Du 13 au 19 mars 2019 à l’Apollo Ciné 8

Par Sophie, le 13 mars 2019

A l’Apollo Ciné 8 cette semaine du 13 au 19 mars 2019, La Favorite de Yórgos LánthimosGrâce à Dieu de François OzonUne intime conviction d’Antoine Raimbault et toujours Celle que vous croyez de Safy NebouGreen Book de Peter FarellyMinuscule2 d’Hélène Giraud et Thomas Szabo (animation), au tarif Rochefort sur Toile : 6€ toutes les séances

Soirée ciné-rencontre vendredi 15 mars à 20h 15 : Breath, de Simon Baker, en préambule au  festival Rochefort Pacifique cinéma et littérature. *** Réservation des places ouverte ***

La Favorite

drame américian, britannique, irlandais de Yorgos Lanthimos (2h)

Synopsis

Début du XVIIIème siècle. L’Angleterre et la France sont en guerre. Toutefois, à la cour, la mode est aux courses de canards et à la dégustation d’ananas. La reine Anne, à la santé fragile et au caractère instable, occupe le trône tandis que son amie Lady Sarah gouverne le pays à sa place. Lorsqu’une nouvelle servante, Abigail Hill, arrive à la cour, Lady Sarah la prend sous son aile, pensant qu’elle pourrait être une alliée. Abigail va y voir l’opportunité de renouer avec ses racines aristocratiques. Alors que les enjeux politiques de la guerre absorbent Sarah, Abigail quant à elle parvient à gagner la confiance de la reine et devient sa nouvelle confidente. Cette amitié naissante donne à la jeune femme l’occasion de satisfaire ses ambitions, et elle ne laissera ni homme, ni femme, ni politique, ni même un lapin se mettre en travers de son chemin.

Critiques

Si bien des habitudes de Lanthimos ont changé concernant la fabrication de ce nouveau long-métrage, La Favorite conserve sa patte barrée. En s’attelant à un biopic historique, en revenant sur le règne compliqué de la reine Anne d’Angleterre et les jeux de pouvoirs entre ses deux favorites Abigail et Sarah, on pouvait craindre que le cinéaste soit enfermé dans un carcan qui limiterait son excentricité légendaire.

Au contraire, ce biopic est un terrain de jeu jubilatoire pour le Grec. Lors d’une interview à EW, il avait expliqué que « certaines choses dans le film étaient exactes et beaucoup d’autres étaient totalement fictionnelles. » Par conséquent, si son film respecte les grandes lignes de l’Histoire de cette reine dépassée et de la rivalité entre Abigail et Sarah, il s’amuse à l’agrémenter de quelques incertitudes historiques.

L’occasion parfaite pour lui de créer un superbe et jouissif jeu de manipulation sexuel, parfaitement écrit. Dans la Favorite, la perversité de l’une ne cache que celle plus sordide de l’autre, et amène à des situations des plus ubuesques, et à des confrontations réjouissantes. Le film met un peu de temps à trouver son rythme, Lanthimos s’attardant sans doute un peu trop sur sa mise en scène au style Kubrickien frisant le tape-à-l’oeil. Cependant, dès que les affaires sont lancées, les enjeux présentés et les personnages bien installés, le film devient passionnant.

Les dialogues sont ciselés, les décors et costumes absolument fabuleux, la musique terriblement anxiogène, la photographie de Robbie Ryan splendide, et les multiples saillies comiques à l’humour noir, ravageuses. A l’image des dernières réalisations du cinéaste, le film se transforme alors en un fabuleux délire grotesque (le bouffon aux fruits), anachronique (cette scène de danse), cruel, voyeur et vénéneux dans lequel on se plaît à naviguer.

Scénaristiquement, la Favorite est donc un fabuleux jeu de domination, se plaisant à recontextualiser l’affrontement politique entre les Whig et Tories de l’époque, au coeur d’un superbe trip loufoque et déluré. L’oeuvre de Lanthimos est cela dit bien plus que ça.

Avant tout, le long-métrage est surtout un pamphlet féministe. Il brosse habilement et avec délectaction le portrait de trois femmes tirant les ficelles du pouvoir au nez et à la barbe de la gente masculine. Les personnages masculins principaux incarnés par Nicholas Hoult et Joe Alwyn, s’ils présentent quelques intérêts, sont relégués à des figures secondaires, sorte de marionnettes qui doivent se conformer aux mouvements du trio féminin.’est ce dernier qui fait évidemment la grande force du récit raconté. La compétition machiavélique qui se joue entre Abigail et Sarah permet à Emma Stone et Rachel Weisz de livrer deux prestations inoubliables, où les sourires de façades ne cachent qu’une haîne grandissante, et leur avidité de pouvoir. Et si les deux femmes nous font sourires par leur cynisme, Olivia Colman en reine Anne reste sans doute la plus délirante. Qu’elle se goinfre de gâteaux tout en les vomissant, crie désespérement sur un jeune servant ou simule un malaise, l’actrice vue dans Broadchurch et Tyrannosaur est incroyable dans la peau de cette reine dépassée par le chagrin, affaiblie par la maladie et embourbée dans les manipulations sexuelles de ses favorites.

Ainsi, La Favorite est une oeuvre féministe mordante et jouissive où le sens de l’absurde de Lanthimos se perpétue, tout en étant plus accessible. Là où  Canine et Alps étaient des oeuvres un peu trop perchées, The Lobster trop allégorique et Mise à mort du cerf trop clinique, ce dernier long-métrage pourrait bien permettre à Lanthimos de se faire un nom auprès du grand public. Il était temps ! Ecran Large

Grâce à Dieu

drame franco-belge de François Ozon (2h17)

Synopsis

Alexandre vit à Lyon avec sa femme et ses enfants. Un jour, il découvre par hasard que le prêtre qui a abusé de lui aux scouts officie toujours auprès d’enfants. Il se lance alors dans un combat, très vite rejoint par François et Emmanuel, également victimes du prêtre, pour « libérer leur parole » sur ce qu’ils ont subi. Mais les répercussions et conséquences de ces aveux ne laisseront personne indemne.

Critiques 

La famille catholique et lyonnaise d’Alexandre (Melvil Poupaud) ressemble de loin aux clans bourgeois que l’auteur aimait naguère à mettre en pièces. Il filme pourtant sans ironie cette existence réglée, un peu désuète. Elle n’est pas menacée par la mémoire ravivée des agressions dont Alexandre a été victime ni par les manœuvres du diocèse pour éviter que le père de famille ne fasse éclater le scandale au grand jour.

Le désordre, on le trouve plutôt chez François (Denis Ménochet), qui a refoulé le souvenir des agressions jusqu’à ce que le séisme déclenché par les démarches d’Alexandre ne finisse par secouer les fondations de son existence. Furieux, caustique, il peine à ajuster sa colère aux nécessités des procédures. Emmanuel (Swann Arlaud), la dernière figure de ce triptyque, est sans doute la plus proche des univers habituels de François Ozon. Laissé à la dérive par les blessures reçues pendant son enfance, il attend de la lutte du collectif créé par Alexandre et François qu’elle l’aide à se reconstruire.

Cette structure s’impose à la vision du film, sans en faire une démonstration. François Ozon l’insère dans une collectivité qui s’enrichit sans cesse de parents (Josiane Balasko est discrètement bouleversante dans le rôle de la mère d’Emmanuel), d’amis, mais aussi de « perpétrateurs ». La figure du père Preynat hante le film. On le voit silencieux dans les quelques flash-back qui mettent en scène les agressions dans une lumière estivale. Bernard Verley en fait un être désorienté par le retrait du soutien de l’Eglise, livré à lui-même.

Montrant la contagion de l’action collective (et ses limites, dans une belle séquence à la fin du film), traitant sèchement, sans cruauté inutile, de l’incompréhension si peu charitable de la hiérarchie catholique, qui trouve son essence dans la phrase qui donne son titre au film (« la majorité des faits, grâce à Dieu, sont prescrits »), prononcée par le cardinal Barbarin (François Marthouret), François Ozon réussit, en plus de la chronique sensible d’un drame collectif, un film politique. Thomas Sotinel, Le Monde

À la fois cinéaste et scénariste, François Ozon clame haut et fort ne pas vouloir livrer avec Grâce à Dieu « un film à charge contre l’Église ». L’idée reste sur le papier terre-à-terre en cela que les ambitions primaires du film sont de dresser des portraits d’hommes meurtris, victimes de la pédophilie. Mais dès l’introduction, on sent qu’Ozon, scénariste, et Ozon, cinéaste, se mènent un combat qui les oppose farouchement. Le plan d’ouverture du long métrage est particulièrement symptomatique de ce conflit d’ambitions : un homme d’Eglise avance lentement, de dos, vers la métropole. La caméra le suit en travelling alors que, dans une pose messianique, l’ecclésiastique semble dominer la ville qui s’étend à perte de vue, en toute impunité.
Structurée par quelques cadres iconiques, la porte d’entrée du nouvel Ozon semble détachée du reste de la réalisation parce qu’elle permet, consciemment ou inconsciemment, de faire valoir sa fonction cinématographique à une audience qui n’est pas dupe. Car si le public va devoir regarder les trois personnages principaux droit dans les yeux durant les 2 heures 17 de projection, ce n’est absolument pas le cas de l’homme de Dieu qui lance le récit lorsqu’apparaît sobrement le titre Grâce à Dieu à l’écran.
La construction qui fait suite à cette posture christique va finalement aborder le sujet de l’œuvre de façon plus traditionnelle, mais avec beaucoup de subtilité. En choisissant d’alterner les points de vue des trois personnages principaux (excellents Poupaud, Ménochet et Arlaud), aux horizons sociaux et culturels complètement différents, le cinéaste se permet quelques digressions sociétales, inscrivant son étude dans une instantanéité que peu de ses confrères français réussissent à accomplir avec autant de talent. Comme il l’avait affirmé lors dès prémices du projet, Ozon soulève moult questions lancées dans une toile diégétique tissée par des recherches que l’on sent très poussées, mais demeure bien incapable de livrer toutes les réponses attendues. C’est la grande force, mais aussi l’une des rares faiblesses du film, lorsque celui-ci pèche par excès de didactisme. On peut effectivement se questionner quant à la pertinence de certaines lettres lues dans leur intégralité en voix off… Mais reprocher au cinéaste cette façon de faire reviendrait à passer sous silence la capacité de son cinéma à orchestrer des images qui viennent désavouer les discours (une fois de plus, la scène d’introduction).
Mais l’éclatante réussite du film, celle qui coïncide avec l’ambition d’objectivité absolue dans le traitement des enjeux, découle de l’admirable gestion des points de vue. Lors des scènes d’échanges entre les victimes et leur prédateur, principalement de « simples » champs-contrechamps, le prédateur en question (qui ne niera à aucun moment les charges retenues) est montré comme un homme démuni face à ses agissements, il se présente comme étant « malade ». On bascule dès lors dans une nouvelle mise en scène, qui s’éloigne des figures symboliques religieuses des premières secondes Conscient de la valeur journalistique de son scénario, Ozon n’a d’autre choix que de viser le réalisme et il ni y a rien à spoiler en affirmant qu’on quittera le film par une porte de sortie bien différente de celle par laquelle on est entré. Afin que l’on puisse croire à cette honte chevillée aux corps des individus blessés, mais surtout leur incertitude globale quant à l’avenir, le metteur en scène bâtit un dernier acte grandiose où les réponses dramatiques restent forcément « dans l’air ». Pour que tout ce à quoi on assiste paraisse si vrai, si palpable, il est indispensable que les comédiens habitent pleinement leurs personnages, ce qu’ils font indéniablement. Mais il ne faut surtout pas oublier que si le long métrage est aussi intense, poignant et humble dans les limites imposées par sa propre nature, c’est que François Ozon est devenu l’un des meilleurs directeurs d’acteurs français en activité… Grâce à Dieu, l’un des plus grands films de son auteur !pour se river scrupuleusement à une étude conduite à hauteur d’homme. A voir A lire

Une intime conviction

film français d’Antoine Raimbault (1h50)

Synopsis

Depuis que Nora a assisté au procès de Jacques Viguier, accusé du meurtre de sa femme, elle est persuadée de son innocence. Craignant une erreur judiciaire, elle convainc un ténor du barreau de le défendre pour son second procès, en appel. Ensemble, ils vont mener un combat acharné contre l’injustice. Mais alors que l’étau se resserre autour de celui que tous accusent, la quête de vérité de Nora vire à l’obsession.

Critiques 

Eric Dupond-Moretti fait partie de ces avocats internationalement admirés, qui deviennent une véritable référence dans leur métier : mais ce qui caractérise Dupond-Moretti, au-delà de sa connaissance parfaite du Droit et de ses analyses créatives mais rigoureuses, c’est son utilisation brillante – et implacable – de la présomption d’innocence, pierre de touche de la Justice… souvent malmenée dans les faits. La grande intelligence du film remarquable d’Antoine Raimbault, ce n’est pas seulement de confier le rôle de Dupond-Moretti au génial Olivier Gourmet, qui ajoute ici un nouveau personnage inoubliable à son extraordinaire filmographie, mais aussi de faire de « Une Intime Conviction » une démonstration parfaite de la force de ce principe… quitte à tendre au spectateur, qui ne s’y attend pas forcément, un piège particulièrement malin.

Ce piège prend la forme du seul personnage de fiction de ce film – consacré au Procès d’Assises de la célèbre affaire Viguier, avec son coupable parfait, haïssable et cloué au pilori par la rumeur et par la presse : solidement incarnée par Marina Foïs, Nora porte cette fameuse « intime conviction », qui va la conduire à une plongée de plus en plus radicale, puis autodestructrice, dans le fameux procès. La conviction du personnage, la manière obstinée dont elle travaille sur les enregistrements téléphoniques mis pour la première fois à la disposition de la défense de Viguier, vont naturellement conduire le spectateur, emporté par l’énergie du film, narré et monté « à l’américaine » (c’est d’ailleurs le seul reproche objectif qu’on puisse lui faire…), à s’identifier à elle et à adhérer à ses croyances, à vouloir forcément trouver le « coupable », comme dans « un roman policier » (c’est d’ailleurs le commentaire ironique que lui fait Dupont-Moretti). Souhaitant de toutes ces forces assister à un thriller jouissif, construit sur la découverte d’indices nouveaux, sur des coups de théâtre tonitruants, etc. etc., le spectateur s’éloigne de plus en plus lui aussi des principes de la véritable Justice : comme le dit magistralement Dupond-Moretti dans sa plaidoirie finale, sommet logique du film, nous voulons « juger, pas rendre la Justice ». Et comme Nora qui assiste interloquée à la démonstration de l’impasse dans laquelle elle s’est fourvoyée, nous nous réveillons avec la gueule de bois : nous ne saurons pas la Vérité – sans doute ne la saurons-nous jamais -, mais Justice aura été rendue.

Le thriller palpitant qui nous a cloué sur nos sièges, le film de procès emblématique qui nous a enthousiasmé (et en particulier cette terrible scène de l’audition de la baby-sitter…), tout cela n’était que faux-semblants. Des baudruches qui se dégonflent lamentablement… Mais nous avons compris, un peu mieux au moins, ce qu’est la Justice. Merci à Eric Dupond-Moretti de la défendre aussi bien. Merci à Gourmet, Foïs et Raimbault d’avoir fait un film aussi intelligent sur un sujet aussi… théorique, mais fondamental. Eric Pokespagne sur Sens Critique 

Le réalisateur s’inspire de faits réels — la disparition de Suzanne Viguier et le deuxiè­me procès, en 2010, de son époux, défendu par Eric Dupond-Moretti —, mais ajoute un beau personnage inventé : Nora, jurée lors du procès en appel, animée d’une intime conviction si puissante qu’elle s’impose au défenseur pour l’aider sur le dossier, de jour comme de nuit, sacrifiant sa propre vie. Une sorte d’Erin Brockovich sans sourire.

Au-delà des scènes de tribunal, immersives et fidèles à la procédure judiciaire française (pas d’« objection votre honneur ! » à l’américaine), le film captive en s’attachant à la quête de vérité compulsive de cette justicière ordinaire, avec une mise en scène toute en pulsations nerveuses. Qui, de Marina Foïs, proche de la transe, ou d’Olivier Gourmet, royal dans la robe du célèbre avocat, est le plus impressionnant ? Verdict impossible. Guillemette Odicino, Télérama

Celle que vous croyez

Drame français de Safy Nebou (1h41)

Synopsis

Pour épier son amant Ludo, Claire Millaud, 50 ans, crée un faux profil sur les réseaux sociaux et devient Clara une magnifique jeune femme de 24 ans. Alex, l’ami de Ludo, est immédiatement séduit. Claire, prisonnière de son avatar, tombe éperdument amoureuse de lui. Si tout se joue dans le virtuel, les sentiments sont bien réels. Une histoire vertigineuse où réalité et mensonge se confondent.

Critiques

Safy Nebbou était l’un des deux représentants français de la section Berlinale Spécial. Un choix assez évident pour un film au casting français imposant, dont le rôle principal est tenu justement par la présidente du jury de cette édition 2019. Moins de l’ordre du face à face entre une patiente et sa psychiatre, que du récit d’une liaison amoureuse, le film permet de poser de multiples question sur le rapport des femmes au vieillissement, le besoin de séduire, la jalousie, mais aussi la relation entre virtuel, fantasme et désir.Avec des dialogues finement ciselés, cette histoire que l’on peut considérer comme construite « en trois actes« , et qui à l’image d’une patiente, ne livre pas tous ses secrets d’un coup, touche autant qu’elle fait froid dans le dos, révélant l’inconscience des uns et des autres. Visant souvent dans le mille en ce qui concerne le sentiment de culpabilité, le film repose principalement sur les échanges entre deux actrices au meilleur de leur forme, Nicole Garcia et Juliette Binoche, tout comme sur la prestation vocale de François Civil, dont c’est décidément l’année, après son récent prix d’interprétation au Festival de l’Alpe d’Huez. Olivier Bachelard, Abus de Ciné
Se cacher derrière une nouvelle identité pour se réinventer, ou pour voler un bonheur auquel on pense avoir droit : cette obsession tenaille Claire. En adaptant le roman de Camille Laurens, le réalisateur aborde plusieurs vertiges : la peur de vieillir, bien sûr, et de l’abandon, mais aussi le mystère amoureux, où les mots et la voix de l’être désiré comptent autant que l’enveloppe charnelle. Le réalisateur donne, d’ailleurs, une construction savante au récit, surprenant jusqu’à la fin, et entretient le suspense par sa mise en scène des messages écrits et des appels téléphoniques. De même, une thérapeute-confidente (Nicole Garcia) finit par prendre des allures de détective, sur la belle musique de polar signée Ibrahim Maalouf.

Plus que la toxicité des réseaux sociaux où tout peut s’inventer, c’est bien le mensonge, aux autres et à soi, qui est décortiqué dans ce thriller romanes­que et singulier. Face à François Civil, parfait en romantique moderne, Juliette Binoche a rarement été aussi fascinante : égarée ou sensuelle, elle fait fusionner Claire et Clara dans son apparence même, comme si l’amour la rajeunissait. Une nouvelle Mme de Merteuil pour ces liaisons dangereuses virtuelles. Guillemette Odicino, Télérama

Minuscule 2 – Les Mandibules du Bout du Monde

Film d’animation de Thomas Szabo et Hélène Giraud (1h32)

Synopsis

Quand tombent les premières neiges dans la vallée, il est urgent de préparer ses réserves pour l’hiver. Hélas, durant l’opération, une petite coccinelle se retrouve piégée dans un carton… à destination des Caraïbes !
Une seule solution : reformer l’équipe de choc ! La coccinelle, la fourmi et l’araignée reprennent du service à l’autre bout du monde. Nouveau monde, nouvelles rencontres, nouveaux dangers… Les secours arriveront-ils à temps ?

Critiques

Entièrement français, ce second opus est encore plus réussi que le précédent. Une poésie et une invention à couper le souffle – Délocalisé dans la jungle et sur les plages de Guadeloupe après un prologue dans le parc du Mercantour, en écho au premier épisode qui s’y dérou­lait en intégralité, le film repose sur une belle histoire de solidarité entre insectes pour retrouver la coccinelle perdue. D’où des scènes tantôt comi­ques (les courses-poursuites), tantôt dramatiques (la cérémonie funéraire), et toujours d’une poésie et d’une invention à couper le souffle. Le message écologique sur les dégâts causés par l’avidité des hommes ne prend jamais le pas sur le récit. Les affrontements épi­ques entre les fourmis rouges et noires du premier épisode s’inspiraient ouvertement du Seigneur des anneaux et des codes du western. Cette fois, les aventures tropicales de la coccinelle citent Fitzcarraldo ou l’Homme de Rio. Avec ces allers-retours cons­tants entre ancien et moderne, le cartoon à la française atteint la perfection. Télérama

Une odyssée inventive et drôle – Dans Minuscule, la Vallée des fourmis perdues (long-métrage sorti en 2014), deux bandes rivales de fourmis se crêpaient férocement le chignon pour une boîte de sucre. Une guerre filmée à hauteur d’herbe et de racines, l’œil rivé au sol, à la façon des documentaires animaliers. En entreprenant le voyage vers les Caraïbes, Minuscule 2. Les Mandibules du bout du monde prend de la hauteur et emprunte une autre voie, celle du récit d’aventure. Les deux auteurs, Thomas Szabo et Hélène Giraud, l’ont voulu ainsi, soucieux avant tout de se renouveler, plutôt que de se reposer sur leurs lauriers et le César qui, en 2015, avait couronné leur premier film d’animation.

Trois personnages – la coccinelle, la fourmi et l’araignée – se retrouvent dans les deux films. Au même titre que la drôlerie, la magnificence des paysages, l’inventivité du récit, de l’image et des bruitages. Demeure également le procédé cinématographique qui consiste à tourner en décors réels et à y intégrer, ensuite, les insectes filmés en images de synthèse. Ce lien assure une continuité que le cadre ouvre, cependant, à d’autres horizons et à un champ plus large des possibles.

Le dépaysement bouscule les petits héros du film. Il semble aussi avoir créé chez les auteurs une véritable jubilation

Car en les entraînant dans les airs, sur les mers, dans le ventre d’un requin ou dans des grottes, Minuscule 2. Les Mandibules du bout du monde expose ses bestioles à un autre bestiaire et à de nouvelles péripéties. Le dépaysement bouscule les petits héros du film. Il semble aussi avoir créé chez les auteurs une véritable jubilation, si l’on en juge par le nombre de pistes qu’emprunte le récit, à la fois conte fantastique, odyssée et fable écologique. Et la liberté de mouvement que s’autorise la mise en scène, plus ample et plus fluide que dans le premier volet.

L’histoire n’évite pas toujours les digressions trop longues qui en font parfois perdre un peu le cap. Qu’importe. Les bébêtes retombent toujours sur leurs pattes. La magie qui s’opère dans cette rencontre de l’infiniment grand et de l’infiniment petit reste intacte. Et, dans ce virage qui l’emmène sous les tropiques, la saga produite par la société française Futurikon continue d’enchanter. Véronique Cauhapé, LE MONDE

Green Book

Drame-Biopic américain de Peter Farrelly (2h10)

Synopsis et détails

En 1962, alors que règne la ségrégation, Tony Lip, un videur italo-américain du Bronx, est engagé pour conduire et protéger le Dr Don Shirley, un pianiste noir de renommée mondiale, lors d’une tournée de concerts. Durant leur périple de Manhattan jusqu’au Sud profond, ils s’appuient sur le Green Book pour dénicher les établissements accueillant les personnes de couleur, où l’on ne refusera pas de servir Shirley et où il ne sera ni humilié ni maltraité.

Dans un pays où le mouvement des droits civiques commence à se faire entendre, les deux hommes vont être confrontés au pire de l’âme humaine, dont ils se guérissent grâce à leur générosité et leur humour. Ensemble, ils vont devoir dépasser leurs préjugés, oublier ce qu’ils considéraient comme des différences insurmontables, pour découvrir leur humanité commune.

Extraits de la critique de Sarah Ugolini, Le Quotidien du Cinéma

Quand l’humour et l’amitié viennent à bout des préjugés. C’est la leçon de tolérance que vient nous enseigner « Green Book : Sur les routes du sud ». Un road movie classique et esthétique qui nous plonge au cœur de l’Amérique ségrégationniste des années 60. Mais si le racisme ordinaire de l’époque est omniprésent tout au long de ce film tiré d’une histoire vraie, le centre de l’intrigue reste la naissance d’une amitié entre deux hommes que tout oppose. Cette fresque historique nous fait vivre la rencontre improbable entre Tony Lip, une brute épaisse ventripotente, peu cultivée et aux manières aussi rustres qu’hilarantes, et le Dr Don Shirley, un pianiste noir homosexuel aussi brillant que raffiné et distingué.
Le road trip de ce duo saugrenu qui quitte New York pour vivre l’aventure sur les routes du sud est donc le postulat de départ du film, dont le titre « Green Book » fait référence au guide utilisé par les automobilistes noirs pour les guider en voyage. Il comprenait notamment les hôtels, restaurants et autres établissements réservés aux Afro-Américains.

Au cœur de ce road movie, le duo comique formé par ce dandy confronté à un ours mal léché donne lieu à des répliques bien senties hilarantes, tant le contraste de leurs tempéraments est grand. Dr Shirley est un esthète dont la rigueur frôle parfois la rigidité, alors que Tony est une caricature d’exhubérance et de volubilité italienne qui jure, fume et mange (souvent les deux à la fois) avec un manque de finesse et de subtilité flagrants.

Leur confrontation donne lieu à des comiques de situation irrésistibles. Je fais notamment référence au moment de la dégustation du poulet frit qui est d’une drôlerie savoureuse pour le spectateur. Peu à peu la joie de vivre communicative de Tony va adoucir l’aspect hautain et autoritaire de Don, qui cache en réalité un mal-être et une profonde solitude.

En retour, l’intelligence et la culture du pianiste vont affiner les goûts de Tony en l’éveillant à la beauté de la musique classique. À son contact, il va s’élever et voir peu à peu disparaître les préjugés raciaux ancrés en lui durant des années par un mélange de clichés et d’ignorance. Une évolution du personnage incarnée par un Viggo Mortensen prodigieux de justesse, qui alterne subtilement humour et émotion.

L’hypocrisie de la ségrégation est mis en exergue par la situation sociale ambivalente de Don Shirley. Bien que riche et célébré en tant qu’artiste, il reste interdit de restaurants et d’hôtels prestigieux et est même privé de l’utilisation des toilettes chez les hôtes blancs chez lesquels il est invité à se représenter ! Un paradoxe qui trouve son paroxysme dans une phrase prononcée par un Don Shirley plein de colère et de douleur : « Donc si je ne suis pas assez noir et si je ne suis pas assez blanc, alors dis-moi Tony, je suis quoi ? »

Autant de manifestations insidieuses de la suprématie blanche qui règne alors en Amérique qui poussent les spectateurs à réfléchir, tant elles font écho à la hausse des crimes liés à la haine raciale dans les États-Unis de Donald Trump.

Viggo Mortensen est nommé pour le Golden Globe du meilleur acteur dans un film musical ou une comédie. Une nomination plus que méritée pour cet acteur de génie qui prouve une nouvelle fois son talent de caméléon.

Mahershala Ali, oscarisé l’année dernière pour son rôle de trafiquant de drogue au grand cœur dans « Moonlight », est quant à lui nommé pour le Golden Globe du meilleur acteur dans un second rôle. Une distinction entre les deux acteurs que l’on peut presque regretter tant la magie du film repose sur leur duo et leurs deux interprétations magistrales.

Après des comédies déjantées à l’humour potache, voire graveleux, telles que « Dumb et Dumber » ou « Mary à tout prix », Peter Farelly fait de ce premier film en solo une ode bienveillante à la tolérance pleine d’humour et de dérision. À la fin de ce road movie, Oleg, un musicien de Don Shirley, affirme avec fierté pour son ami pianiste : « Le génie n’est pas suffisant, il faut du courage pour changer le cœur des gens.

Ce récit sentimental d’une humanité commune affirmée, nous incite à croire que rien n’est jamais perdu et qu’une histoire d’amitié peut parfois suffire à réduire à néant une vie entière de préjugés.

L’Express par Antoine Le Fur

Pourtant, loin d’être moralisateur, « Green Book » est un film bourré d’humour, dont les joutes verbales entre les deux personnages promettent de faire le bonheur des cinéphiles […]. Si le film fonctionne si bien, c’est sans doute dû à l’alchimie régnant entre ses deux comédiens à forts potentiels oscarisables, Viggo Mortensen et Mahershala Ali.

Mathias the Watcher sur Sens Critique

Alors autant le dire tout de suite, ce film est brillant non pas par sa réalisation mais par son duo d’acteurs. Ali & Mortensen sont juste impeccables tout du long (si on occulte le fait que la prestation d’Ali jouant l’homme bourré n’est pas tellement convaincante). Et c’est cette relation entre deux hommes qui n’ont rien en commun qui va arriver à tirer les bonnes cordes pour nous émouvoir. Un génie plongé dans sa solitude car le monde peut comprendre son art mais ne peut pas accepter sa personne et ceux qui peuvent accepter sa personne ne peuvent comprendre son art. Un génie qui va trouver un sens aux choses sous le regard du rustre de service. Une amitié improbable, n’ayons pas peur des mots, une bromance ! Le film est par moment vraiment drôle, par moment vraiment dur (sans jamais rentrer dans la dureté insoutenable de certaines exactions de l’époque) et parfois un peu stéréotypé également (ce qui n’était pas nécessaire mais ne gêne pas vraiment la vision du film à mon sens).

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