Du 18 au 24 décembre 2019 à l’Apollo Ciné 8

Par Sophie et Anka, le 18 décembre 2019

A l’Apollo Ciné 8 cette semaine, du 18 au 24 décembre 2019, Les éblouis de Sarah Suco, le cristal magique de Nina Weks et Regina Welker, et toujours Gloria Mundi  de Robert GuédiguianChanson douce de  Lucie BorleteauLes misérables de Ladj Ly et J’accuse de Roman Polanski, au tarif Rochefort sur Toile : 6€ toutes les séances.

Les éblouis

Drame français de Sarah Suco (1h39)

Synopsis

Camille, 12 ans, passionnée de cirque, est l’aînée d’une famille nombreuse. Un jour, ses parents intègrent une communauté religieuse basée sur le partage et la solidarité dans laquelle ils s’investissent pleinement. La jeune fille doit accepter un mode de vie qui remet en question ses envies et ses propres tourments. Peu à peu, l’embrigadement devient sectaire. Camille va devoir se battre pour affirmer sa liberté et sauver ses frères et sœurs.

Séances en Version Française (VF)
Me.18 Je.19 Ve.20 Sa.21 Di.22 Lu.23 Ma.24
20h15 13h30 13h30 18h00 20h15 20h15 18h00
15h50 15h45 22h30
20h00 20h00
22h30

L’avis de àVoiràLire : Un couple – interprété par Camille Cottin et Eric Caravaca – et ses quatre enfants s’enferment progressivement au sein de la Communauté de la Colombe, pour en devenir des membres très actifs. Les échanges de services sont quotidiens, mais les règles sont strictes. Les dérives sectaires sont de plus en plus courantes et s’articulent entre archaïsme et folie. En devenant intégristes, les personnages essayent, dans un cercle vicieux, de chasser le mal qu’ils entretiennent.
Le casting, assuré par Elsa Pharaon et David Bertrand, est formidablement bien pensé et réussi. Céleste Brunnquell s’avère excellente en adolescente face au drame qui se joue autour d’elle, tout en se livrant à ses premiers émois, avec ses yeux grands ouverts. En se sacrifiant pour sa mère, la jeune fille est toujours tentée de s’extraire de son milieu. Mais la pression communautaire et familiale est toujours la plus forte, jusqu’au jour où l’envie fait tout basculer. La protagoniste va s’affirmer de plus en plus, pour enfreindre toutes les règles parce qu’elle ne veut plus faire semblant. La punition n’en sera que plus terrible. Entre séances d’exorcisme et d’auto-flagellation, elle essaiera de protéger ses frères et sœurs, en les extirpant de ce milieu qui les rend malheureux.

Jean-Pierre Darroussin incarne avec une bonhomie de façade un prêtre auto-proclamé berger, qui se montre intrusif en distribuant bons et mauvais points à ses moutons. Camille Cottin nous présente un rôle différent de ce qu’elle fait habituellement, avec son air absent, son regard dans le vide, jouant sur la faiblesse, la fragilité et la dépression, avec une force dramatique dont on la savait capable depuis longtemps. Elle incarne à la fois une mère, une dévote béate et une femme qui devient subitement petite fille face aux réprimandes du berger.
Le scénario et la réalisation de Sarah Suco sont habiles, pleins de justesse et particulièrement bien construits pour captiver les spectateurs devant ce récit anxiogène. Avec ce premier long-métrage qu’elle dédie à ses frères et sœurs, Sarah Suco (accompagnée de Nicolas Silhol, coscénariste), met en valeur un véritable talent narratif.
L’histoire est racontée uniquement du point de vue de Camille (« à hauteur d’enfant », comme le précise Sarah Suco). Est ce qu’il aurait été mieux d’en savoir plus sur les parents, non pour les excuser, mais pour avoir une vision globale et pas presque entièrement à charge ? Pas sûr, et cela aurait été une autre histoire.
Précision importante : inspirée de faits qui datent d’une vingtaine d’années, l’action est contemporaine de notre époque, où l’on estime entre 50.000 et 60.000 le nombre d’enfants victimes de dérives sectaires.

Le cristal magique

Film d’Animation allemand-belge de Nina Weks et Regina Welker,  1h21

Synopsis

Latte n’est pas un petit hérisson ordinaire ! Elle déborde d’énergie et d’une imagination presque trop vive. Un jour, les animaux de la forêt se réveillent et découvrent que la pierre magique disparaît et que la forêt est confrontée à une sécheresse qui les mènera tous à l’extinction.. Latte annonce avec courage et force qu’elle va récupérer elle-même la pierre magique !

Séances en Version Française (VF)
Me.18 Je.19 Ve.20 Sa.21 Di.22 Lu.23 Ma.24
13h30 13h30 11h10 11h10 13h30
15h30 15h30 13h30 13h30 15h30
15h30 15h30

« Le Cristal magique » : une fable écologique pour les petits

Ce dessin animé adapté d’un classique de la littérature allemande évoque la survie des espèces confrontées au manque d’eau à travers les péripéties d’une petite hérissonne et d’un écureuil.

L’AVIS DU « MONDE » par Clarisse Fabre: à VOIR

Amy, petite hérissonne espiègle, aimerait bien se jeter à l’eau, barboter au milieu des arbres. Seulement, la rivière est en train de s’assécher, et les dernières réserves viennent d’être gaspillées. Les habitants de la forêt tiennent conseil : apprenant que loin d’ici, le roi des ours, Bantour, s’est accaparé l’eau grâce à un morceau de cristal, Amy, solitaire et sans famille, relève le défi : elle part chercher le cristal magique en dépit des dangers qui l’attendent. Son ami Tom, un petit écureuil plutôt craintif, la suit dans son périple sans prévenir ses parents.

Le Cristal magique, de Regina Welker et Nina Wels, est l’adaptation d’un classique de littérature jeunesse allemand (pour les 5-9 ans), Latte Igel und der magische Wasserstein, de l’auteur finno-suédois Sebastian Lybeck, publié en 1956. Petit avertissement, le dessin 3D un peu basique, ainsi que l’esthétique télévisuelle du film, aux couleurs vives, peuvent décourager. Il n’empêche, le tandem formé par la hérissonne et l’écureuil est espiègle et joyeux.

Des aventures qui s’enchaînent

Rempli de bons sentiments – l’importance des liens d’amitié, de la solidarité et du partage –, Le Cristal magique est une fable écologique, dans l’air du temps, où la question de la survie des espèces est en toile de fond, mais qui saura captiver un petit enfant grâce aux aventures qui s’enchaînent à bon rythme, tout en évitant l’avalanche d’images.

La scène cruciale dans le royaume de l’ours est plus drôle qu’inquiétante. En effet, si Bantour garde l’eau pour lui, c’est non pas pour mijoter un plan diabolique ou détruire la planète, mais pour son plaisir personnel : il raffole des ballets aquatiques et ses sujets lui offrent chaque matin un spectacle de haute volée. C’est l’un des moments les plus réussis du film. En résumé, Bantour est davantage inconscient de ses choix que mal intentionné. Et le jeune fils de Bantour se révélera un précieux allié pour Amy et Tom. A défaut d’être nouveau, le thème de l’arroseur arrosé produit toujours son effet.

Gloria Mundi

Drame français de Robert Guédiguian (1H47)

Synopsis

Daniel sort de prison où il était incarcéré depuis de longues années et retourne à Marseille. Sylvie, son ex-femme, l’a prévenu qu’il était grand-père : leur fille Mathilda vient de donner naissance à une petite Gloria. Le temps a passé, chacun a fait ou refait sa vie… En venant à la rencontre du bébé, Daniel découvre une famille recomposée qui lutte par tous les moyens pour rester debout. Quand un coup du sort fait voler en éclat ce fragile équilibre, Daniel, qui n’a plus rien à perdre, va tout tenter pour les aider.
Séances en Version Française (VF)
Me.18 Je.19 Ve.20 Sa.21 Di.22 Lu.23 Ma.24
20h15 15h45 15h45 20h15 11h00 11h00 20h15
20h15 20h15 20h20 20h15

Télérama abonné la Critique par Jacques Morice

Une naissance, des retrouvailles familiales. Mais dans Marseille en mutation, la jeune génération a enterré la solidarité. Un terrible mélodrame social.

On ne peut pas dire que La Villa, aux accents tchékhoviens et crépusculaires, respirait l’optimisme. Gloria Mundi s’ouvre, au contraire, sur une naissance. Celle de Gloria, dans les bras de sa maman, Mathilda (Anaïs Demoustier), à la maternité, où les proches défilent. Il y a son mari (Robinson Stévenin), sa mère (Ariane Ascaride), son beau-père (Jean-Pierre Darroussin), sa demi-sœur cadette et le copain de celle-ci. Il manque Daniel (Gérard Meylan), le père de Mathilda, qu’elle a peu connu… Mais peu après, il sort de prison, et cherche à reprendre contact. Le repris de justice fait alors connaissance avec sa famille recomposée.

Son ex-femme et Richard, chauffeur de bus, n’hésitent pas à l’héberger. Du côté des jeunes générations, c’est plus compliqué. Sa fille, qui lui bat froid, est à cran, énervée par tout, son bébé, son boulot de vendeuse, son mari. Daniel constate que les temps sont difficiles. À part le jeune couple formé par Bruno (Grégoire Leprince-Ringuet) et Aurore (Lola Naymark), profiteurs cyniques maquillés en néo-entrepreneurs, les autres ont du mal à joindre les deux bouts.

On est loin de l’Estaque, dans les nouveaux quartiers d’affaires (la Joliette) ou les secteurs de passage (Plombières). Dans un Marseille en chantier, qui mute, hybride, glacial. Ce manque de chaleur est raccord avec la dégénérescence sociale décrite, la disparition de la solidarité, de l’entraide. En pleine guerre économique, les habitants sont prêts à tout pour survivre.

Gloria Mundi, vingt et unième long métrage de Robert Guédiguian, est un mélodrame social, implacable et simple. Où nous touche surtout le personnage de Daniel, bloc de solitude, rêveur et mélancolique, qui écrit des haïkus. Chez lui et les deux autres formant le noyau dur historique (Ariane Ascaride et Jean-Pierre Darroussin) de l’œuvre transparaît maintenant quel­que chose de la vieillesse. Le trio est relégué au second plan, au profit des nouveaux de la troupe. Car c’est la ­jeunesse, porteuse d’énergie, que Guédiguian filme en priorité. Il la montre multiple, arriviste ou compatissante. Instable surtout, précarisée, atomisée. Disparu, le combat collectif d’antan. Disparu, même le cocon du couple. Il ne reste que des individus sous pression, qui se font du mal et se trahissent pour satisfaire des pulsions — le cinéaste s’essaie même à des scènes d’amour crues et perverses. Gloria Mundi s’avère finalement d’une noirceur rageuse.

Chanson douce

Drame  français de Lucie Borleteau (1h40) Avec avertissements

Synopsis

Paul et Myriam ont deux enfants en bas âge. Ils engagent Louise, une nounou expérimentée, pour que Myriam puisse reprendre le travail. Louise se montre dévouée, consciencieuse, volontaire, au point que sa présence occupe une place centrale dans la famille. Mais très vite les réactions de Louise deviennent inquiétantes.

Séances en Version Française (VF)
Me.18 Je.19 Ve.20 Sa.21 Di.22 Lu.23 Ma.24
15h45 15h40 15h40 15h50 15h50
20h25

Sylvie Noël, le Blog du Cinéma

Entre thriller psychologique et chronique sociale, CHANSON DOUCE est un film qui bouscule le spectateur sidéré par l’assemblage subtil des pièces d’un puzzle inexorable.

Louise sort donc rapidement de sa zone autorisée par son contrat de travail pour pénétrer dans l’intimité familiale, et même celle du couple. Elle crée une relation d’interdépendance toxique et tisse peu à peu sa toile d’emprise. Myriam sent bien au fond d’elle-même que certaines attitudes de Louise créent un certain malaise, mais elle n’ose pas poser les limites, de peur de perdre Louise et à travers elle, sa liberté retrouvée. Car il y a du chantage affectif dans cette relation, qui empêche la jeune femme de s’interroger sur la santé mentale de Louise. Quant à Paul, il s’en souciera, mais plus (trop) tard.

Le film maintient le spectateur dans une tension sourde, parfois un peu longue, mais inquiétante à souhait et soutenue par la musique angoissante et dissonante. Personnage complexe, Louise a parfois un air triomphant de toute puissance auprès des enfants ou des autres nounous qu’elle croise au parc. D’elle, on sait peu de choses, si ce n’est que son logement et sa vie sont aussi glauques que ceux du jeune couple sont chaleureux et emplis d’amour.

La caméra de Lucie Borleteau colle à la peau, à la nuque, au sourire, aux grimaces de Louise. Mais aussi à son corps endormi, comme celui d’un animal repus qui se ressource après l’effort ou son corps nu, comme ne pas oublier qu’elle est aussi une femme sexuée. La réalisatrice insiste sur son comportement animal, avec la métaphore très bien choisie de la pieuvre, que l’on croise à plusieurs reprises dans CHANSON DOUCE. Avec ses capacités de camouflage et la force de ses bras et tentacules pour étouffer leurs proies, l’animal symbolise parfaitement la trajectoire de Louise auprès de la petite famille.

La bonne idée de CHANSON DOUCE est de faire en sorte que le spectateur angoissé sache exactement, avec un temps d’avance sur Myriam et Paul, où la nounou se situe dans sa psychologie dérangée: joie, frustration, colère, humiliation, jalousie, solitude ou hallucinations. On voit autant les câlins qu’elle prodigue aux petits que ses défauts de surveillance, qui leur font courir de grands risques, tout comme ses jeux bizarres, ses initiatives déplacées et la manipulation mentale de Mila.

Et malgré les alertes clairvoyantes de Sylvie (Noëlle Renaude), la mère très cool de Paul, à propos de Louise, le couple n’hésitera pas à partir avec Louise en vacances au bord de la mer pour garder les enfants. Le jeu de Karin Viard, à l’origine du film, est exceptionnel de nuances et de surprises, tout comme celui de Leïla Bekhti, en qui toute spectatrice empathique, qui fait garder ses enfants par une nounou à son domicile, se reconnaîtra. Entre thriller psychologique et chronique sociale, CHANSON DOUCE est un film qui bouscule le spectateur sidéré par l’assemblage subtil, sous ses yeux, des pièces d’un puzzle inexorable.

Les misérables

Drame français de Ladj Ly ,  1h42

Avec avertissements

Synopsis

Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs

Stéphane, tout juste arrivé de Cherbourg, intègre la Brigade Anti-Criminalité de Montfermeil, dans le 93. Il va faire la rencontre de ses nouveaux coéquipiers, Chris et Gwada, deux « Bacqueux » d’expérience. Il découvre rapidement les tensions entre les différents groupes du quartier. Alors qu’ils se trouvent débordés lors d’une interpellation, un drone filme leurs moindres faits et gestes…

Séances en Version Française (VF)
Me.18 Je.19 Ve.20 Sa.21 Di.22 Lu.23 Ma.24
17h30 15h55 15h40 22h30 17h30 17h30
22h30

JKDZ29 a écrit pour « A la rencontre du septième Art » :

Régulièrement caméra à l’épaule, souvent près de ses personnages, Ladj Ly choisit d’ouvrir son film sur la journée de la finale victorieuse de l’équipe de France de football à la dernière coupe du monde. C’est la communion, tout le monde fait la fête, personne ne pense plus à rien, on chante tous la marseillaise et on court dans les rues. Puis cette ouverture heureuse laisse place au quotidien des quartiers, au retour à la réalité, loin de cette éphémère utopie. A travers son film, Ladj Ly communique toute la misère de ces quartiers, la détresse et la peur qui y règnent, les faisant basculer dans un monde sans foi ni loi où il ne s’agit plus que d’être le plus fort. Dans ce qui est devenu une véritable jungle, les individus ne s’écoutent plus, et ne sont plus capables de communiquer autrement que par la violence.

Car Les Misérables développe un climat de tension permanent et étouffant, qui va crescendo jusqu’à un dernier acte apocalyptique s’apparentant à un véritable cri de colère teinté de détresse. Toute prise de parti est évitée. Qu’il s’agisse des habitants des quartiers que des forces de police, tous sont dans la même misère, la même détresse, et n’ont plus que la violence pour s’exprimer. C’est elle qui est pointée du doigt, et surtout ses origines, que sont principalement le délaissement de ces quartiers et de toute une génération qui n’a plus de repères et ne veut pas se conformer à l’ordre établi. C’est l’ingérence et le manque de préoccupation du gouvernement envers ces quartiers que Ladj Ly, qui a lui-même vécu toutes ces situations, pointe du doigt. La rupture est proche, et si rien n’est fait, il ne restera plus que le chaos.

Aucun misérabilisme ni prise de parti, pas de volonté d’être moralisateur, juste exposer les faits tels qu’ils sont, montrer ce que l’on ne montre pas toujours, ou le montrer d’un angle véritablement neutre pour permettre au spectateur de prendre plus de recul, de mieux comprendre. En s’incarnant dans la peau du petit pilote de drones, il se fait le témoin d’une génération abandonnée, un futur sans avenir. Les Misérables offre une plongée dans l’enfer de banlieues où la misère, la peur, le désespoir et la colère ont donné naissance à un monde sans foi ni loi. Un film immersif au plus près de la réalité, avec une tension grandissante qui happe le spectateur.

et la critique de Louis Guichard pour Télérama  :

Pour Ladj Ly, 38 ans, c’est un baptême du feu absolu : premier long métrage,  première compétition cannoise. Et la réussite est éclatante. On est saisi, happé par cette histoire de bavure policière en banlieue, à la cité des Bosquets de Montfermeil (93), inspirée d’un fait réel de 2008, dont le réalisateur fut le témoin en tant que vidéaste travaillant et habitant sur place – il en tira un court métrage, Les Misérables, déjà, il y a quelques années. C’est aussi un baptême du feu au sens propre, tant le jeune réalisateur s’affronte à une violence de plus en plus incendiaire, un jour d’été brûlant, peu après la victoire des Bleus à la Coupe du monde de foot. Bienvenue dans la France des banlieues. Quant au titre, outre qu’il qualifie parfaitement les conditions de vie de la  plupart des personnages, il renvoie, bien sûr, à Victor Hugo. L’écrivain rédigea son roman dans cette même ville de Montfermeil – une scène le rappelle avec humour.

La plus évidente qualité du film est l’équilibre entre les forces en présence, les flics et les jeunes de la cité. Les policiers de la brigade anti-criminalité (dont les révélations Djebril Zonga et Alexis Manenti) qui commettent l’irréparable – un tir de Flash-Ball sur le visage d’un préadolescent – ne sont ni des salauds fachos ni des modèles de vertu. Ils ne sont jamais d’accord entre eux sur les attitudes et les stratégies à adopter. Et ils sont, eux aussi, des habitants du quartier, qu’on suit le soir, à la maison – même si le personnage principal, joué par Damien Bonnard (excellent, une fois encore), prend ses fonctions au début du film, entraînant le spectateur dans sa stupeur de « nouveau ». Ajoutons que, dans son unique scène, Jeanne Balibar, en patronne de la brigade, exprime tout son génie et pulvérise beaucoup de clichés.

En face, les petits et grands frères forment une galerie de personnages impressionnants, flamboyants, pleins de fierté taiseuse ou de colère déchaînée. Beaucoup, originaires du Mali, sont joués par des résidents réels de la cité. Eux aussi échappent à toute caricature, au fil de cette escalade de la violence, dont l’origine est presque dérisoire : le vol d’un lionceau du cirque ambulant… Ladj Ly, formidable directeur d’acteurs, parvient à faire comprendre les raisons de chacun, et pourquoi l’explosion fatale est possible à tout moment. Avec ce film extrêmement vivant, il se réclame de La Haine de Mathieu Kassovitz et du collectif Kourtrajmé qui en découla indirectement. Mais le réalisateur des Misérables évoque aussi le grand Spike Lee des débuts, sa verve, son humanité et une énergie qui n’est pas, loin s’en faut, que celle du désespoir.

J’accuse

drame de Roman Polanski, France/ Pologne/ Grande-Bretagne, 2h12

Grand Prix du Jury Mostra de Venise 2019 – Synopsis

Pendant les 12 années qu’elle dura, l’Affaire Dreyfus déchira la France, provoquant un véritable séisme dans le monde entier. Dans cet immense scandale, le plus grand sans doute de la fin du XIXème siècle, se mêlent erreur judiciaire, déni de justice et antisémitisme. L’affaire est racontée du point de vue du Colonel Picquart qui, une fois nommé à la tête du contre-espionnage, va découvrir que les preuves contre le Capitaine Alfred Dreyfus avaient été fabriquées. A partir de cet instant et au péril de sa carrière puis de sa vie, il n’aura de cesse d’identifier les vrais coupables et de réhabiliter Alfred Dreyfus.
Séances en Version Française (VF)
Me.18 Je.19 Ve.20 Sa.21 Di.22 Lu.23 Ma.24
17h30 17h40

La critique de Alexandre Janowiak pour Écran Large :

Même à qui n’a suivi que légèrement ses cours d’histoire plus jeune, Alfred Dreyfus est un nom qui évoque quelque chose. L’affaire qui lui colle à la peau est considérée comme l’une des plus grandes erreurs judiciaires de l’Histoire française (voire complot). Cependant, c’est sans doute la lettre ouverte d’Emile Zola publiée dans le journal L’Aurore – et au titre cinglant : J’accuse… ! – à propos de cette injustice qui est restée dans les mémoires. Pas étonnant donc que le nouveau long-métrage de Roman Polanski en reprenne l’intitulé dans son titre  : J’accuse.Pour autant, s’il est basé sur ce fait réel et adapté du bouquin D. du Britannique Robert Harris (co-scénariste du film), J’accuse s’attarde peu sur l’article dénonciateur du célèbre écrivain. Au contraire, le film se concentre essentiellement sur la quête de vérité du colonel Picquart, ancien professeur de Dreyfus devenu lieutenant-colonel et chef du service de renseignement militaire, lorsqu’il découvre qu’Alfred Dreyfus a été condamné à tort. De quoi lancer un récit aux multiples ressorts et manipulations.

Le cinéaste franco-polonais n’a plus tout le talent qu’il détenait dans les années 60-70 lors de la sortie de ses chefs-d’oeuvre de Rosemary’s Baby au Locataire,  mais il n’en garde pas moins une vraie intelligence de la narration.

Ainsi, l’ouverture de J’accuse impressionne par son cadre imposant et oppressant. L’instauration de l’intrigue – qui se met en place avec la dégradation militaire d’Alfred Dreyfus (incarné par un Louis Garrel austère) – est remarquable, extrêmement méticuleuse et procure une force immédiate au récit.

Loin de faire de son film une simple reconstitution historique, Polanski le transforme rapidement en thriller d’espionnage où Picquart joue au Sherlock Holmes. Une idée judicieuse qui redonne un véritable intérêt aux enjeux politiques, judiciaires et militaires derrière l’Affaire tout en lui conférant une avancée ludique et divertissante tout autant qu’instructive. Le film se veut alors une quête de vérité, de dignité et de justice au coeur d’un système perverti et manipulé par le mensonge et les préjugés, dans une première heure robuste.

Malheureusement, si les intentions de J’accuse sont louables et les choix narratifs propices à un enfièvrement progressif, le film ne décolle jamais vraiment. Jean Dujardin a beau livrer une prestation remarquable dans la peau du Colonel Picquart, les multiples trouvailles de cet homme d’honneur prêt à beaucoup de sacrifices pour prouver l’innocence de Dreyfus, se suivent, se ressemblent et finissent par tourner en rond.

L’enquête bat son plein et pourtant, J’accuse s’enlise dans un rythme neurasthénique voire totalement apathique, le récit donnant corps uniquement aux enjeux politiques et rarement à ceux humains. Nul doute que J’accuse aurait d’ailleurs pu devenir un grand film sur les défauts de la Justice tant il est le plus maitrisé et solide du réalisateur depuis The Ghost Writer en 2010, et ce malgré quelques incrustations numériques inabouties.

Pour cela, il aurait cependant fallu que Roman Polanski veuille vraiment parler de l’affaire Dreyfus dans son film. Au visionnage, difficile en effet de ne pas voir Polanski mettre en parallèle sa propre histoire avec celle du militaire français. Dans le dossier de presse du film, le cinéaste l’a d’ailleurs avoué pleinement : « Je connais bon nombre de mécanismes de persécution qui sont à l’œuvre dans ce film et cela m’a évidemment inspiré ».

Là est pourtant une immense erreur du réalisateur de penser pouvoir se comparer à la persécution dont a été victime Alfred Dreyfus. À leur grande différence, ce dernier a toujours été pleinement innocent au contraire du metteur en scène qui s’est lui même reconnu coupable de viol sur mineur, en avouant lors de son procès en 1977 avoir eu des relations sexuelles avec une jeune fille de 13 ans. Une comparaison dérangeante de la part du cinéaste de 86 ans donc qui est sans doute la raison principale de la puissance dégressive de J’accuse. À défaut de narrer jusqu’au bout avec passion l’histoire de son personnage, le cinéaste a voulu y greffer la sienne empêchant à l’ensemble de se dévoiler pleinement et d’impliquer le spectateur émotionnellement. Dommage.

Adhérer à Rochefort sur Toile pour la saison 2019-2020 !!!

Et toujours : Les spectacles de la COMEDIE-FRANCAISE de Paris, du BOLCHOI de Moscou, du METROPOLITAN de New York : 18€ sur présentation de votre carte Rochefort sur Toile.
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