Du 25 septembre au 1er octobre 2019 à l’Apollo Ciné 8

Par Sophie, le 25 septembre 2019

A l’Apollo Ciné 8 cette semaine, du 25 septembre au 1er octobre 2019, Bacurau de Kléber Mendonça Filho et Juliano Dornelles. Dans le cadre du festival Ecran Vert, le 26 septembre à l’Apollo ciné8, Sorry we missed you de Ken Loach film suivi d’un débat avec Arthur Ray syndicaliste coursier, et le vendredi 27 septembre au centre Richard de Tonnay-Charente, Nature, nouvel Eldorado de la finance, film documentaire français de Sandrine Feydel et Denis Delestrac suivi d’un débat avec Jean-Marie Harribey, économiste. Egalement, Dieu existe, son nom est Pétrunya de Teona Strugar Mitevska le mardi 1er Octobre (soirée débat avec la Cause Freudienne Aquitania), et toujours Au nom de la terre d’Edouard BergeonLes hirondelles de Kaboul de Zabou Bretman et Fête de famille de Cédric Khan, au tarif Rochefort sur Toile : 6€ toutes les séances. Enfin, n’oubliez pas de renouveler votre adhésion pour soutenir votre association rochefortaise des amoureux du cinéma!

Bacurau

drame brésilien de Kleber Mendonça Filho et Juliano Dornelles, 2h10

Synopsis – Interdit aux moins de 12 ans avec avertissement

Dans un futur proche…  Le village de Bacurau dans le sertão brésilien fait le deuil de sa matriarche Carmelita qui s’est éteinte à 94 ans. Quelques jours plus tard, les habitants remarquent que Bacurau a disparu de la carte

Séances en Version Originale (VO)
Me.25 Je.26 Ve.27 Sa.28 Di.29 Lu.30 Ma.1
16h50 16h50 16h50 16h50 10h50 13h30 13h30
19h50 19h50 19h50 19h50 16h50 16h30 16h30
19h50 19h50 19h50

Critique par Jacques Morice, Télérama

Bacurau, village isolé d’une région pauvre du Brésil (le Sertão, que Bernard Lavilliers a naguère chanté dans son album O Gringo), c’est jour de deuil. La matriarche Carmelita, aimée de tous, vient de s’éteindre, ayant atteint l’âge canonique de 94 ans. Tous les habitants défilent, il y a du monde, de l’animation, des discours, des chants, une tristesse mêlée de liesse, une fraternité générale, malgré quelques frictions ici et là. La chronique sociale sur les us et coutumes d’une culture immémoriale ? Oui, mais en partie. Tous ces éléments disparates, à même de composer une fresque à forte teneur ethnographique, dissimulent aussi des signes de fiction pour le moins bizarre. A commencer par ces cercueils qu’on voit un peu partout…

Kleber Mendonça Filho, l’auteur talentueux desBruits de Recifeet dAquariusquico-réalise cette fois avec son chef décorateur, Juliano Dornelles, prend son temps pour ancrer l’action, brosser des archétypes, semer un à un les éléments d’un étonnant brassage de genres : le western, l’horreur, le film d’anticipation. Pour la dystopie, on avait été prévenu dès l’entame par une prophétie au goût de cendre, incrustée dans l’image : « D’ici quelques années… »

Bacurau, dont les habitants découvrent qu’il a disparu de la carte et des GPS, vit en fait coupé du monde et tient du camp retranché, pas si éloigné du village fameux des irréductibles Gaulois. Des envahisseurs le menacent. Il y a de fréquentes incursions, des drones insolites en forme de soucoupe volante survolent le coin… Autant dire que des surprises et des télescopages saugrenus abondent dans ce film ample, sorte de western brésilien rétro-futuriste, bricolé et sophistiqué, où les objets les plus archaïques croisent la haute technologie. Où les urgences écologiques (le manque d’eau), la ghettoïsation à venir de régions entières, les nouvelles formes de colonisation des pays dominateurs, sont abordés avec cette clairvoyance politique associée, comme d’habitude chez Mendonça Filho, à un imaginaire fort.

Un bandit baroque, sorte de faune queer, un fasciste très susceptible (Udo Kier), une médecin très influente quand elle ne boit pas (Sonia Braga), une tueuse qui aime s’envoyer en l’air après avoir flingué, une infirmière lumineuse… Voilà quelques-uns des « phénomènes », bons ou méchants, qui sont réunis dans cette guerre ouverte, violente, d’une ironie truculente, de plus en plus tendue et spectaculaire à mesure qu’on en saisit les enjeux. Le film est un possible trait d’union entre le cinema novode Glauber Rocha et John Carpenter (le cinéaste fétiche de Kleber Mendonça Filho), le tout connecté à des problématiques à la fois locales et universelles. Autant dire un film hybride, parfois un peu relâché, un peu trop lent au début, encore que cette lenteur, on le devine, soit une façon de résister à l’efficacité à outrance, au montage ultra nerveux des blockbusters. Il faut dire qu’à Bacurau, comme chez Astérix et ses acolytes, il y a aussi une potion magique : des psychotropes puissants, gobés par tous les habitants, jeunes ou vieux. Est-ce pour être plus fort ou pour mieux supporter l’horreur environnante ? Cela n’est pas vraiment dit, mais on pencherait pour la seconde hypothèse.

FESTIVAL du film  Éco-citoyen ÉCRAN VERT

Sorry we missed you

drame Ken Loach, 1h46 – Ciné rencontre jeudi 26 septembre – 20h15 dans le cadre du Festival Ecran Vert en avant-première

Résumé

Ricky, Abby et leurs deux enfants vivent à Newcastle. Leur famille est soudée et les parents travaillent dur. Alors qu’Abby travaille avec dévouement pour des personnes âgées à domicile, Ricky enchaîne les jobs mal payés ; ils réalisent que jamais ils ne pourront devenir indépendants ni propriétaires de leur maison. C’est maintenant ou jamais ! Une réelle opportunité semble leur être offerte par la révolution numérique : Abby vend alors sa voiture pour que Ricky puisse acheter une camionnette afin de devenir chauffeur-livreur à son compte. Mais les dérives de ce nouveau monde moderne auront des répercussions majeures sur toute la famille…

La critique de àVoiràLire :

Les compromis que Ricky et sa femme Abbie doivent faire pour cumuler deux emplois et ainsi rembourser leurs dettes et nourrir leurs enfants, en dit long sur le regard que Loach porte sur le marché du travail actuel. Soit, comment, sous couvert d’un semblant de liberté, les employeurs ne font que renforcer la précarité, et donc l’asservissement, de leurs salariés. C’est tout un système qui se voit pointer du doigt à travers les conditions de travail au demeurant inhumaines des deux personnages : le système UBER. Ainsi, il apparait que Ken Loach a parfaitement su moderniser son regard sur le sujet depuis Riff-Raff qui, en 1991, dénonçait déjà la façon dont le patronat imposait sa mainmise sur la classe ouvrière. Les acquis sociaux que le prolétariat croyaient avoir acquis depuis n’étaient alors qu’une vaste fumisterie.

L’autre sujet de prédilection de Loach reste la jeunesse, et on le ressent dans le travail qu’il opère dans la représentation des relations chaotiques entre Ricky et Seb, son fils de 16 ans. En pleine crise d’adolescence, le gamin en arrive à ébranler le socle familial. La grande problématique du film est alors de s’interroger sur le fait que les difficultés que traversent les Turner sont bien la conséquence de la précarité économique à laquelle ils sont confrontés. Le fait que leurs conflits internes viennent souvent du comportement de ce fils qui se sent délaissé, leurs difficultés financières apparaitront au final comme un ciment qui viendra renforcer leur solidarité. Ainsi, Ken Loach nous démontre à sa façon que même si l’ultralibéralisme a rendu le marché du travail toujours plus contraignant, la priorité doit rester la famille, qui reste un élément bien plus difficile à gérer qu’il n’y paraît. Sans atteindre la virulence politique d’un It’s a Free World ni la délicatesse d’un Sweet Sixteen, le cinéaste de 82 ans signe une œuvre touchante et surtout qui sait allier des thématiques universelles à un contexte parfaitement contemporain.

Séances en Version Originale (VO)
Me.25 Je.26 Ve.27 Sa.28 Di.29 Lu.30 Ma.1
20h15

Nature, le nouvel eldorado de la finance

Documentaire français (2015) Réalisé par Sandrine Feydel et Denis Delestrac, 1h30

Investigation internationale sur la financiarisation de la nature. Ce film montre comment la protection de l’environnement est devenu un marché mondial. Il révèle l’appétit de la fiance pour ce nouveau secteur économique. L’enquête divulgue le rôle des lobbies auprès des institutions  internationales  pour  développer cette  nouvelle  branche du « green business », et questionne sur la légitimité même de ces nouveaux marchés.

Projection suivie d’un débat avec ​Jean-Marie Harribey, économiste, maître de conférence honoraire, ex-co-président des Économistes Attérés et d’Attac France et membre du conseil scientifique d’Attac

Synopsis

Combien vaut la pluie dans la forêt amazonienne ? 240 000 000 000 $. La barrière de corail à Hawaii ? 600 000 $ par km². Combien vaut la nature ? Combien peut-elle rapporter ? Les experts financiers mesurent la valeur des ressources naturelles et se présentent comme défenseurs de la planète, ou du moins font semblant d’être du côté des défenseurs de la planète. Le documentaire «Nature, le nouvel eldorado de la finance» pose cette question : les ressources naturelles sont-elles des marchandises comme les autres ? À l’heure où l’on craint le pire pour la biodiversité, ce documentaire révèle la financiarisation croissante des ressources naturelles par les banques et les investisseurs privés. Très édifiant ! Résumé : De plus en plus de sociétés financières et d’assurances attribuent un coût à la nature. Des banques et des fonds d’investissements profitent de la raréfaction des ressources et de la disparition programmée de certaines espèces animales pour acheter de véritables réserves qu’ils transforment en produits boursiers potentiellement spéculatifs. Interrogeant des financiers, experts et penseurs, les réalisateurs ont enquêté sur ce système qui soulève des questions morales et pourrait mener à une nouvelle crise financière.

TONNAY-CHARENTE – AUDITORIUM DU CENTRE RICHARD – Vendredi 27 septembre à 20 H 30

Drame belge, croate, français, macédonien et slovène de Teona Strugar Mitevska (1h40) – Mardi 1er Octobre (soirée débat avec la Cause Freudienne Aquitania)

Synopsis

A Stip, petite ville de Macédoine, tous les ans au mois de Janvier, le prêtre de la paroisse lance une croix de bois dans la rivière et des centaines d’hommes plongent pour l’attraper. Bonheur et prospérité sont assurés à celui qui y parvient.
Ce jour-là, Petrunya se jette à l’eau sur un coup de tête et s’empare de la croix avant tout le monde.
Ses concurrents sont furieux qu’une femme ait osé participer à ce rituel. La guerre est déclarée mais Petrunya tient bon : elle a gagné sa croix, elle ne la rendra pas.

Séances en Version Originale (VO)
Me.25 Je.26 Ve.27 Sa.28 Di.29 Lu.30 Ma.1
20h15

L’avis du « Monde » – à voir

 Dieu existe, son nom est Petrunya ressemble aussi bien aux drames réalistes roumains qu’aux comédies satiriques bulgares. Pourtant, le troisième long-métrage de la réalisatrice Teona Strugar Mitevska se détache nettement dans ce foisonnement de remords et de désillusions.

Quand on la rencontre, forcée par sa mère de se rendre à un entretien dans une usine textile, Petrunya fait peine à voir. Trop grande, trop lourde au regard des critères masculins, elle oppose au monde une morne bouderie. On a vu, dès le début du film, la campagne environnante sillonnée de processions religieuses. Un rituel local veut qu’à la fonte des neiges, le pope de la ville jette dans la rivière une croix de bois que les jeunes gens se disputent dans l’eau glacée. Celui qui attrape le trophée est promu au rang de célébrité locale et se voit promettre amour et prospérité par les autorités religieuses. Petrunya, qui passe par là, se jette dans les flots et emporte la croix. Ce geste irréfléchi fait vaciller toute la société qui l’environne.

Les jeunes gens qui sont certains que la compétition était réservée aux mâles, le prêtre qui est obligé de trouver les arguments théologiques qui justifieraient pareille discrimination, le commissaire de police qui voit bien que l’ordre a été troublé, la mère de Petrunya qui préférerait que sa fille fasse des efforts de présentation : il se forme contre la porteuse de croix un front aussi divers dans sa composition qu’uni dans son désir de préserver le patriarcat.

La jeune femme est alors forcée à l’héroïsme, sortant de sa position par défaut (le mutisme, l’indifférence affichée) pour affronter le sabre et le goupillon dans les confins du poste de police local assiégé à la fois par une journaliste (Labina Mitevska) et la foule des post-adolescents qui seraient presque prêts au lynchage pour récupérer l’objet de bois.

Zorica Nusheva dessine très nettement le parcours épuisant que son personnage est obligé d’accomplir en une nuit. Sa culture et son intelligence, laissées en jachère pendant les années d’inactivité, reprennent du service, lui permettant de garder la tête haute face aux figures du pouvoir, commissaire ou pope. La réalisatrice et scénariste ne se donne pas la peine d’élever ces pantins au rang de personnages. Et le père de Petrunya a beau être plus sympathique, il reste le simple représentant de la défunte idéologie socialiste.

Teona Strugar Mitevska préfère se concentrer sur les personnages féminins, la formidable Petrunya, bien sûr, mais aussi la journaliste, citadine, salariée, qui n’en a pourtant pas fini avec la division du travail domestique et la discrimination salariale, la mère enserrée dans une infernale combinaison de préceptes religieux et de préjugés sociaux, la meilleure amie, dont l’armure cynique est fêlée par le sentimentalisme.

La seconde partie du film, un huis clos au commissariat, est moins enlevée que la première qui traversait toute une société sur les pas de l’héroïne. Et plus on approche de la conclusion, plus la menace d’une idylle romantique se précise, à l’encontre même du propos du film. Reste que Dieu existe, son nom est Petrunya parvient, à travers les idiosyncrasies historiques et religieuses de la situation, à une espèce d’universalité dans son évocation de la lutte des genres.

Au nom de la terre

Drame d’Edouard Bergeon , 1h43

Synopsis

Pierre a 25 ans quand il rentre du Wyoming pour retrouver Claire sa fiancée et reprendre la ferme familiale. Vingt ans plus tard, l’exploitation s’est agrandie, la famille aussi. C’est le temps des jours heureux, du moins au début… Les dettes s’accumulent et Pierre s’épuise au travail. Malgré l’amour de sa femme et ses enfants, il sombre peu à peu… Construit comme une saga familiale, et d’après la propre histoire du réalisateur, le film porte un regard humain sur l’évolution du monde agricole de ces 40 dernières années.

Une histoire vraie

Au nom de la terre est tiré de la propre histoire du réalisateur Edouard Bergeon. Guillaume Canet interprète le personnage principal, Pierre, directement inspiré du père agriculteur du cinéaste. « Le film est tiré de mon vécu. Je suis descendant d’une longue lignée de paysans, fils et petit-fils de paysans, tant du côté de ma mère que de mon père.

Edouard Bergeon ne savait pas écrire un scénario. Il a donc collaboré avec deux co-auteurs – Bruno Ulmer d’abord, Emmanuel Courcol ensuite – en partant d’une feuille blanche. « Je nourrissais les séquences, eux les mettaient en forme et donnaient toute l’envergure narrative. Ce n’est qu’à la toute fin que j’ai commencé à mon tour à écrire quelques scènes. »

Séances en Version Française (VF)
Me.25 Je.26 Ve.27 Sa.28 Di.29 Lu.30 Ma.1
13h30 13h30 13h30 13h30 11h00 13h30 13h30
15h45 15h45 15h45 15h45 13h30 15h45 15h45
20h15 20h15 20h15 20h15 15h45 20h15 18h00
22h30 22h30 20h15

L’avis de àVoiràLire

Pour prendre ses traits et le représenter lorsqu’il se destinait encore à une carrière agricole, le cinéaste a choisi le jeune comédien Anthony Bajon, récompensé par l’Ours d’argent du meilleur acteur pour son rôle dans La Prière. Il livre ici une performance profonde et bouleversante, se glissant tranquillement dans la peau d’un lycéen qui travaille comme un homme. Primé par le prix d’interprétation masculine au festival d’Angoulême, il tient l’exploitation familiale (et finalement, le film) sur ses jeunes épaules. Face à lui, Guillaume Canet est tout autant habité et témoigne du soutien qu’il affiche toujours au monde agricole, en interprétant, avec sincérité, un agriculteur qui n’arrivera plus à faire face – jusqu’au geste fatal.

Film autobiographique bouleversant, qui tire le signal d’alarme en montrant à quel point perdre pied est facile, Au nom de la terre cherche à révéler les histoires familiales qui se cachent derrière des chiffres accablants mais qui, finalement, n’ont pas suffisamment d’effet sur l’opinion publique. A la tête d’exploitations essentielles, exerçant un métier physique et compliqué, les agriculteurs ont besoin d’un soutien à grande échelle. A défaut de les protéger des aléas qui peuvent ruiner des mois de travail en quelques heures, cela leur apporterait peut-être un peu de cette sérénité qui leur fait si cruellement défaut. Une cause nationale, bien loin du simple fait divers.
Comme le chantait Anne Sylvestre : « Pleure ma Terre au ventre déchiré. Pleure la terre où mon sang a coulé ». Pauvre terre…

Les hirondelles de Kaboul

Film d’animation français de Zabou Breitman et Eléa Gobbé-Mévellec,  1h21

Synopsis

Été 1998, Kaboul en ruines est occupée par les talibans. Mohsen et Zunaira sont jeunes, ils s’aiment profondément. En dépit de la violence et de la misère quotidienne, ils veulent croire en l’avenir. Un geste insensé de Mohsen va faire basculer leurs vies.

Séances en Version Française (VF)
Me.25 Je.26 Ve.27 Sa.28 Di.29 Lu.30 Ma.1
15h45 15h45 15h45 15h45 15h45 15h45 15h45
18h00 18h10 18h10 18h00 18h10 18h10
Extrait de l’avis de Christophe Foltzer, Ecran Large :

Publié en 2002, le roman Les Hirondelles de Kaboul, de Yasmina Khadra, fait partie de sa trilogie consacrée aux conflits Orient-Occident, en compagnie de L’Attentat et Les Sirènes de Bagdad mais il reste l’une de ses oeuvres les plus populaires. Logique donc, qu’un film arrive un moment ou un autre.

Le choix de l’animation pourrait surprendre au début pour un projet de ce type, mais il se révèle très rapidement comme la meilleure solution pour raconter cette histoire. Déjà parce que tourner cette adaptation en live coûterait très cher, mais aussi parce que la forme enrichit constamment le fond. Ne serait-ce que dans ses décors épurés, qui virent parfois à l’abstraction, et qui donnent cette impression d’irréalité totale face à ce régime inhumain.Comme si la ville en ruine tout entière était encore frappée que cela lui soit arrivé et refusait toujours de le croire.

Ensuite, dans le design de ses personnages, c’est aussi un excellent moyen d’identification pour le spectateur même si le film se permet une audace fort bienvenue : le character-design reprend quelques traits des comédiens qui leur prêtent leur voix (Zita Hanrot, Swann Arlaud, Simon Abkarian et Hiam Abbass, tous parfaits), dans un équilibre fragile, suffisamment pour qu’on les reconnaisse, tout en restant très discret pour que l’on n’oublie pas les personnages qu’ils incarnent.

En résulte un effet assez inédit et particulièrement efficace de familiarité et de proximité qui permet au spectateur de réellement plonger dans cette histoire orientale tout en ayant dès le départ un certain nombre de repères pour y prendre ses marques. Une excellente idée.

Si le film change pas mal d’éléments du roman, notamment dans sa conclusion, le travail d’adaptation est à saluer, tant il est réussi et tant l’histoire est puissante et prenante. Bien sûr, certains aspects fonctionnent moins que d’autres, notamment le basculement d’un personnage principal dans une décision qui va sceller son destin, un peu trop précipité pour atteindre son objectif et dont on ne comprend pas vraiment la logique. Dans la même idée, la conclusion s’avère quelque peu abrupte en regard de la tension installée et c’est un peu dommage. Mais rien cependant qui nous fasse sortir du film ou nous frustre, juste du pinaillage.

Les Hirondelles de Kaboul touche profondément lorsqu’il nous montre ces personnages brisés, mais idéalistes qui croient en un avenir meilleur alors que tout joue contre eux. Mais il nous perturbe lorsqu’il aborde la question la plus importante de toutes : que se passe-t-il lorsque le conflit s’installe en nous et nous force à lui ressembler, voire à l’épouser pour continuer sa vie, aussi misérable soit-elle ?

C’est dans cette démonstration terriblement efficace du changement intérieur qui s’opère dans ces situations extrêmes que le film nous emporte, quand l’horreur générale s’égraine dans le coeur des hommes et des femmes, divisant les populations jusque dans leurs strates les plus intimes pour les dominer. On en ressort le coeur lourd, l’âme abimée, mais plus que jamais déterminé à ne pas se laisser prendre au piège.

Fête de famille, Comédie dramatique

de Cédric Kahn (1h41)

Synopsis

« Aujourd’hui c’est mon anniversaire et j’aimerais qu’on ne parle que de choses joyeuses. »
Andréa ne sait pas encore que l’arrivée « surprise » de sa fille aînée, Claire, disparue depuis 3 ans et bien décidée à reprendre ce qui lui est dû, va bouleverser le programme et déclencher une tempête familiale.

Séances en Version Française (VF)
Me.25 Je.26 Ve.27 Sa.28 Di.29 Lu.30 Ma.1
17h40 17h40 17h40 17h40 11h10 17h40 17h40
17h40

Critique par Hélène Marzolf, Télérama (on aime beaucoup TT)

Prises de bec entre mère trop placide, fille dérangée et fils lunaire. Avec une dose d’acide et une fantaisie bienvenue, le cinéaste revisite le film de famille.

Il y a là une maison fastueuse au charme élimé, des herbes folles dans le jardin, une table dressée, des gamins surexcités en pleine répétition d’une pièce de théâtre… A l’occasion de son anniversaire, Andréa (Catherine Deneuve) accueille ses deux fils : Vincent (Cédric Kahn), avec sa femme et ses enfants. Et Romain (Vincent Macaigne), accompagné par sa nouvelle — et énième — petite amie. En dépit de quelques menues prises de bec, le séjour s’annonce festif. Et puis, à l’improviste, débarque leur sœur, Claire (Emmanuelle Bercot). De retour après des années d’absence, traumatisée par une relation amoureuse ratée, elle souhaite refaire sa vie. Et pour cela compte bien récupérer sa part d’héritage…

Après le dépouillement de La Prière, Cédric Kahn revisite avec brio le « film de famille ». Un genre surexploité, auquel il insuffle une cruauté d’autant plus saillante qu’elle s’accompagne d’élans d’amour puissants, de vrais moments de complicité entre les protagonistes. Dans cette tragicomédie fantasque, le cinéaste crée des dérèglements progressifs, des dissonances, qui obligent le spectateur à réajuster sans arrêt son point de vue. A l’évidence Claire est folle. Du moins, elle le paraît, au début. Mère déficiente — sa fille adolescente est élevée par Andréa — et femme borderline : elle est le mouton noir, qu’on cherche à la fois à protéger et à écarter. Mais peu à peu les certitudes vacillent, et l’on ne sait plus qui manipule qui. Cédric Kahn fait monter le malaise, tandis que le comportement de Claire contamine la maisonnée. En faisant toujours comme si de rien n’était, Andréa masque peut-être une capacité de déni et un égoïsme hors du commun. Quant à Romain, son obsession de profiter des retrouvailles pour tourner un documentaire, « avec des cadrages à la Ozu », sur sa famille cache sans doute autre chose. La théâtralité assumée de la réalisation, la mise en abyme servent admirablement un jeu psychologique inconfortable de bout en bout.

Par ses ruptures de ton incessantes, ce film déploie aussi une fantaisie brouillonne et chaleureuse qui vire parfois à la farce. Par exemple au détour d’un accident de voiture ridicule, impliquant une bouteille de vodka et de la fumette au volant… Avec cette déclaration d’amour-haine à la famille, Cédric Kahn révèle un sens comique inattendu. Et ses acteurs s’en donnent à cœur joie dans le registre vachard : Vincent Macaigne en cadet immature, faussement naïf et affreusement tyrannique ; Catherine Deneuve en matriarche angoissante de placidité et de bonne humeur forcée. Quant à Emmanuelle Bercot, elle n’a jamais été aussi subtilement dérangeante.

Lu dans Sud-Ouest :

Tourné à Nérac dans le Lot-et-Garonne, ce film de Cédric Kahn rassemble Catherine Deneuve, Emmanuelle Bercot, Vincent MacaigneC’est une famille explosive mais cultivée. On y cite Ozu, on y lit Maupassant. Les enfants préparent une pièce de théâtre, et dans la vaste maison au charme suranné, Jean (Alain Artur) cuisine un plat savant. « Il se prend pour Robuchon », lance Andréa, sa femme (Catherine Deneuve) qui fête son anniversaire …

Les comédiens : 

Claire, jouée par Emmanuelle Bercot, est disparue depuis plusieurs années et réapparait en espérant récupérer ce qui lui revient de droit : son argent. « La souffrance de cette fille, c’est qu’elle n’est pas reconnue à sa juste place, elle n’est pas aimée comme elle a besoin de l’être et surtout, elle est considérée comme la folle, donc elle est mise au ban de la famille. C’est ça qui est douloureux pour elle », raconte l’actrice française.

Le film alterne entre les moments légers et ceux plus émouvants. Il essaye également de mettre la lumière sur les familles recomposées, dont le nombre a doublé en 20 ans en France. « Ce genre de rapports où on se voit comme ça pour les fêtes, où on est quand même proche sans être si proche que ça finalement parce qu’on est tous à droite et à gauche… Les gens reconnaîtront forcément quelque chose d’eux ou d’une situation qu’ils ont connu », explique Catherine Deneuve.

Adhérer à Rochefort sur Toile pour la saison 2019-2020 !!! au même tarif que 2018-2019

A noter, les prochains rendez-vous:

du 4 au 20 octobre:  cycle « les jeunes réalisatrices » ( 6 films/ 4 soirées rencontres, pass à 18 euros pour 4 films au choix – les films seront programmés plusieurs fois) 

du 16 au 22 octobre: Visions d’Afrique

Et toujours : Les spectacles de la COMEDIE-FRANCAISE de Paris, du BOLCHOI de Moscou, du METROPOLITAN de New York : 18€ sur présentation de votre carte Rochefort sur Toile.
Pour d’autres informations , explorez le site au moyen des mots clés et onglets en haut de la page.

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