le peuple s’était lui-même enfermé dans cette politique de la terreur, sans parvenir à en sortir. Surtout, le long métrage prouve que la barbarie nazie n’a pas fait que traumatiser les pays occupés, mais qu’elle a concerné avant tout la population allemande, qui a subi les bombardements des voisins européens et la tyrannie du régime d’Hitler.
L’œuvre sans auteur est un film brillant et intelligent, qui donne la part belle à l’acte de création. Les peintures que le jeune Kurt exécute devant le spectateur sont d’une incroyable beauté, au point que l’on se demande, pendant tout le film, s’il s’agit de la reconstitution de la vie d’un peintre réel, dont les œuvres auraient été retrouvées. On ne saura pas, mais peu importe. Il y a la démonstration que l’art sauve de tout, même de la peur et de la bêtise.

Au nom de la terre,

Drame d’Edouard Bergeon , 1h43 en avant- première.

Synopsis

Pierre a 25 ans quand il rentre du Wyoming pour retrouver Claire sa fiancée et reprendre la ferme familiale. Vingt ans plus tard, l’exploitation s’est agrandie, la famille aussi. C’est le temps des jours heureux, du moins au début… Les dettes s’accumulent et Pierre s’épuise au travail. Malgré l’amour de sa femme et ses enfants, il sombre peu à peu… Construit comme une saga familiale, et d’après la propre histoire du réalisateur, le film porte un regard humain sur l’évolution du monde agricole de ces 40 dernières années.

Une histoire vraie

Au nom de la terre est tiré de la propre histoire du réalisateur Edouard Bergeon. Guillaume Canet interprète le personnage principal, Pierre, directement inspiré du père agriculteur du cinéaste. « Le film est tiré de mon vécu. Je suis descendant d’une longue lignée de paysans, fils et petit-fils de paysans, tant du côté de ma mère que de mon père.

Edouard Bergeon ne savait pas écrire un scénario. Il a donc collaboré avec deux co-auteurs – Bruno Ulmer d’abord, Emmanuel Courcol ensuite – en partant d’une feuille blanche. « Je nourrissais les séquences, eux les mettaient en forme et donnaient toute l’envergure narrative. Ce n’est qu’à la toute fin que j’ai commencé à mon tour à écrire quelques scènes. »

Séances en Version Française (VF)
Me.18 Je.19 Ve.20 Sa.21 Di.22 Lu.23 Ma.24
20h15

L’avis de àVoiràLire

Pour prendre ses traits et le représenter lorsqu’il se destinait encore à une carrière agricole, le cinéaste a choisi le jeune comédien Anthony Bajon, récompensé par l’Ours d’argent du meilleur acteur pour son rôle dans La Prière. Il livre ici une performance profonde et bouleversante, se glissant tranquillement dans la peau d’un lycéen qui travaille comme un homme. Primé par le prix d’interprétation masculine au festival d’Angoulême, il tient l’exploitation familiale (et finalement, le film) sur ses jeunes épaules. Face à lui, Guillaume Canet est tout autant habité et témoigne du soutien qu’il affiche toujours au monde agricole, en interprétant, avec sincérité, un agriculteur qui n’arrivera plus à faire face – jusqu’au geste fatal.

Film autobiographique bouleversant, qui tire le signal d’alarme en montrant à quel point perdre pied est facile, Au nom de la terre cherche à révéler les histoires familiales qui se cachent derrière des chiffres accablants mais qui, finalement, n’ont pas suffisamment d’effet sur l’opinion publique. A la tête d’exploitations essentielles, exerçant un métier physique et compliqué, les agriculteurs ont besoin d’un soutien à grande échelle. A défaut de les protéger des aléas qui peuvent ruiner des mois de travail en quelques heures, cela leur apporterait peut-être un peu de cette sérénité qui leur fait si cruellement défaut. Une cause nationale, bien loin du simple fait divers.
Comme le chantait Anne Sylvestre : « Pleure ma Terre au ventre déchiré. Pleure la terre où mon sang a coulé ». Pauvre terre…

Fête de famille, Comédie dramatique

de Cédric Kahn (1h41)

Synopsis

« Aujourd’hui c’est mon anniversaire et j’aimerais qu’on ne parle que de choses joyeuses. »
Andréa ne sait pas encore que l’arrivée « surprise » de sa fille aînée, Claire, disparue depuis 3 ans et bien décidée à reprendre ce qui lui est dû, va bouleverser le programme et déclencher une tempête familiale.

Séances en Version Française (VF)
Me.18 Je.19 Ve.20 Sa.21 Di.22 Lu.23 Ma.24
18h00 13h30 13h30 17h55 11h00 13h30 13h30
20h15 15h40 15h40 20h15 15h40 15h40
20h15 20h15
20h15

Critique par Hélène Marzolf, Télérama (on aime beaucoup TT)

Prises de bec entre mère trop placide, fille dérangée et fils lunaire. Avec une dose d’acide et une fantaisie bienvenue, le cinéaste revisite le film de famille.

Il y a là une maison fastueuse au charme élimé, des herbes folles dans le jardin, une table dressée, des gamins surexcités en pleine répétition d’une pièce de théâtre… A l’occasion de son anniversaire, Andréa (Catherine Deneuve) accueille ses deux fils : Vincent (Cédric Kahn), avec sa femme et ses enfants. Et Romain (Vincent Macaigne), accompagné par sa nouvelle — et énième — petite amie. En dépit de quelques menues prises de bec, le séjour s’annonce festif. Et puis, à l’improviste, débarque leur sœur, Claire (Emmanuelle Bercot). De retour après des années d’absence, traumatisée par une relation amoureuse ratée, elle souhaite refaire sa vie. Et pour cela compte bien récupérer sa part d’héritage…

Après le dépouillement de La Prière, Cédric Kahn revisite avec brio le « film de famille ». Un genre surexploité, auquel il insuffle une cruauté d’autant plus saillante qu’elle s’accompagne d’élans d’amour puissants, de vrais moments de complicité entre les protagonistes. Dans cette tragicomédie fantasque, le cinéaste crée des dérèglements progressifs, des dissonances, qui obligent le spectateur à réajuster sans arrêt son point de vue. A l’évidence Claire est folle. Du moins, elle le paraît, au début. Mère déficiente — sa fille adolescente est élevée par Andréa — et femme borderline : elle est le mouton noir, qu’on cherche à la fois à protéger et à écarter. Mais peu à peu les certitudes vacillent, et l’on ne sait plus qui manipule qui. Cédric Kahn fait monter le malaise, tandis que le comportement de Claire contamine la maisonnée. En faisant toujours comme si de rien n’était, Andréa masque peut-être une capacité de déni et un égoïsme hors du commun. Quant à Romain, son obsession de profiter des retrouvailles pour tourner un documentaire, « avec des cadrages à la Ozu », sur sa famille cache sans doute autre chose. La théâtralité assumée de la réalisation, la mise en abyme servent admirablement un jeu psychologique inconfortable de bout en bout.

Par ses ruptures de ton incessantes, ce film déploie aussi une fantaisie brouillonne et chaleureuse qui vire parfois à la farce. Par exemple au détour d’un accident de voiture ridicule, impliquant une bouteille de vodka et de la fumette au volant… Avec cette déclaration d’amour-haine à la famille, Cédric Kahn révèle un sens comique inattendu. Et ses acteurs s’en donnent à cœur joie dans le registre vachard : Vincent Macaigne en cadet immature, faussement naïf et affreusement tyrannique ; Catherine Deneuve en matriarche angoissante de placidité et de bonne humeur forcée. Quant à Emmanuelle Bercot, elle n’a jamais été aussi subtilement dérangeante.

Lu dans Sud-Ouest :

Tourné à Nérac dans le Lot-et-Garonne, ce film de Cédric Kahn rassemble Catherine Deneuve, Emmanuelle Bercot, Vincent MacaigneC’est une famille explosive mais cultivée. On y cite Ozu, on y lit Maupassant. Les enfants préparent une pièce de théâtre, et dans la vaste maison au charme suranné, Jean (Alain Artur) cuisine un plat savant. « Il se prend pour Robuchon », lance Andréa, sa femme (Catherine Deneuve) qui fête son anniversaire …

Les comédiens : 

Claire, jouée par Emmanuelle Bercot, est disparue depuis plusieurs années et réapparait en espérant récupérer ce qui lui revient de droit : son argent. « La souffrance de cette fille, c’est qu’elle n’est pas reconnue à sa juste place, elle n’est pas aimée comme elle a besoin de l’être et surtout, elle est considérée comme la folle, donc elle est mise au ban de la famille. C’est ça qui est douloureux pour elle », raconte l’actrice française.

Le film alterne entre les moments légers et ceux plus émouvants. Il essaye également de mettre la lumière sur les familles recomposées, dont le nombre a doublé en 20 ans en France. « Ce genre de rapports où on se voit comme ça pour les fêtes, où on est quand même proche sans être si proche que ça finalement parce qu’on est tous à droite et à gauche… Les gens reconnaîtront forcément quelque chose d’eux ou d’une situation qu’ils ont connu », explique Catherine Deneuve.

Roubaix une lumière, drame

d’Arnaud Desplechin, 1h59

Synopsis

À Roubaix, un soir de Noël, Daoud le chef de la police locale et Louis, fraîchement diplômé, font face au meurtre d’une vieille femme. Les voisines de la victime, deux jeunes femmes, Claude et Marie, sont arrêtées. Elles sont toxicomanes, alcooliques, amantes…

Séances en Version Française (VF)
Me.18 Je.19 Ve.20 Sa.21 Di.22 Lu.23 Ma.24
15h40 20h00 15h40 15h30 15h40 15h40

L’AVIS DU « MONDE » :  À NE PAS MANQUER

Inaugurée en 1990 avec La Vie des morts, la Télémachie cinématographique d’Arnaud Desplechin – « cinéfils » en quête éternelle de filiation – amorce depuis 2007 le mouvement d’un retour à Ithaque, autrement nommée Roubaix où, cette année-là précisément, la maison familiale du cinéaste fut mise en vente. Il en ressortira le documentaire l‘Aimée (2007), les fictions Un conte de Noël (2008), Trois souvenirs de ma jeunesse (2015), Les Fantômes d’Isamaël (2017), titres auxquels s’ajoute aujourd’hui Roubaix, une lumière.

La séquence est éloquente. Autour de la maison d’enfance, l’amour et la cruauté, la tendresse et la folie tendent au cinéaste les spectres de la hantise dissociative en même temps que le havre auquel on ne peut faire autrement que revenir. On y est. Mais Roubaix, une lumièreapporte, dans ce registre, deux nouveautés d’importance. Le fait divers et le polar. Inspiré d’un documentaire immersif qui fit sensation pour avoir enregistré le terrible aveu d’un assassinat – Roubaix, commissariat central, affaires courantes de Mosco Boucault, diffusé en 2008 sur France 3 – le film de Desplechin lui reste étonnamment fidèle dans son découpage, au point d’en paraître bizarrement ficelé.

Lutte pour la survie et souffle de l’imposture

Plusieurs pistes partent ainsi de la première partie du film – à l’instar du documentaire naviguant au gré des urgences de Police secours – sur les pas du commissaire Daoud et de son équipe, confrontés à la misère sociale et humaine de la ville. Bagarre de voisinage, escroquerie à l’assurance, fugue d’une mineure, viol d’une toute jeune fille, incendie dans un immeuble. Mais déjà, quelque chose s’éloigne irrémédiablement du réalisme documenté à la « Dardenne », ce pourquoi d’ailleurs, nordistes pour nordistes, les Dardenne sont les Dardenne et Desplechin est Desplechin.

Ce quelque chose est la ligne secrètement active qui sépare l’ombre et la lumière, allégorisant rapidement la trivialité du matériau. L’ombre, c’est Roubaix poussé au (film) noir, sa nuit rougeoyante, sa dure pauvreté, sa lutte poisseuse pour la survie. La lumière, c’est Daoud – et avec lui la grandeur de l’acteur Roschdy Zem – commissaire de police et enfant du cru, d’emblée méta réel dans les deux registres. Origine maghrébine, souvenirs amers plein la hotte mais sourire absolu, déterminé, supra conscient, ultra-lucide.

Daoud, c’est le miracle de Noël fait homme. Là où il paraît, la lumière s’allume. Son jeune lieutenant, Louis, l’admire d’autant plus qu’il trompe quant à lui dans le corps policier une vocation avortée à la direction sacerdotale des âmes. Daoud, au fond, on le connaît. C’est un artiste dans la lignée du paria biblique Ismaël, tel que Herman Melville, Ingmar Bergman, Arnaud Desplechin lui-même, le transfigurent respectivement dans Moby Dick, Fanny et Alexandre, Rois et Reine. Hétérodoxe, médiumnique, inquiétant et rayonnant à la fois. Tout cela se précise dans la seconde partie du film. Parce que l’incendie dans la cour d’immeuble n’a pas fini de parler. Il masque le cadavre d’une vieille femme détroussée dans son appartement, un acte criminel abject et deux jeunes suspectes, voisines de cour croisées au cours de l’enquête.

On a nommé le couple d’amantes déglinguées et décavées Claude et Marie, causes d’un malaise possible dans la réception du film. Le souffle tiède de l’imposture saisit en effet à la vision de Léa Seydoux et Sara Forestier affublées des stigmates ostensibles de la misère, le rouge au nez, le tic aux lèvres, la graisse aux cheveux. On est pourtant ici au cœur du film. Et le défi y est double. Les imposer d’abord au risque de l’invraisemblance, précisément au nom des puissances de la fiction. Les humaniser ensuite au cours du marathon mental que constitue l’interrogatoire mené par Daoud et son équipe. Claude qui résiste et qui manipule l’affaire, au nom de sa fillette. Marie qui n’a rien d’autre que Claude dans sa vie pour ne pas mourir sur le champ et qui au contraire les charge toutes deux. Etrange ballet d’aveux et de dénégations, d’arguments retors et de besoin d’expiation, où l’abjection et l’amour se cognent violemment l’un à l’autre. Elles avaient tout de même étranglé la vieille femme pour lui dérober sa télé et du produit vaisselle…

Le témoignage d’une humanité perdue

A travers le fait divers roubaisien de 2002 remonte à la mémoire le carnage passé à la postérité des sœurs Papin, ces deux jeunes domestiques qui, le 2 février 1933 au Mans, massacrèrent sauvagement leurs patronnes. L’homicide, dans sa dimension de juste revanche sociale, a depuis lors nourri l’imaginaire des surréalistes et de Jean Genet (Les Bonnes) puis, au cinéma, de Claude Chabrol (La Cérémonie, 1995) et Jean-Pierre Denis (Les Blessures assassines, 2002). Rapporté à cette tradition anarcho-révolutionnaire, on voit combien le film d’Arnaud Desplechin s’en éloigne.

Le crime comme symptôme social, comme violence expiatoire et climax passionnel ne l’intéresse pas. Il ne le représente d’ailleurs même pas. Le crime comme témoignage de l’existence et de l’opacité du Mal, sa reconstitution comme reconquête maïeutique – par les mots et par les gestes – d’une humanité perdue, voilà en revanche qui justifie sa recherche sur la possible représentation de l’abjection. Cette longue et poignante reconstitution de l’acte sur les lieux du crime est d’ailleurs le moment du film où le polar hollywoodien croise le documentaire génocidaire français. Les ombres de Shoah de Claude Lanzmann ou de S21 de Rithy Panh, dont on sait en quelle estime les tient Desplechin, s’insinuent furtivement sur la scène du crime.

Dernière chose enfin, par quoi Roubaix, une lumière se rattache à notre époque. Le fait divers de 2002 diverge, en effet, de celui de 1933. La lutte des classes n’y offre même plus la possibilité d’un horizon d’intelligibilité. Deux pauvres filles y tuent une pauvre vieille dans l’espoir de lui voler des économies dont elle ne dispose même pas. C’est le propre d’un système qui, tenant pour non profitable à ses intérêts le droit des plus démunis à un minimum de dignité, envoie en connaissance de cause à la casse un peuple de reclus. Roubaix, une lumièremontre qu’en vérité ce spectacle nous concerne et cette violence nous atteint.

Once upon a time in Hollywood 

Thriller américain de Quentin Tarantino  (2h42), interdit au moins de 12 ans

Synopsis

En 1969, la star de télévision Rick Dalton et le cascadeur Cliff Booth, sa doublure de longue date, poursuivent leurs carrières au sein d’une industrie qu’ils ne reconnaissent plus.

Séances en Version Française (VF)
Me.18 Je.19 Ve.20 Sa.21 Di.22 Lu.23 Ma.24
16h30 16h30 20h10 20h10 16h15 16h15 16h15
19h30

La critique de Jacques Morice

Déclaration d’amour à une époque bénie jetant ses derniers feux, ce neuvième film impose une nonchalance inédite. Ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre, Tarantino séduit.

Depuis sa Palme d’or, en 1994, avec Pulp Fiction, Quentin Tarantino est un cinéaste à la hauteur de la rock star. Chacun de ses nouveaux films est attendu comme un événement incontournable, à même d’intéresser plusieurs générations. Cette attente, il la met en scène, il sait en jouer et la déjouer à chaque fois (ou presque), trouvant le moyen de réinventer quelque chose, de surprendre, de déconcerter, tout en maintenant le fil d’une histoire qui la fonde en profondeur, à savoir sa cinéphilie dévorante, sans limite, éclectique. Une passion qui n’est pas pure et dure : elle va de pair avec toute la pop culture (musique, polars bon marché, émissions de radio, etc.) que ce bidouilleur exalté mixe et remixe, mieux que quiconque sans doute. Ainsi dans ce dernier film est-il question de cinéma mais aussi et surtout de télévision.

Once Upon a Time in… Hollywood est une déclaration d’amour presque tendre (si, si, vous avez bien lu) à une époque révolue. Le film se déroule sur plusieurs journées, au début d’août 1969. Hollywood doit alors composer avec la télévision, devenue un média de masse. Rick Dalton (Leonardo DiCaprio) est justement un acteur de séries télé, de plus en plus abonné aux rôles de méchants. Il est sur le déclin, il doute, il picole trop. Un producteur (Al Pacino) l’incite à aller tourner en Italie un western spaghetti. Pour Rick, c’est le signe qu’il est devenu un has been. Il s’épanche auprès du cascadeur Cliff Booth (Brad Pitt), qui est plus que sa doublure : son homme à tout faire, son chauffeur et sa nounou. L’un est au service de l’autre, les deux n’ont pas les mêmes moyens, mais ils sont comme des frères.

En parallèle, on suit l’épouse de Roman Polanski, Sharon Tate (Margot Robbie), starlette sur le point d’être star. On connaît son nom et sa fin atroce, surtout aux Etats-Unis, où son assassinat par des hippies illuminés, membres d’une communauté regroupée autour de Charles Manson, a traumatisé le pays. Impossible ici, au risque de « spoiler » le lecteur, d’en dire plus sur la façon dont Tarantino a traité ce fait divers en alimentant, forcément, un certain suspense. Tout juste peut-on annoncer qu’il a surtout tenu à rendre un hommage qui se veut léger et fluide à Sharon Tate, en la filmant toujours en mouvement, fleur blonde pleine de candeur, gracile, rieuse. Le film, rappelons-le, est un conte (« Once Upon a Time »…). Il mêle astucieusement des éléments vrais avec d’autres, imaginaires. Rick y apparaît comme un panaché de Clint Eastwood (vedette de Rawhide) et de Steve McQueen (Au nom de la loi). Once Upon a Time in… Hollywood regorge ainsi de citations (voir encadré) et d’appropriations diverses.

Les cocktails sirotés par dizaines, les piscines, le vertige des descentes en voiture sur les pentes de Los Angeles (magnifiquement filmé), les rumeurs, les réputations qui se font et se défont, l’acteur liquéfié, rongé par l’angoisse, qui n’arrive pas à dire son texte (DiCaprio, émouvant) : tout cela s’enchaîne en mode mineur, sans intrigue véritable, sans trame à rebondissements. Le film tient de la balade indolente, de la remémoration. Il séduit mais prend aussi le risque de frustrer. Rien de spectaculaire ici, sinon le bain de sang final, catharsis cartoonesque jubilatoire et virtuose dans son déroulé. Pour le reste, Tarantino a rengainé ses flingues et sa perversion, pour quelque chose de plus doux. Il reste lui-même tout en étant un autre.

Doublure, décalque, reprise… le cinéaste joue avec ces notions. Y compris dans la musique, où il a fait le choix de titres fameux (des Rolling Stones ou des Mamas and the Papas…) repris par d’autres. Comme s’il ne fallait surtout rien de majeur, de profond, mais au contraire une forme de survol mélodieux. Une séquence, génialement anodine, résume bien cet effleurement. Brad Pitt (léger et puissant à la fois) doit réparer l’antenne de télévision de Rick, absent de la maison. Il débarque là-bas, prend quelques outils dans le garage, arrive sur le toit en deux, trois mouvements ahurissants d’agilité. Posté au soleil tout près de l’antenne bringuebalante, il enlève son tee-shirt, arborant un torse de marbre antique, malgré les cicatrices. La caméra s’attarde sur lui, qui surplombe le monde, regarde tout autour, entend le rock enjoué au loin qui s’échappe d’une fenêtre de la chambre de Sharon Tate. Dans ce moment suspendu passe la sensation d’une dolce vita hollywoodienne. Tout cela disparaîtra bientôt, l’innocence sera perdue.

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Festival Ecran Vert le jeudi 26 septembre à Apollo ciné8 : Sorry we missed you de Ken Loach et

du 4 au 20  Octobre:  cycle « les jeunes réalisatrices » ( 6 films/ 4 soirées rencontres, pass à 18 euros pour 4 films au choix – les films seront programmés plusieurs fois) 

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