Du 13 au 19 février 2019 à l’Apollo Ciné 8

Par Sophie et Anka, le 12 février 2019

A l’Apollo Ciné 8 cette semaine du 13 au 19 février 2019, My beautiful boy de Felix Van GroeningenMinuscule 2 (animation) d’Hélène Giraud et Thomas Szabo, et  Green Book de Peter Farelly au tarif Rochefort sur Toile : 6€ toutes les séances

My beautiful boy

Drame américain de Felix Van Groeningen (2h01)

Synopsis

Pour David Sheff, la vie de son fils, Nicolas, un jeune homme billant, sportif, à l’esprit vif et cultivé, était déjà toute tracée : à ses 18 ans, Nic était promis à une prestigieuse carrière universitaire. Mais le monde de David s’effondre lorsqu’il réalise que Nic a commencé à toucher à la drogue en secret dès ses 12 ans. De consommateur occasionnel, Nic est devenu accro à l’héroïne et plus rien ne semble possible pour le sortir de sa dépendance. Réalisant que son fils et devenu avec le temps un parfait étranger, David décide de tout faire pour le sauver. Se confrontant à ses propres limites mais aussi celles de sa famille.

Les séances en version française

Me.13

Je.14

Ve.15

Sa.16

Di.17

Lu.18

Ma.19

Critiques

D’une réalité criante et déchirante – Le film ouvre sur David qui s’informe sur la méthamphétamine afin de pouvoir comprendre ce que son fils vit et ainsi pouvoir l’aider. S’ensuit un saut en arrière d’un an et un montage erratique entre le passé et le présent afin d’établir la relation entre les deux protagonistes. Vient ensuite la lente descente aux enfers de Nic, le tout à froid, au travers les yeux de son père qui ne comprend pas, comme la majorité du public malheureusement. Les réactions incohérentes du jeune drogué ont provoqué des éclats de rire à travers toute la salle alors que le film était d’une réalité criante et déchirante. Puis viennent le séjour en cure de désintox et le retour à la maison du jeune homme fier de s’être sorti de cette situation. Je me dis que le film est bien, mais ce n’est pas un Basketball Diaries ou un Requiem for a Dream. Il reste tout de même plus d’une heure…

Puis, une discussion anodine fait chavirer son monde, sans que l’auditoire s’en aperçoive. Je vois les têtes devant moi qui valsent au rythme de la musique que Nic écoute dans la voiture, sourire béat au visage. J’appréhende le pire, la rechute est cachée derrière ce masque. À l’écran, le plan change, Nic est en détresse, son sponsor au bout du fil n’arrive pas à le calmer, vous devinez la suite.L’incompréhension d’un père face à son Beautiful Boy

En parallèle, David est aux prises avec son incompréhension face à son fils et à la façon dont il doit intervenir. Il peine à gérer ses émotions et les exprime de façon maladroite, mais tout à fait véridique. Steve Carell livre ici une performance criante de vérité. L’adolescent en moi avait envie de lui en foutre une au visage alors que le père que je suis maintenant aurait aimé pouvoir traverser l’écran et lui faire un énorme câlin.

Timothée Chalamet, qui incarne le jeune Nic, offre une performance nuancée. Jonglant à la perfection les moments où son personnage est à jeun et ceux où il ne fait que semblant de l’être.

Un visage réaliste et détaché de la dépendance – J’ai apprécié le choix de Felix Van Groeningen de montrer un visage réaliste et détaché de la dépendance, plutôt que de nous montrer l’hallucination au travers des yeux de Nic. Les plans de caméra et les blocages démontrent bien les situations de confrontation. Les décors réalistes viennent ancrer les personnages plutôt que de les transformer en caricature qui vivent dans la crasse. La bande sonore sortie tout droit du palmarès des rock stars droguées est phénoménale avec entre autres Nirvana, Neil Young, Amon Tobin, Aphex Twin et, bien sûr, John Lennon.

Je suis resté sans mots jusqu’à la fin du générique et j’ai pris plusieurs heures à digérer Beautiful Boy. Ce n’est certes pas un Basketball Diaries, Requiem for A Dream ou Trainspotting. Ces films, que j’appelle affectueusement mes Feel-Bad movies, je peux les regarder sans problème. Beautiful Boy est venu creuser au fond de mon être et m’a ébranlé, je crois que d’en faire la réécoute sera une tâche ardue. La critique de Yann Fournier sur GeeksandCom

Pour ce projet, Van Groeningen s’est inspiré de deux livres de souvenirs, écrits par un père, le journaliste David Sheff, et son fils Nic. David a eu Nic d’un premier mariage, il a ensuite deux autres enfants avec sa seconde femme. Pour des raisons non expliquées dans le film « Beautiful boy », on découvre que David a obtenu la garde quasi exclusive de Nic pendant toute son enfance. A l’écran, on découvre un père aimant et attentionné, qui nourrit une belle complicité avec son fils aîné. Quelle n’est donc pas sa surprise lorsqu’il découvre, au sortir de l’adolescence de Nic, que celui-ci est devenu un « drug addict », en particulier de la méthamphétamine, qui provoque des ravages.

« Beautiful boy » raconte un double calvaire. D’abord celui de David, qui souffre de sentir son amour totalement impuissant à sortir son fils de l’impasse. Ensuite, celui de Nic, incapable de suivre une cure de désintoxication efficace, en permanence tiraillé entre le manque et la honte de décevoir son père. Van Groeningen évite de sombrer dans le mélodrame dégoulinant, et s’il réussit cette prouesse, c’est grâce à son écriture et sa mise en scène pudiques, mais aussi et surtout grâce à l’excellence de son duo d’acteurs.

Steve Carell prouve une fois de plus – si besoin en était – qu’il est un des plus grands acteurs de composition d’aujourd’hui, il campe un père à la fois dévasté et pétri d’humanité. Quant au jeune Timothée Chalamet, révélé au printemps dernier avec sa nomination à l’Oscar du meilleur acteur pour « Call me by your name », il montre une maîtrise impressionnante dans le rôle de ce fils hypersensible et manipulateur malgré lui – un rôle qui, comme tous les rôles d’alcoolique ou de drogué, est un vrai piège, qui peut entraîner les acteurs à surjouer dangereusement.. Chez Chalamet, il n’en est rien -. Grâce au duo Carell/ Chalamet, « Beautiful boy » laisse une émotion profonde et durable chez le spectateur. Hugues Dayez de la RTBF 

Minuscule 2 – Les Mandibules du Bout du Monde

Film d’animation de Thomas Szabo et Hélène Giraud (1h32)

Synopsis

Quand tombent les premières neiges dans la vallée, il est urgent de préparer ses réserves pour l’hiver. Hélas, durant l’opération, une petite coccinelle se retrouve piégée dans un carton… à destination des Caraïbes !
Une seule solution : reformer l’équipe de choc ! La coccinelle, la fourmi et l’araignée reprennent du service à l’autre bout du monde. Nouveau monde, nouvelles rencontres, nouveaux dangers… Les secours arriveront-ils à temps ?

Les séances en version française

Me.13

Je.14

Ve.15

Sa.16

Di.17

Lu.18

Ma.19

Critiques

Entièrement français, ce second opus est encore plus réussi que le précédent. Une poésie et une invention à couper le souffle – Délocalisé dans la jungle et sur les plages de Guadeloupe après un prologue dans le parc du Mercantour, en écho au premier épisode qui s’y dérou­lait en intégralité, le film repose sur une belle histoire de solidarité entre insectes pour retrouver la coccinelle perdue. D’où des scènes tantôt comi­ques (les courses-poursuites), tantôt dramatiques (la cérémonie funéraire), et toujours d’une poésie et d’une invention à couper le souffle. Le message écologique sur les dégâts causés par l’avidité des hommes ne prend jamais le pas sur le récit. Les affrontements épi­ques entre les fourmis rouges et noires du premier épisode s’inspiraient ouvertement du Seigneur des anneaux et des codes du western. Cette fois, les aventures tropicales de la coccinelle citent Fitzcarraldo ou l’Homme de Rio. Avec ces allers-retours cons­tants entre ancien et moderne, le cartoon à la française atteint la perfection. Télérama

Une odyssée inventive et drôle – Dans Minuscule, la Vallée des fourmis perdues (long-métrage sorti en 2014), deux bandes rivales de fourmis se crêpaient férocement le chignon pour une boîte de sucre. Une guerre filmée à hauteur d’herbe et de racines, l’œil rivé au sol, à la façon des documentaires animaliers. En entreprenant le voyage vers les Caraïbes, Minuscule 2. Les Mandibules du bout du monde prend de la hauteur et emprunte une autre voie, celle du récit d’aventure. Les deux auteurs, Thomas Szabo et Hélène Giraud, l’ont voulu ainsi, soucieux avant tout de se renouveler, plutôt que de se reposer sur leurs lauriers et le César qui, en 2015, avait couronné leur premier film d’animation.

Trois personnages – la coccinelle, la fourmi et l’araignée – se retrouvent dans les deux films. Au même titre que la drôlerie, la magnificence des paysages, l’inventivité du récit, de l’image et des bruitages. Demeure également le procédé cinématographique qui consiste à tourner en décors réels et à y intégrer, ensuite, les insectes filmés en images de synthèse. Ce lien assure une continuité que le cadre ouvre, cependant, à d’autres horizons et à un champ plus large des possibles.

Le dépaysement bouscule les petits héros du film. Il semble aussi avoir créé chez les auteurs une véritable jubilation

Car en les entraînant dans les airs, sur les mers, dans le ventre d’un requin ou dans des grottes, Minuscule 2. Les Mandibules du bout du monde expose ses bestioles à un autre bestiaire et à de nouvelles péripéties. Le dépaysement bouscule les petits héros du film. Il semble aussi avoir créé chez les auteurs une véritable jubilation, si l’on en juge par le nombre de pistes qu’emprunte le récit, à la fois conte fantastique, odyssée et fable écologique. Et la liberté de mouvement que s’autorise la mise en scène, plus ample et plus fluide que dans le premier volet.

L’histoire n’évite pas toujours les digressions trop longues qui en font parfois perdre un peu le cap. Qu’importe. Les bébêtes retombent toujours sur leurs pattes. La magie qui s’opère dans cette rencontre de l’infiniment grand et de l’infiniment petit reste intacte. Et, dans ce virage qui l’emmène sous les tropiques, la saga produite par la société française Futurikon continue d’enchanter. Véronique Cauhapé, LE MONDE

Green Book

Drame-Biopic américain de Peter Farrelly (2h 10min)

Synopsis et détails

En 1962, alors que règne la ségrégation, Tony Lip, un videur italo-américain du Bronx, est engagé pour conduire et protéger le Dr Don Shirley, un pianiste noir de renommée mondiale, lors d’une tournée de concerts. Durant leur périple de Manhattan jusqu’au Sud profond, ils s’appuient sur le Green Book pour dénicher les établissements accueillant les personnes de couleur, où l’on ne refusera pas de servir Shirley et où il ne sera ni humilié ni maltraité.

Dans un pays où le mouvement des droits civiques commence à se faire entendre, les deux hommes vont être confrontés au pire de l’âme humaine, dont ils se guérissent grâce à leur générosité et leur humour. Ensemble, ils vont devoir dépasser leurs préjugés, oublier ce qu’ils considéraient comme des différences insurmontables, pour découvrir leur humanité commune.

Les séances en version française

Me.13

Je.14 Ve.15

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Ma.19

Les séances en version originale sous-titrée

Me.13 Je.14

Ve.15 Sa.16 Di.17 Lu.18 Ma.19

Extraits de la critique de Sarah Ugolini, Le Quotidien du Cinéma

Quand l’humour et l’amitié viennent à bout des préjugés. C’est la leçon de tolérance que vient nous enseigner « Green Book : Sur les routes du sud ». Un road movie classique et esthétique qui nous plonge au cœur de l’Amérique ségrégationniste des années 60. Mais si le racisme ordinaire de l’époque est omniprésent tout au long de ce film tiré d’une histoire vraie, le centre de l’intrigue reste la naissance d’une amitié entre deux hommes que tout oppose. Cette fresque historique nous fait vivre la rencontre improbable entre Tony Lip, une brute épaisse ventripotente, peu cultivée et aux manières aussi rustres qu’hilarantes, et le Dr Don Shirley, un pianiste noir homosexuel aussi brillant que raffiné et distingué.
Le road trip de ce duo saugrenu qui quitte New York pour vivre l’aventure sur les routes du sud est donc le postulat de départ du film, dont le titre « Green Book » fait référence au guide utilisé par les automobilistes noirs pour les guider en voyage. Il comprenait notamment les hôtels, restaurants et autres établissements réservés aux Afro-Américains.

Au cœur de ce road movie, le duo comique formé par ce dandy confronté à un ours mal léché donne lieu à des répliques bien senties hilarantes, tant le contraste de leurs tempéraments est grand. Dr Shirley est un esthète dont la rigueur frôle parfois la rigidité, alors que Tony est une caricature d’exhubérance et de volubilité italienne qui jure, fume et mange (souvent les deux à la fois) avec un manque de finesse et de subtilité flagrants.

Leur confrontation donne lieu à des comiques de situation irrésistibles. Je fais notamment référence au moment de la dégustation du poulet frit qui est d’une drôlerie savoureuse pour le spectateur. Peu à peu la joie de vivre communicative de Tony va adoucir l’aspect hautain et autoritaire de Don, qui cache en réalité un mal-être et une profonde solitude.

En retour, l’intelligence et la culture du pianiste vont affiner les goûts de Tony en l’éveillant à la beauté de la musique classique. À son contact, il va s’élever et voir peu à peu disparaître les préjugés raciaux ancrés en lui durant des années par un mélange de clichés et d’ignorance. Une évolution du personnage incarnée par un Viggo Mortensen prodigieux de justesse, qui alterne subtilement humour et émotion.

L’hypocrisie de la ségrégation est mis en exergue par la situation sociale ambivalente de Don Shirley. Bien que riche et célébré en tant qu’artiste, il reste interdit de restaurants et d’hôtels prestigieux et est même privé de l’utilisation des toilettes chez les hôtes blancs chez lesquels il est invité à se représenter ! Un paradoxe qui trouve son paroxysme dans une phrase prononcée par un Don Shirley plein de colère et de douleur : « Donc si je ne suis pas assez noir et si je ne suis pas assez blanc, alors dis-moi Tony, je suis quoi ? »

Autant de manifestations insidieuses de la suprématie blanche qui règne alors en Amérique qui poussent les spectateurs à réfléchir, tant elles font écho à la hausse des crimes liés à la haine raciale dans les États-Unis de Donald Trump.

Viggo Mortensen est nommé pour le Golden Globe du meilleur acteur dans un film musical ou une comédie. Une nomination plus que méritée pour cet acteur de génie qui prouve une nouvelle fois son talent de caméléon.

Mahershala Ali, oscarisé l’année dernière pour son rôle de trafiquant de drogue au grand cœur dans « Moonlight », est quant à lui nommé pour le Golden Globe du meilleur acteur dans un second rôle. Une distinction entre les deux acteurs que l’on peut presque regretter tant la magie du film repose sur leur duo et leurs deux interprétations magistrales.

Après des comédies déjantées à l’humour potache, voire graveleux, telles que « Dumb et Dumber » ou « Mary à tout prix », Peter Farelly fait de ce premier film en solo une ode bienveillante à la tolérance pleine d’humour et de dérision. À la fin de ce road movie, Oleg, un musicien de Don Shirley, affirme avec fierté pour son ami pianiste : « Le génie n’est pas suffisant, il faut du courage pour changer le cœur des gens.

Ce récit sentimental d’une humanité commune affirmée, nous incite à croire que rien n’est jamais perdu et qu’une histoire d’amitié peut parfois suffire à réduire à néant une vie entière de préjugés.

L’Express par Antoine Le Fur

Pourtant, loin d’être moralisateur, « Green Book » est un film bourré d’humour, dont les joutes verbales entre les deux personnages promettent de faire le bonheur des cinéphiles […]. Si le film fonctionne si bien, c’est sans doute dû à l’alchimie régnant entre ses deux comédiens à forts potentiels oscarisables, Viggo Mortensen et Mahershala Ali.

Mathias the Watcher sur Sens Critique

Alors autant le dire tout de suite, ce film est brillant non pas par sa réalisation mais par son duo d’acteurs. Ali & Mortensen sont juste impeccables tout du long (si on occulte le fait que la prestation d’Ali jouant l’homme bourré n’est pas tellement convaincante). Et c’est cette relation entre deux hommes qui n’ont rien en commun qui va arriver à tirer les bonnes cordes pour nous émouvoir. Un génie plongé dans sa solitude car le monde peut comprendre son art mais ne peut pas accepter sa personne et ceux qui peuvent accepter sa personne ne peuvent comprendre son art. Un génie qui va trouver un sens aux choses sous le regard du rustre de service. Une amitié improbable, n’ayons pas peur des mots, une bromance ! Le film est par moment vraiment drôle, par moment vraiment dur (sans jamais rentrer dans la dureté insoutenable de certaines exactions de l’époque) et parfois un peu stéréotypé également (ce qui n’était pas nécessaire mais ne gêne pas vraiment la vision du film à mon sens).

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