Cycle JEUNES RÉALISATRICES – Et pourtant, elles tournent ! Focus sur « CURIOSA »

Par Ingrid, le 3 octobre 2019

Du vendredi 4 au dimanche 20 octobre 2019, au cinéma Apollo Ciné 8 de Rochefort

« Curiosa » du 4 au 8 octobre / 8 séances

Drame français de Lou Jeunet (1h47)

 

 

 Synopsis : Pour éponger les dettes de son père, Marie de Héredia épouse le poète Henri de Régnier, mais c’est Pierre Louÿs qu’elle aime, poète également, érotomane et grand voyageur. C’est avec lui qu’elle va vivre une initiation à l’amour et à l’érotisme à travers la liaison photographique et littéraire qu’ils s’inventent ensemble.

Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs

C’est le premier film de long-métrage de Lou JEUNET, qui avait réalisé un court métrage en 1994 « Le beau Pavel ».

 

Bande annonce : http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19582369&cfilm=260368.html

Séances en Version Française (VF)
Me.2 Je.3 Ve.4 Sa.5 Di.6 Lu.7 Ma.8
17h50 18h00 11h00 15h45 13h30
16h50 18h10 18h00

La critique de àVoiràLire :

Il est un temps pas si lointain où les jeunes filles quittaient le foyer de leur famille pour intégrer directement celui de leur mari. En cette année 1897, Marie de Hérédia ne déroge pas à la régle. Ses parents la vendent à Henri de Régnier (interprété par l’impeccable Benjamin Lavernhe à l’abnégation touchante), un bourgeois honnête et droit, dépourvu de toute fantaisie mais conforme à leur rang. Si Marie (Noémie Merlant) ne le déteste pas, elle n’a aucune attirance particulière pour lui. Elle a certes épousé Henri de Régnier mais c’est avec Pierre Louys (Niels Schneider) qu’elle veut s’amuser, un ami de son mari, qui la courtise depuis longtemps. Elle devient sa muse mais même au plus fort de leur liaison amoureuse, Pierre continue d’être essentiellement animé par sa passion photographique. Pour lui, les femmes ne sont que des objets qu’il collectionne et dont il consigne les performances dans un cahier qu’il est fier d’exhiber à ses amis. Il partage d’ailleurs Zohra, sa maîtresse algérienne, avec d’autres garçons au cours d’une scène où Camelia Jordana n’en finit plus de nous surprendre, après sa prestation dans Le brio récompensée du César du meilleur espoir féminin en 2018. Elle se révèle impressionnante dans ce rôle de femme libre. Bien malgré lui, Pierre tombe sous le charme de Marie qui ne ressemble à aucune autre femme qu’il a connue. Grâce à son sens de la liberté et sa fantaisie, elle s’impose auprès de lui jusqu’à les lier par une réelle passion.

Il n’est ici nullement question de se délecter de scènes de sexe torrides. Quand il ne porte pas les superbes costumes de cette époque où plumes et bijoux étaient de mise, le corps longiligne de Noémie Merlant sert de prétexte à quelques gracieux tableaux dénudés pendant que Niels Schneider dévoile avec une désinvolture presque enfantine sa plastique avantageuse. La caméra s’attarde voluptueusement sur les visages et les corps pour nous faire partager leur jeunesse et leur fougue et créer une ambiance de légèreté (nous deux, c’est pour rire souligne Marie), qui parcourt tout le film jusqu’à ce notre machiste invétéré, désarçonné par la découverte du sentiment amoureux dont il ignorait tout jusqu’à présent, parte en Algérie retrouver Zohra qu’il imagine plus conforme à sa conception de l’amour.

L’histoire prend alors un ton plus dramatique et donne l’occasion à Noémie Merlant, (bien loin du personnage tragique de jeune fille happée par la radicalisation que lui avait offert Le ciel attendra) de déployer toute l’amplitude de son talent en passant sans encombres de la naïveté de l’oie blanche à la perversité de la femme manipulatrice. De la garçonnière de l’amant à l’appartement au décor strict de l’appartement du mari, elle transmet son énergie et sa fantaisie à Marie qui désormais fait fi de la domination mâle et va même jusqu’à signer ses œuvres d’un pseudonyme masculin. Pièce maîtresse d’un trio formé de Pierre Louys, à qui Niels Schneider prête une beauté juvénile, qui ricoche ironiquement contre le cynisme dont il fait preuve à l’égard du sexe qu’il estime faible, et de Henri de Régnier que Benjamin Lavernhe transforme avec douceur et générosité en cocu au grand cœur, Noémie Merlant se fond allégrement sous les traits de Marie de Heredia, pour hisser haut et fort les prémices de la liberté sexuelle féminine.

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