Du 27 mars au 2 avril 2019 à l’Apollo Ciné 8

Par Sophie, le 27 mars 2019

A l’Apollo Ciné 8 cette semaine du 27 mars au 2 avril 2019, Les Eternels de Jia ZhangkeArctic de Joe PennaWardi (Animation) de Mats Grorud, Ma vie avec John F. Donovan de Xavier DolanDumbo de Tim Burton et Convoi Exceptionnel de Bertrand Blier, au tarif Rochefort sur Toile : 6€ toutes les séances

Les Eternels – Ash is purest white

Drame  chinois de Jia Zhangke  (2h15)

Synopsis

En 2001, la jeune Qiao est amoureuse de Bin, petit chef de la pègre locale de Datong.
Alors que Bin est attaqué par une bande rivale, Qiao prend sa défense et tire plusieurs coups de feu. Elle est condamnée à cinq ans de prison.
A sa sortie, Qiao part à la recherche de Bin et tente de renouer avec lui. Mais il refuse de la suivre.
Dix ans plus tard, à Datong, Qiao est célibataire, elle a réussi sa vie en restant fidèle aux valeurs de la pègre.
Bin, usé par les épreuves, revient pour retrouver Qiao, la seule personne qu’il ait jamais aimée…

Séances en Version Originale (VO)
Me.27 Je.28 Ve.29 Sa.30 Di.31 Lu.1 Ma.2
17h45 19h45 17h45 17h45 17h45 17h45

Critiques

Dans une Chine en proie à de violentes mutations, la métamorphose d’une femme qui s’est sacrifiée pour son amant. Une fresque noire, implacable.

« Bientôt, tout ceci ne sera que ruines sous l’eau », dit un guide touristique à propos d’un village, sur le futur site du barrage des Trois-Gorges, au cœur de la Chine. Nous sommes alors en 2006, au milieu du film, et la formule claque d’autant plus qu’elle exprime parfaitement le vertige procuré par Les Eternels. Tout — les liens comme les lieux — y semble voué à une violente transformation, sinon à une destruction sans appel.

Avec Au-delà des montagnes (2015), Jia Zhang-ke avait trouvé ses marques dans la fresque romanesque, courant sur une vingtaine d’années, embrassant à la fois le destin de quelques personnages et celui de la Chine contemporaine. Il raffine encore son art dans ce film noir, qui commence en 2001, avec l’idylle de Qiao, fille de mineur, et d’un petit chef de la pègre locale. C’est le temps de l’ouverture à l’Ouest, des discothèques improvisées, du reflux de l’activité minière et de toutes les traditions héritées de l’ère maoïste. Le premier chapitre de cette histoire s’arrête net quand la jeune fille, amoureu­se et exaltée par ses nouvelles fréquentations, doit s’emparer elle-même de l’arme de son amant et en user pour le défendre. S’ensuivent cinq années de prison pour elle, englouties dans une ellipse.

Les admirateurs du cinéaste (près de trois cent mille spectateurs français pour son précédent film) peuvent reconnaître au passage des bribes de Plaisirs inconnus (2002) ou de Still Life(2006), entre autres. Depuis la fin des années 1990, Jia Zhang-ke chronique les mutations de la Chine en temps réel. Il est ainsi devenu le témoin majeur d’un changement de civilisation, inscrivant ses protagonistes dans des décors en chantier perpétuel, de plus en plus surdimensionnés. Pour lui, se retourner, avec ce nouvel opus, sur les deux dernières décennies de son pays consiste aussi à revisiter sa propre filmographie, grâce notamment à des images non utilisées en leur temps.

Mais ignorer ces autocitations n’enlève rien à l’extraordinaire force des Eternels. Quand les deux amants se retrouvent après la longue parenthèse carcérale, ils sont encore jeunes, irrévocablement marqués l’un par l’autre. Pourtant on ne les verra plus jamais s’étreindre. Qiao a parcouru des milliers de kilomètres pour retrouver son homme et le découvrir changé, profondément infidèle, à la fois à la pègre (au profit du capitalisme sauvage et légal, quelle ironie !) et à leur amour, alors qu’elle s’est sacrifiée pour lui. Un face-à-face dans une chambre aux lumières jaunes comme l’amertume donne à cette trahison une résonance inoubliable.

Le film raconte alors un transfert de pouvoirs et de personnalité — avec, incidemment, un humour sec, cinglant. Qiao devient, en quelque sorte, celui qu’elle avait choisi. Brisée, agressée, mais violente s’il le faut, elle endosse la droiture de la pègre à l’ancienne et reprend le chemin de sa région natale pour y régner en patronne. Zhao Tao, épouse et muse de Jia Zhang-ke — huitième collaboration depuis Platform, en 2000 —, presque tout le temps à l’image, crée là une héroïne grandiose par sa fidélité et son endurance.

Avant le dernier et implacable chapitre (contemporain) de cette épopée, façon « ni avec toi ni sans toi », un moment d’anthologie montre la jeune femme entre deux trains à grande vitesse, tentée de suivre un voyageur inconnu. C’est un mythomane fragile, héraut et victime du nouveau capitalisme, qui lui ment, et à qui elle ment. Il y a alors comme un appel d’air, l’esquisse d’une échappée possible… Mais non : il faut affronter son destin, même si ce destin ressemble à un paysage après l’incendie. Car, comme le dit le magnifique titre original, la blancheur de la cendre est la plus pure. Louis Guichard, Télérama

Jia Zhang-ke a su ausculter en vingt ans de nombreux aspects de la Chine contemporaine. Avec le farouchement violent A Touch of Sin, il a élargi son public avec une réflexion puissante sur la violence urbaine. Les premières minutes des Eternels semblent apporter une nouvelle pierre à son édifice de réalisateur implacable. On y retrouve la représentation d’une vie citadine phagocytée par une pègre omniprésente, et l’imagerie jouant sur les effets de lumières –à commencer par l’opposition entre violence (en rouge) et innocence (en vert). Tout est fait pour nous replonger dans cet univers sanglant et déshumanisé. Et pourtant, contre toute attente, le cinéaste va brutalement, après une scène dont la violence est plus déchaînée encore que dans les deux films susnommés, nous extirper dès la fin du premier tiers de son long-métrage. Ou, plus précisément, en extirper son héroïne, incarnée par son épouse dans la vie, Zhao Tao. Elle y incarne Qiao, une ancienne danseuse, venue de la campagne, et tombée sous le charme de Bin, un caïd local. L’ingéniosité de Jia Zhang-ke est de ne pas s’être fourvoyé dans une exposition didactique des coulisses du système criminel qui lui sert de contexte, le rendant plus nébuleux et ainsi plus angoissant. Vues par les yeux de sa femme, les activités de cet homme d’affaires aux méthodes expéditives restent floues, se limitant finalement à la gestion d’une salle de jeux où elle assure le service à des clients peu recommandables. Mais Qiao l’aime et son influence néfaste sur elle est telle qu’elle est prête à se sacrifier pour lui. Ne nous permettant pas de mesurer à quel point cet amour est réciproque, le film nous met dans un état de malaise émotionnel dont on ne sortira jamais vraiment. Le schéma scénaristique que prend ensuite le long-métrage semble pourtant tout tracé : mis à l’écart, le couple va se retrouver, se reformer et opérer une vendetta qui les ramènera aux commandes de leur réseau mafieux. Tout paraît écrit d’avance, et c’est assurément pour cela que voir le réalisateur prendre à revers nos attentes apparaît, de sa part, comme un pari audacieux. Et réussi.

S’aventurant alors dans un univers cinématographique loin du sien, plus rural et léger, Jia Zhang-ke trace le parcours de son héroïne en prenant le temps de lui autoriser quelques rencontres impromptues. Elles seront surtout l’occasion pour lui de faire d’elle une femme redoutable, pleine de malice, ce qui était loin d’être flagrant sous l’escarcelle de son homme. Mais elle n’en reste pas moins un être fragile, qui a besoin de se raccrocher à un idéal, qu’il s’agisse de celui que lui offrait Bin ou, par défaut, de celui du premier beau-parleur venu, quitte à se permettre de se plonger dans son imaginaire fantasque. Il s’offre alors au passage une scène ouvertement improbable, une incursion du fantastique que l’on n’attendait pas dans son oeuvre bressionienne. Et le retour du couple en ville n’offrira aucunement aux spectateurs l’explosion de violence qu’ils pouvaient en attendre. Ce chapitre final les emmène vers un retournement des rapports de force que l’on peut qualifier de féministe et une conclusion émouvante. Celle-ci répond à la question que l’on pouvait se poser à la vue des précédents films du réalisateur, de savoir si le microcosme ultra-violent qu’il y dépeignait est malgré tout propice à une histoire d’amour. Il n’en reste pas moins sévère sur l’état de son pays -son sujet de prédilection- puisqu’on peut voir la désillusion de son héroïne comme celle d’une nation entière dont la volonté obsessionnelle de changement ne mène à rien de joyeux.
Les longueurs qui auront précédé ce final poignant, mais surtout l’usage maladroit de certaines ellipses, font de Les Eternels un film dans lequel il est aisé de se perdre. Pourtant, l’intensité du jeu de Zhao Tao est telle que l’on se plaît à rester auprès d’elle pendant plus de deux heures, partageant pleinement les espoirs et les désillusions de son personnage. Julien Dugois, àVoir-àLire

Arctic

Film islandais de Joe Penna aventure, thriller (1h37)

Synopsis

En Arctique, la température peut descendre jusqu’à moins –70°C. Dans ce désert hostile, glacial et loin de tout, un homme lutte pour sa survie. Autour de lui, l’immensité blanche, et une carcasse d’avion dans laquelle il s’est réfugié, signe d’un accident déjà lointain. Avec le temps, l’homme a appris à combattre le froid et les tempêtes, à se méfier des ours polaires, à chasser pour se nourrir… Un événement inattendu va l’obliger à partir pour une longue et périlleuse expédition pour sa survie. Mais sur ces terres gelées, aucune erreur n’est permise…

Séances en Version Originale (VO)
Me.27 Je.28 Ve.29 Sa.30 Di.31 Lu.1 Ma.2
18h00 18h00 18h00 18h00 11h10 18h00
20h00 18h00 20h15

Critiques

Le réalisme passe par le jeu fascinant de l’acteur danois Mads Mikkelsen. Il ne prononce que quelques courtes phrases, mais par un langage corporel souvent subtil, il communique la fatigue, le découragement, l’espoir, la joie, la peur, la tendresse et une volonté de survie presque inébranlable. Presque.
De toute évidence, son personnage s’y connaît en techniques de survie et s’attèle à sa tâche avec méthode et détermination. La beauté passe par les paysages arctiques (le film a été tourné en Islande) et, surtout, par la lumière du Grand Nord, cette lumière changeante au gré du temps.
La réalisation fait confiance à l’intelligence des spectateurs, elle se fait avare d’explications. Elle communique l’information nécessaire, et pas plus, par de petites touches visuelles.
Arctic se caractérise ainsi par la sobriété. Le rythme est lent, la musique se fait subtile, le suspense s’installe insidieusement. Les quelques épisodes qui viennent secouer les spectateurs sont d’autant plus marquants.  Marie Tison, La Presse Montréal

Le risque est que la lassitude pointe parfois, mais en tirant « Arctic » vers le versant zen et existentialiste du genre, en préférant utiliser, plutôt que les coups de théâtre à répétitions, l’immuable cirque de montagnes enneigées, le film exprime aussi bien que ses prédécesseurs la totale indifférence du monde vis-à-vis des créatures qui s’y agitent. Elisabeth Franck-Dumas, Libération

Avec en point d’orgue un combat à mains nues contre un ours polaire, Mikkelsen porte le film sur ses épaules plus monolithique que jamais et sans dialogue… François Rieu, Première

Wardi

film d’animation norvégien, français, suédois de Mats Grorud (1h20)

Synopsis

Beyrouth, Liban, aujourd’hui. Wardi, une jeune Palestinienne de onze ans, vit avec toute sa famille dans le camp de réfugiés où elle est née. Sidi, son arrière-grand-père adoré, fut l’un des premiers à s’y installer après avoir été chassé de son village en 1948. Le jour où Sidi lui confie la clé de son ancienne maison en Galilée, Wardi craint qu’il ait perdu l’espoir d’y retourner un jour. Mais comment chaque membre de la famille peut-il aider à sa façon la petite fille à renouer avec cet espoir ?
Séances en Version Française (VF)
Me.27 Je.28 Ve.29 Sa.30 Di.31 Lu.1 Ma.2
13h30 13h30 11h10
18h00 18h00 13h30

Mon objectif était de réaliser un film qui semble aussi réaliste que possible aux yeux des Palestiniens qui vivent au Liban. Les personnages sont tous inspirés de mes amis et de leur famille. J’ai relié des commentaires entendus dans le camp à des informations tirées des entretiens que nous avons menés. Nous souhaitions faire un film sur le passage du temps : le passé, le présent et le futur à travers Wardi, son arrière-grand-père Sidi et le mystérieux Pigeon Boy. Je souhaitais créer un lien entre la nouvelle et l’ancienne génération.

Critiques

Wardi alterne des flash-back en dessins 2D pour évoquer les grandes dates du conflit au Proche-Orient (le massacre des camps de Sabra et Chatila en 1982, le début de la première intifada en 1987…) et, surtout, des séquences en stop motion (animation en volume image par image) pour chroniquer le présent du camp de Bourj el-Barajneh, à Beyrouth. Les décors, bricolés avec les moyens du bord, témoignent de la précarité subie par les réfugiés, exclus du marché du travail. La mise en scène joue habilement du contraste entre les ruelles sombres du camp et l’immensité lumineuse du ciel, entre la sensation d’enfermement et l’aspiration à une vie meilleure.

Le design naïf des marionnettes rend le film accessible à un très large public, en facilitant l’empathie avec les personnages. A commencer par la petite héroïne, Wardi, une écolière de 11 ans dont l’optimisme se heurte au mal-être des adultes. Sa relation avec son arrière-grand-père, vieux sage qui n’a jamais revu sa Galilée natale après en avoir été expulsé, adolescent, lors de la création d’Israël, en 1948, propulse ce film attachant vers des sommets d’émotion. Samuel Douhaire, Télérama :

Pour réaliser son premier long-métrage d’animation, le cinéaste norvégien Mats Grorud s’est inspiré de sa propre histoire : sa mère, infirmière, a travaillé au Liban pendant la guerre civile. Par-delà les frontières du pays, le conflit israélo-palestinien a conduit de nombreux habitants de Palestine à trouver refuge sur le territoire libanais. De là ont poussé les camps de réfugiés, dont l’un d’entre eux, le camp de Burj El Barajneh, que Wardi prend pour cadre.
Porté par ses visites des camps au Liban et ses souvenirs d’enfance, passée au Caire, à Jérusalem et à Gaza, Gorurd livre un film en forme de miroir existentiel, en mettant en scène une jeune adolescente qui, suite à la maladie de son grand-père, qui menace de l’emporter, décide de connaître son passé social et familial, en interrogeant son entourage.
Wardi est une adolescente tout à fait comme il faut : elle est gentille, bien élevée, travaille bien à l’école et a pour ambition de faire des études et de devenir quelqu’un. Malheureusement, le cynisme et le pessimisme planent comme les ténèbres au-dessus des têtes de populations résignées. Face à cette abnégation et à la perspective de ne jamais rentrer en Palestine, Wardi décide de savoir d’où elle vient.
Quoi de mieux pour cela que d’interroger les membres de sa famille ? De sa mère à sa tante en passant par son oncle, chacun de ses proches va lui raconter, de son point de vue, et à sa manière, comment il est arrivé au camp, comment il a traversé les violences inouïes des conflits armés. Ainsi disposé, le récit rend un formidable hommage à ces gens qui ont tout perdu et tentent, aujourd’hui encore, de tout retrouver, à commencer par eux-mêmes.
Le film est également intéressant dans son utilisation de différentes techniques d’animation : les décors artisanaux et le design des personnages restituent à merveille l’ambiance des films en prise de vue réelle du Moyen-Orient. Les animations en volume et en 2D manifestent, chacune, une réalité temporelle (présent en stop-motion, passé en dessin traditionnel). Un mariage très audacieux, à l’heure où la 3D et les images de synthèse se taillent la part du lion de l’animation.
Sensible et bienveillant, Wardi prouve que, quelle que soit la région du monde dans laquelle on vit, les histoires des peuples se rejoignent, car connaître l’histoire de ses semblables impose de déjà connaître sa propre histoire : celle de sa famille.
 àVoir-àLire : un récit fort et tendre, au prisme du regard d’une jeune héroïne en quête de son passé.

Ma vie avec John F. Donovan

Drame de Xavier Dolan, canadien (2h03)

Synopsis

Dix ans après la mort d’une vedette de la télévision américaine, un jeune acteur se remémore la correspondance jadis entretenue avec cet homme, de même que l’impact que ces lettres ont eu sur leurs vies respectives.

Séances en Version Française (VF)
Me.27 Je.28 Ve.29 Sa.30 Di.31 Lu.1 Ma.2
19h50 15h35 15h35 20h00 20h10
Séances en Version Originale (VO)
Me.27 Je.28 Ve.29 Sa.30 Di.31 Lu.1 Ma.2
17h40 17h35 17h30 17h40 17h35

Critiques

Sur le papier avec son casting de stars 5 étoiles, ses moyens confortables et son look de film plus accessible et moins radical, on aurait pu croire que Dolan s’éloignait de l’essence de son cinéma. Grosse erreur. Derrière son côté clinquant (qui fait avant tout écho à ce que le film raconte), Ma Vie avec John F Donovan est sans doute l’œuvre la plus personnelle du génie québécois. Dolan s’y raconte beaucoup, intimement, passionnément, véritablement, mais sans jamais verser dans la projection nombriliste. A travers cette histoire de correspondance entre un jeune garçon qui rêve de cinéma et une star de télévision à succès, le metteur en scène se remémore l’époque où lui-même était un enfant solitaire et passionné, qui rêvait de devenir comédien et écrivait à Leonardo DiCaprio pour lui témoigner toute son admiration. Et au-delà des apparences trompeuses, Dolan reste Dolan avec ce nouvel effort. Le cinéaste ne sacrifie pas son style et ses thématiques sur l’autel du spectacle. À sa manière et preuve que le metteur en scène est capable de constamment se réinventer, Ma Vie avec John F Donovan est du pur Dolan dans l’âme, différent et pourtant connecté à sa filmographie, avec tout ce qui fait la force de son cinéma. Les personnages et l’intensité des émotions d’abord, une patte qui conjugue le formalisme stylisé, la sincérité du geste et l’authenticité ensuite, et enfin des thèmes forts, abordés frontalement avec cet éternel mélange de force du propos, d’intensité qui prend aux tripes, de poésie du langage et d’intelligence dans la manière de coudre ses idées entre elles. Et les idées sont justement très nombreuses dans cette nouvelle offrande cinéphile d’une densité vertigineuse. Avec une grâce qui force le respect tant l’équilibre et la maîtrise n’étaient pas des évidences devant le pari de ce puzzle au dispositif liant des récits séparés et emboîtés comme un jeu de poupées russes, Dolan parle d’amour maternel, de la dureté de l’enfance, du génie précoce, des contraintes de la vie d’artiste, des difficultés à vivre la différence et à supporter le rejet, de l’importance de trouver sa voie et surtout de savoir qui l’on est, des conséquences à l’affirmer dans un monde qui aime la standardisation, de la passion qui peut dicter une vie et des rêves, ou encore du star system et ses dérives critiquées avec virulence, le film renvoyant au show business et à Hollywood un miroir de sa terrible petitesse voire médiocrité. Il met aussi en garde contre la tentation des préjugés faciles, évoque la sensation d’étouffement dans une société uniformisante, souligne la complexité des sentiments et des liens familiaux, parle d’amour impossible, du poids des modèles inspirants et de la peur d’affirmer sa marginalité dans un monde qui pousse au secret par peur de perdre ce que l’on a construit… Car oui, en 019, il est encore difficile d’être gay et de le dire, surtout à Hollywood. Bref, énormément de choses, énormément de matériel en somme. Mais le plus fascinant dans l’histoire, c’est que rien de tout cela n’est expédié, rien n’est sous traité, survolé ou évoqué de manière superficielle. D’un désastre annoncé, Dolan a tiré un chef-d’œuvre où chaque idée, chaque propos, chaque couche de lecture existe en soi et pour soi dans un film multifacette qui donne du crédit et de la profondeur à tout ce qu’il aborde. A l’arrivée, Ma Vie avec John F Donovan est une leçon d’humanité, un portrait inspirant et une sincère déclaration d’amour au cinéma et à la vie en général. Le tout entre tendresse infinie et mélancolie cruelle, comme si le cœur de Dolan affrontait la difficulté du monde. Nicolas Rieux, Mondociné

Ma vie avec John F. Donovan est sans doute le film le plus optimiste de Xavier Dolan. La caméra frôle les cœurs de ses personnages, nimbée de couleurs chaudes, pour en capter l’intimité de leurs rêves. Ceux brisés de Sam, la mère de Rupert, incapable de faire le deuil d’une carrière perdue. Ou au contraire, ceux vifs et rempli d’espoir de Rupert, qui trouve en Donovan le refuge contre la méchanceté du monde. Il y a quelque chose de profondément émouvant en Rupert (épatant Jacob Tremblay), petit garçon brillant – et parfois un peu agaçant – victime de harcèlement scolaire, dans sa manière innocente de s’extasier devant son poste de télévision. Dans ce bref instant de bonheur aussi intime, dans cette admiration sans faille d’un personnage peut-être imparfait, mais qui redonne de la force, qui forge une barrière inébranlable contre la brutalité des autres. Le film livre alors une ode sensible aux idoles et au refuge nécessaire qu’elles procurent, notamment pour ceux que la différence exclue. On pourrait reprocher à Ma vie avec John F. Donovan de verser dans le pathos, notamment avec une musique originale trop présente, qui semble appuyer chaque scène dramatique. Xavier Dolan est pourtant meilleur lorsqu’il reste fidèle à lui-même, car le film propose de véritables moments de grâce dans l’intimité des scènes familiales, et de son frissonnant Stand by Me, repris par Florence + the Machine. Le réalisateur retrouve son obsession des relations mère et fils qu’il injecte dans les personnages complexes de Nathalie Portmann et Susan Sarandon, mères aimantes mais aveuglées par l’incompréhension.

Avec le recul, Ma vie avec John F. Donovan pourrait s’imposer comme un film majeur dans la filmographie de Xavier Dolan, à une période charnière de sa précoce carrière, pour l’expérience que celle-ci aura été pour son auteur et pour la débauche d’énergie (et d’âme) insufflée dans son processus de création. Un véritable challenge de longue haleine, complexe et enrichissant, avant que celui-ci ne retrouve ses repères plus familiers, avec son huitième projet – déjà tourné – Mathias et Maxime.

Au moment de refermer la page « John F. Donovan« , ce long-métrage à la production si contrariée, une certitude demeure pourtant pour celui qui clamait à Cannes que « tout est possible à qui rêve, ose, travaille et n’abandonne jamais » :  l’étoffe des rêves peut inspirer de grands films. Et offrir un rappel aux rêveurs les plus acharnés qu’ils ont leur place dans ce monde. LE BLEU DU MIROIR

Dumbo

Film américain de Tim Burton, Aventures (2h04)

Synopsis

Les enfants de Holt Farrier, ex-artiste de cirque chargé de s’occuper d’un éléphanteau dont les oreilles démesurées sont la risée du public, découvrent que ce dernier sait voler…

Séances en Version Française (VF)
Me.27 Je.28 Ve.29 Sa.30 Di.31 Lu.1 Ma.2
13h30 13h30 13h30 13h30 10h50 13h30 13h30
15h50 15h50 15h50 15h50 13h30 15h50 15h50
20h00 20h00 20h00 20h00 15h50 20h00 20h10
22h20 22h20 20h10

Critiques

Travaillant constamment la photographie et les textures, comme l’enchevêtrement de techniques en dur et du numérique, le réalisateur retrouve une richesse graphique qu’il paraissait avoir abandonnée. Et alors qu’il s’immerge totalement dans cette fable où ses thèmes récurrents s’égrènent les uns après les autres, il nous fait la surprise de l’émotion.

Elle prend de l’ampleur avec la déclaration d’amour au spectacle vivant qui structure le film. En particulier lors d’un dernier acte où les blessés se relèvent et où les bonimenteurs bonimentent, à la faveur d’une séquence qui s’amuse à multiplier les illusions au sein d’un même plan. Une séquence pour mieux en appeler au souvenir d’un cinéma analogique, à l’amour dévorant de trucage qu’on ne s’attendait à revoir dans un blockbuster de tonton Mickey.

Même la partition aussi envahissante que grossière de Danny Elfman ne peut rien y faire, pas plus que l’animation parfois vilaine du petit éléphant : il émane du film de purs saillies sentimentales, de longues plages d’émerveillement, auxquelles les remakes live de Disney ne nous avaient pas habitués.

Parce qu’à la manière d’un monstre de foire, Dumbo ne se laisse jamais appréhender ou attraper, qu’il déjoue les enjeux attendus et se renouvelle sans cesse, il touche au cœur.  Simon Riaux, Ecran Large

Grand cirque créatif mêlant des numéros d’une beauté infinie à la tristesse de l’envers du décor. Le rire est parfois cruel. Micro-critique de Vince490

Convoi Exceptionnel

Comédie franco belge de Bertrand Blier, 1h22

Synopsis

C’est l’histoire d’un type qui va trop vite et d’un gros qui est trop lent. Foster rencontre Taupin. Le premier est en pardessus, le deuxième en guenilles. Tout cela serait banal si l’un des deux n’était en possession d’un scénario effrayant, le scénario de leur vie et de leur mort. Il suffit d’ouvrir les pages et de trembler…

Séances en Version Française (VF)
Me.27 Je.28 Ve.29 Sa.30 Di.31 Lu.1 Ma.2
18h10 13h30 13h30 18h10 18h10 13h30 13h30
18h10 18h10 22h30 18h10 18h10
22h30

Critiques

Neuf ans que l’on avait plus eu ce plaisir jouissif de se régaler devant la folie du cinéma de Bertrand Blier. Le dernier long-métrage du cinéaste remonte à 2010, et son exquis Le Bruit des Glaçons, comédie noire où Albert Dupontel jouait le cancer de Jean Dujardin qui venait frapper à sa porte. Parce qu’il est rare, le cinéma de Blier en devient précieux. Joie et bonheur donc de savourer le retour de l’auteur de Buffet Froid et Tenue de Soirée avec Convoi Exceptionnel, un délire ubuesque qui réunit le tandem Christian Clavier et Gérard Depardieu, 17 ans après Astérix et Obélix : Mission CléopâtreMondociné

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