UNE NOUVELLE AMIE

Par rochefort.sur.toile, le 19 novembre 2014

 

Mercredi  :  15h50 – 18h30 –  20h40
Jeudi        :  20h30
Vendredi  :  20h20 – 22h30
Samedi     : 18h00 – 20h10 – 22h40
Dimanche : 15h50 – 18h20 – 20h30
Lundi         : 13h50 – 20h30
Mardi         : 15h50 – 18h30 – 20h40

nouvelle amie                 De François Ozon

Avec Romain Duris , Anaïs Demoustier , Raphaël Personnaz …  

SYNOPSIS
Claire vient de perdre sa meilleure amie, morte trop jeune. Eplorée, elle tombe dans une profonde dépression. Elle renoue avec David, le mari de son amie dont elle elle secrètement amoureuse. Avec Gilles, son époux, elle le retrouve pour un dîner. Au cours du dîner, ses sentiments resurgissent. Elle se rend à l’improviste au domicile de celui-ci et découvre la vérité sur David. Une vérité dérangeante que David, au comportement mystérieux, voudrait garder secrète. Malgré elle, Claire accepte mais se rend vite compte qu’elle ne peut pas respecter sa promesse de ne rien dire. Gilles s’inquiète et se demande si Claire à une liaison avec David…

LA CRITIQUE LORS DE LA SORTIE EN SALLE DU 05/11/2014

Une porte interdite. Comme dans un conte. Claire (Anaïs Demoustier) se glisse, pourtant, à l’intérieur de la belle demeure qui semble vide. Comme enchantée. Elle devrait savoir, l’imprudente, que de lourds secrets se cachent, souvent, derrière les portes closes, au risque de vous sauter au visage… Ce ne sont pas les épouses de Barbe-Bleue que la jeune femme découvre dans le salon, mais, donnant le biberon à sa fille, un homme travesti en femme : le mari de sa meilleure amie, récemment décédée… Abasourdie, horrifiée, Claire écoute David (Romain Duris) lui expliquer. S’expliquer. Se justifier. Sa femme, l’amie d’enfance de Claire, était au courant, oui. Non, il n’est pas gay : coucher avec un homme ne lui viendrait pas à l’esprit. Au contraire, ce sont les femmes qui l’attirent, elles lui plaisent même tellement qu’il rêve d’en devenir une, de temps en temps. Il aime sentir sur sa peau une robe qui glisse, des bas remonter sur ses cuisses, un eye-liner lui souligner le regard…
Sans trop savoir pourquoi, sans même avoir conscience de l’accepter, Claire cache cette nouvelle à son mari (Raphaël Personnaz). Elle accepte, aussi, de revoir David. De l’entendre. De le comprendre. De parler perruques et colifichets. Et même de faire, avec lui, du shopping entre filles. A cette créature blonde, un peu vulgaire, mais plus glamour qu’elle ne l’a jamais été, Claire a même trouvé un prénom : Virginia…
Bien des films de François Ozon reposent sur le triomphe de l’artifice, la prescience d’un monde enchanté où l’illusion règne, où la réalité s’autodétruit. Chez lui, les pères peuvent, soudain, se métamorphoser en rats dangereux (comme dans Sitcom, son premier long métrage). Les profs ternes se perdent brusquement dans l’imaginaire d’un élève pervers (Dans la maison). Et il arrive que les bébés naissent avec des ailes dans le dos, tels des anges dont personne ne sait trop quoi faire (Ricky). Avec lui, personne n’est sûr d’être ce qu’il est, et pas vraiment non plus ce qu’il aimerait paraître. Jamais, cependant, il n’avait misé avec autant de force et d’élégance sur l’ambiguïté. Cette part d’inquiétude qui, en chacun, sommeille. Cette part de rêve, aussi, qui, même ridicule et dérisoire, délivre et libère… Toute la mise en scène d’Une nouvelle amie revendique le trouble comme un art et une morale. Du moindre travelling sur un corps, le cinéaste fait un suspense : filme-t-il une fille ou un garçon ? Et lorsqu’on voit, dès les toutes premières secondes, un visage se faire noircir les cils, rougir les lèvres et rosir les joues, on ne devine pas immédiatement qu’il ne s’agit pas d’une adolescente en partance pour une fête, mais d’une jeune morte que l’on maquille dans son cercueil. Toute certitude est un leurre…
Ainsi le héros du film semble être Virginia. D’autant que Romain Duris, dirigé au millimètre, l’interprète avec une superbe aisance : à l’exacte frontière entre grotesque et grandiose. En fait, Claire, au contact de sa nouvelle amie, se métamorphose au moins autant : elle se féminise, s’extériorise, adopte un nouveau rouge (que Virginia adore, d’ailleurs !) et s’achète une robe qui colle à sa rousseur… Dans un club où un travesti entonne un vieux tube de Nicole Croisille, celle qui « se sent pour la première fois devenir femme », c’est Claire, bien sûr, et non Virginia. Dans cette scène intense, François Ozon filme les yeux d’Anaïs Demoustier, qui étincellent, alors que ceux de Romain Duris s’emplissent de larmes, comme s’il mesurait, brusquement, les limites du rêve…
La raison, la logique — ces gêneuses, ces emmerdeuses — s’infiltrent toujours dans les contes. Depuis toujours, depuis Dans la maison surtout, Ozon les utilise pour mieux les berner. Ici, il filme une série de possibilités comme des trompe-l’oeil : un banal désir freudien pourrait expliquer le comportement de David… Une attirance morbide pour son amie pousserait Claire à s’éprendre de son reflet, revenu d’entre les morts, comme dans Sueurs froides, de Hitchcock. Encore plus simple : David pourrait n’être qu’un homo refoulé, amoureux fou du beau mari de Claire…
Le cinéaste fait joliment joujou avec ces fausses pistes. Elles ne lui servent, en fait, qu’à magnifier, entre ses personnages, un « secret magnifique », pour reprendre le titre d’un mélo célèbre de Douglas Sirk. Ozon a toujours aimé ce cinéaste hors mode, hors temps qui, avec discrétion et lyrisme, ne filmait que des utopies minuscules. L’étrange famille que l’on voit s’éloigner à la fin d’Une nouvelle amie ne prône rien, n’attaque personne, ne défend pas grand-chose, sinon son droit à l’existence. D’un présent menaçant, où on la repousse, elle chemine vers un avenir où tout sera possible, peut-être. Trio fragile, friable et prophétique. — Pierre Murat

La confession de David
« Sache que ma femme était au courant. Elle te disait tout, mais ça, elle l’a gardé secret. Avant de nous marier, je lui ai avoué que j’aimais, parfois, m’habiller en femme. Juste comme ça, par jeu. Pour le plaisir. Elle l’a très bien accepté. La seule chose qu’elle m’ait demandée, c’est de ne pas le faire en public… Tant que nous étions ensemble, je n’en éprouvais plus le besoin : sa présence, sa féminité me comblaient. Je l’aimais tellement… C’est depuis sa mort que ça m’est revenu. Comme une évidence… »

Pierre MuraT – TELERAMA

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=D4xRecl86Yg&w=560&h=315]

Et toujours à l’affiche :

Mommy, Magic in the Moon et Leviathan.

voir jours et heures sur la grille jointe en cliquant ici

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *