NEBRASKA

Par rochefort.sur.toile, le 26 mai 2014

Pour son nouveau film, le réalisateur de The Descendants a planté sa caméra dans sa région natale, au milieu des terres agricoles du Nebraska magnifiées par un superbe noir et blanc. Alexander Payne aime filmer l’americana, cette manière de dépeindre l’Amérique profonde avec tendresse et authenticité. Il convie sur sa route un acteur disparu des radars depuis longtemps, Bruce Dern, qui, dans les années 60-70, avait roulé sa bosse chez Alfred Hitchcock et Hal Ashby. Le comédien a eu raison d’accepter la proposition car Nebraska lui a valu le prix d’interprétation masculine au Festival de Cannes et une nomination à l’Oscar du meilleur acteur. Une résurrection.
Il campe un vieil homme persuadé qu’il a gagné le gros lot à un improbable tirage au sort par correspondance. Un de ses deux fils se décide à l’emmener en voiture chercher ce chèque auquel personne ne croit. Durant leur périple, ils s’arrêtent faire une halte forcée dans une petite ville perdue du Nebraska.

Bruce Dern, June Squibb et Will Forte
Il y a toujours un souci documentaire dans les œuvres d’Alexander Payne, comme l’attestait déjà Sidewaysqui relatait l’itinéraire viticole de deux amis en Californie. Les rues, les pâtés de maisons, les fermes, le troquet de la petite ville, tout sonne juste. Cette fois, le cinéaste ne s’est pas octroyé les services d’une star, mettant sa confiance sur un casting impeccable de comédiens peu connus où brille particulièrement June Squibb qui interprète la femme de Bruce Dern et qui est irrésistible de franchise crue et de causticité. Elle a son franc-parler, spécialement envers sa belle-famille qui se montre soudain intéressée par un homme qu’elle avait mis de côté depuis longtemps. Payne réalise alors une savoureuse séquence familiale où les règlements de compte et les rancœurs du passé vont resurgir de manière inopinée.
Le film regorge d’instants joyeusement déprimants comme cette scène où les membres de la famille sont avachis devant le poste de télévision. Avec une économie de moyens remarquable, Payne dit, en un seul plan, le néant qui semble les envahir. Mais le cinéaste ne juge pas ses protagonistes car son regard est toujours empli de bienveillance. Malgré l’objectif dérisoire de Bruce Dern, Payne le filme comme si la vie du personnage en dépendait. Sur les traces d’un passé douloureux, il va s’obstiner envers et contre tous car il s’agit pour lui du dernier but à atteindre, ce qui le rend d’autant plus attachant.
En racontant la possible réconciliation entre un père et son fils, Alexander Payne aurait pu tomber dans les pièges du mélo. L’opposition entre le vieux bourru et le jeune plein de candeur pourrait déverser son lot d’épisodes lacrymaux. Le cinéaste n’est jamais dans ce registre, privilégiant un humour pince-sans-rince qui désamorce les situations, et évite ainsi les explications lourdement psychologiques et les grands discours. On ne sait pas si ces deux hommes retrouveront une parfaite entente mais le chemin qu’ils ont parcouru leur ont permis, à l’un et à l’autre, de mieux se comprendre. L’optimisme d’Alexandre Payne devient subrepticement galvanisant.

Antoine Jullien

Etats-Unis – 1h55
Réalisation : Alexander Payne – Scénario : Bob Nelson
Avec : Bruce Dern (Woody Grant), Will Forte (David Grant), June Squibb (Kate Grant), Stacy Keach (Ed Pegram). Bob Odenkirk (Ross Grant).

 

 

 

 

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