Du 3 au 9 avril 2019 à l’Apollo Ciné 8

Par Sophie, le 3 avril 2019

A l’Apollo Ciné 8 cette semaine du 3 au 9 avril 2019, Sibel de Çagla Zencirci et Guillaume GiovanettiLes Eternels de Jia ZhangkeArctic de Joe PennaWardi (Animation) de Mats GrorudDumbo de Tim Burton et Convoi Exceptionnel de Bertrand Blier, au tarif Rochefort sur Toile : 6€ toutes les séances

Sibel

Drame sentimental turc, réalisé par Çagla Zencirci et  Guillaume Giovanetti (1h35)

Synopsis

Sibel, 25 ans, vit avec son père et sa sœur dans un village isolé des montagnes de la mer noire en Turquie. Sibel est muette mais communique grâce à la langue sifflée ancestrale de la région. Rejetée par les autres habitants, elle traque sans relâche un loup qui rôderait dans la forêt voisine, objet de fantasmes et de craintes des femmes du village. C’est là que sa route croise un fugitif. Blessé, menaçant et vulnérable, il pose, pour la première fois, un regard neuf sur elle.
Séances en Version Originale (VO)
Me.3 Je.4 Ve.5 Sa.6 Di.7 Lu.8 Ma.9
18h00 20h15 13h30 17h55 11h10 20h15 20h15
17h55 20h15

Critiques

L’émancipation d’une jeune muette face à l’intolérance de son village isolé. L’actrice Damla Sönmez, déjà star en Turquie, illumine ce conte politique.

Premier plan sur ses yeux si verts, si ouverts, en alerte : une jeune femme guette dans la forêt avec son fusil, puis se met à courir à perdre haleine jusqu’à une cabane, où elle dispose des entrailles animales dans une fosse. Sibel semble préparer un piège (pour qui, pourquoi ?), puis elle retourne travailler dans les champs, parmi d’autres femmes aux foulards bigarrés, qui sifflent pour se donner des nouvelles d’une plantation à l’autre, car « ici ça ne capte pas »…

A Kusköy, un petit village turc perdu dans une vallée proche de la mer Noire, tout le monde « parle » une langue sifflée inventée il y a des siècles pour s’entendre par-delà les reliefs. Pas d’autre choix que ce langage volatile, en revanche, pour la si belle Sibel, puisqu’elle est muette. La fière aînée du maire, rejetée en raison de son handicap, cherche à s’intégrer en tuant un loup, qui hante les villageois. Mais, un jour, c’est un homme traqué, blessé, qu’elle rencontre, sauve et cache. Car Sibel ne craint pas non plus ce « loup »-là…

Quel film captivant ! Venu du documentaire, le couple franco-turc Cagla Zencirci et Guillaume Giovanetti a su impliquer la population dans un conte forestier qui prend, de plus en plus violemment, les contours d’un suspense politique sur le courage obstiné d’une jeune femme, et son émancipation — sociale, sexuelle — dans une société patriarcale. Où la toxicité suprême est de rendre les femmes agressives entre elles, tant elles sont déchirées entre la fierté d’être données en mariage et leur instinct caché d’indépendance.

Le mouvement du film est cons­tant : les réalisateurs s’arriment à leur héroïne, quand elle rejoint l’homme, le déserteur, dans cette forêt qu’elle connaît comme sa poche. Ou lorsqu’elle marche, le menton insolemment levé, dans les rues du village, où tout le monde chuchote sur son passage. Jusqu’à la maison familiale, où elle remplit les tâches domestiques pour son père, veuf et écartelé entre son statut traditionnel et son amour filial — cette figure masculine, naturellement libérale, est magnifique. Cœur haletant d’une mise en scène où la nature et les couleurs éclatent de toutes parts, Sibel avance, le visage tour à tour terreux et barré de rouge à lèvres hâtivement effacé, qui laisse sur sa joue comme une peinture de guerre. Dans le rôle, Damla Sönmez, déjà star en son pays, et qui a mis six mois à apprendre la langue sifflée, est renversante : la plus belle des héroïnes pour faire entendre, très loin, le mot « liberté ». Guillemette Odicino, Télérama

Une jeune fille, l’héroïne éponyme, Sibel (Damla Sönmez, d’emblée inoubliable), muette, ne s’exprime que grâce à la langue sifflée du village. Bénéficiant de la protection autoritaire de son père veuf (Emin Gursoy), maire du lieu, elle n’en est pas moins tenue à l’écart par les autres femmes, qui la perçoivent comme maudite et craignent une contagiosité de son handicap. Un handicap qui, tout en la plaçant aux marges de cette micro-société et en lui déniant le statut de femme, lui permet de bénéficier de certains avantages, comme l’autorisation tacite de ne pas voiler ses cheveux ou encore celle, que lui envie tant sa sœur cadette, d’aller et venir librement, armée d’un fusil que lui a confié son père.

Il résulte de cet état de fait un partage clair de l’espace : les champs, le village, la maison, régis par les lois humaines, lieux dans lesquels la singularité de Sibel explose et conditionne tous ses échanges. Et la forêt vers laquelle elle fuit, protégée par son arme, et qui recouvre sa fonction originaire d’espace soustrait aux lois des hommes. Une forêt de conte, aussi, sur laquelle la jeune fille aux cheveux libres semble régner, et qui abrite sous ses arbres d’autres actants du conte : le loup, que l’héroïne traque, et qui est aussi comme une résurgence d’Asena, la louve chamanique, de laquelle seraient descendues les tribus turques ; la figure de la sorcière, qui prend ici les apparences d’une vieille folle, Narin (Meral Çetinkaya), que Sibel est la seule à côtoyer sans crainte et qui cache un antique chagrin, mais qui saura guider la jeune femme par ses paroles, entre prophétie et incantation ; et l’inconnu (Erkan Kolcak Kostendil), prince charmant ou ogre, selon ce qu’en décidera le conte… Un inconnu qui ancre toutefois le scénario dans le XXIème siècle, puisque la police qui le cherche le présente comme un dangereux terroriste, alors que lui affirme avoir au contraire fui le service militaire.

Au creux de cette forêt qui est son domaine, Sibel, homonyme de Cybèle, la déesse grecque de la nature sauvage, pourra laisser sa beauté et sa personnalité éclore. Mais la forêt offrira aussi comme une spatialisation de la mémoire collective, métaphorisant son inconscient, en se faisant gardienne et dépositaire des ossements que tous auraient préféré voir disparaître, puisqu’ils témoignent d’un ancien crime.

Porté par l’interprétation de Damla Sönmez, qui non seulement joue son personnage mais le danse, presque, de la tête aux pieds, tant sa gestuelle est précise, et servi par les cadrages inspirés d’Eric Devin, ce troisième long-métrage de Cagla Zencirci et Guillaume Giovanetti ne se quitte qu’à regret, tant l’on voudrait poursuivre l’exploration des méandres de cette histoire, entre puissance de l’imaginaire archaïque et mordant de la réalité socio-politique. Anne Schneider, Sens Critique

Les Eternels – Ash is purest white

Drame  chinois de Jia Zhangke  (2h15)

Synopsis

En 2001, la jeune Qiao est amoureuse de Bin, petit chef de la pègre locale de Datong.
Alors que Bin est attaqué par une bande rivale, Qiao prend sa défense et tire plusieurs coups de feu. Elle est condamnée à cinq ans de prison.
A sa sortie, Qiao part à la recherche de Bin et tente de renouer avec lui. Mais il refuse de la suivre.
Dix ans plus tard, à Datong, Qiao est célibataire, elle a réussi sa vie en restant fidèle aux valeurs de la pègre.
Bin, usé par les épreuves, revient pour retrouver Qiao, la seule personne qu’il ait jamais aimée…

Séances en Version Originale (VO)
Me.3 Je.4 Ve.5 Sa.6 Di.7 Lu.8 Ma.9
17h35 17h35 17h35 17h35

Critiques

Dans une Chine en proie à de violentes mutations, la métamorphose d’une femme qui s’est sacrifiée pour son amant. Une fresque noire, implacable.

« Bientôt, tout ceci ne sera que ruines sous l’eau », dit un guide touristique à propos d’un village, sur le futur site du barrage des Trois-Gorges, au cœur de la Chine. Nous sommes alors en 2006, au milieu du film, et la formule claque d’autant plus qu’elle exprime parfaitement le vertige procuré par Les Eternels. Tout — les liens comme les lieux — y semble voué à une violente transformation, sinon à une destruction sans appel.

Avec Au-delà des montagnes (2015), Jia Zhang-ke avait trouvé ses marques dans la fresque romanesque, courant sur une vingtaine d’années, embrassant à la fois le destin de quelques personnages et celui de la Chine contemporaine. Il raffine encore son art dans ce film noir, qui commence en 2001, avec l’idylle de Qiao, fille de mineur, et d’un petit chef de la pègre locale. C’est le temps de l’ouverture à l’Ouest, des discothèques improvisées, du reflux de l’activité minière et de toutes les traditions héritées de l’ère maoïste. Le premier chapitre de cette histoire s’arrête net quand la jeune fille, amoureu­se et exaltée par ses nouvelles fréquentations, doit s’emparer elle-même de l’arme de son amant et en user pour le défendre. S’ensuivent cinq années de prison pour elle, englouties dans une ellipse.

Les admirateurs du cinéaste (près de trois cent mille spectateurs français pour son précédent film) peuvent reconnaître au passage des bribes de Plaisirs inconnus (2002) ou de Still Life(2006), entre autres. Depuis la fin des années 1990, Jia Zhang-ke chronique les mutations de la Chine en temps réel. Il est ainsi devenu le témoin majeur d’un changement de civilisation, inscrivant ses protagonistes dans des décors en chantier perpétuel, de plus en plus surdimensionnés. Pour lui, se retourner, avec ce nouvel opus, sur les deux dernières décennies de son pays consiste aussi à revisiter sa propre filmographie, grâce notamment à des images non utilisées en leur temps.

Mais ignorer ces autocitations n’enlève rien à l’extraordinaire force des Eternels. Quand les deux amants se retrouvent après la longue parenthèse carcérale, ils sont encore jeunes, irrévocablement marqués l’un par l’autre. Pourtant on ne les verra plus jamais s’étreindre. Qiao a parcouru des milliers de kilomètres pour retrouver son homme et le découvrir changé, profondément infidèle, à la fois à la pègre (au profit du capitalisme sauvage et légal, quelle ironie !) et à leur amour, alors qu’elle s’est sacrifiée pour lui. Un face-à-face dans une chambre aux lumières jaunes comme l’amertume donne à cette trahison une résonance inoubliable.

Le film raconte alors un transfert de pouvoirs et de personnalité — avec, incidemment, un humour sec, cinglant. Qiao devient, en quelque sorte, celui qu’elle avait choisi. Brisée, agressée, mais violente s’il le faut, elle endosse la droiture de la pègre à l’ancienne et reprend le chemin de sa région natale pour y régner en patronne. Zhao Tao, épouse et muse de Jia Zhang-ke — huitième collaboration depuis Platform, en 2000 —, presque tout le temps à l’image, crée là une héroïne grandiose par sa fidélité et son endurance.

Avant le dernier et implacable chapitre (contemporain) de cette épopée, façon « ni avec toi ni sans toi », un moment d’anthologie montre la jeune femme entre deux trains à grande vitesse, tentée de suivre un voyageur inconnu. C’est un mythomane fragile, héraut et victime du nouveau capitalisme, qui lui ment, et à qui elle ment. Il y a alors comme un appel d’air, l’esquisse d’une échappée possible… Mais non : il faut affronter son destin, même si ce destin ressemble à un paysage après l’incendie. Car, comme le dit le magnifique titre original, la blancheur de la cendre est la plus pure. Louis Guichard, Télérama

Jia Zhang-ke a su ausculter en vingt ans de nombreux aspects de la Chine contemporaine. Avec le farouchement violent A Touch of Sin, il a élargi son public avec une réflexion puissante sur la violence urbaine. Les premières minutes des Eternels semblent apporter une nouvelle pierre à son édifice de réalisateur implacable. On y retrouve la représentation d’une vie citadine phagocytée par une pègre omniprésente, et l’imagerie jouant sur les effets de lumières –à commencer par l’opposition entre violence (en rouge) et innocence (en vert). Tout est fait pour nous replonger dans cet univers sanglant et déshumanisé. Et pourtant, contre toute attente, le cinéaste va brutalement, après une scène dont la violence est plus déchaînée encore que dans les deux films susnommés, nous extirper dès la fin du premier tiers de son long-métrage. Ou, plus précisément, en extirper son héroïne, incarnée par son épouse dans la vie, Zhao Tao. Elle y incarne Qiao, une ancienne danseuse, venue de la campagne, et tombée sous le charme de Bin, un caïd local. L’ingéniosité de Jia Zhang-ke est de ne pas s’être fourvoyé dans une exposition didactique des coulisses du système criminel qui lui sert de contexte, le rendant plus nébuleux et ainsi plus angoissant. Vues par les yeux de sa femme, les activités de cet homme d’affaires aux méthodes expéditives restent floues, se limitant finalement à la gestion d’une salle de jeux où elle assure le service à des clients peu recommandables. Mais Qiao l’aime et son influence néfaste sur elle est telle qu’elle est prête à se sacrifier pour lui. Ne nous permettant pas de mesurer à quel point cet amour est réciproque, le film nous met dans un état de malaise émotionnel dont on ne sortira jamais vraiment. Le schéma scénaristique que prend ensuite le long-métrage semble pourtant tout tracé : mis à l’écart, le couple va se retrouver, se reformer et opérer une vendetta qui les ramènera aux commandes de leur réseau mafieux. Tout paraît écrit d’avance, et c’est assurément pour cela que voir le réalisateur prendre à revers nos attentes apparaît, de sa part, comme un pari audacieux. Et réussi.

S’aventurant alors dans un univers cinématographique loin du sien, plus rural et léger, Jia Zhang-ke trace le parcours de son héroïne en prenant le temps de lui autoriser quelques rencontres impromptues. Elles seront surtout l’occasion pour lui de faire d’elle une femme redoutable, pleine de malice, ce qui était loin d’être flagrant sous l’escarcelle de son homme. Mais elle n’en reste pas moins un être fragile, qui a besoin de se raccrocher à un idéal, qu’il s’agisse de celui que lui offrait Bin ou, par défaut, de celui du premier beau-parleur venu, quitte à se permettre de se plonger dans son imaginaire fantasque. Il s’offre alors au passage une scène ouvertement improbable, une incursion du fantastique que l’on n’attendait pas dans son oeuvre bressionienne. Et le retour du couple en ville n’offrira aucunement aux spectateurs l’explosion de violence qu’ils pouvaient en attendre. Ce chapitre final les emmène vers un retournement des rapports de force que l’on peut qualifier de féministe et une conclusion émouvante. Celle-ci répond à la question que l’on pouvait se poser à la vue des précédents films du réalisateur, de savoir si le microcosme ultra-violent qu’il y dépeignait est malgré tout propice à une histoire d’amour. Il n’en reste pas moins sévère sur l’état de son pays -son sujet de prédilection- puisqu’on peut voir la désillusion de son héroïne comme celle d’une nation entière dont la volonté obsessionnelle de changement ne mène à rien de joyeux.
Les longueurs qui auront précédé ce final poignant, mais surtout l’usage maladroit de certaines ellipses, font de Les Eternels un film dans lequel il est aisé de se perdre. Pourtant, l’intensité du jeu de Zhao Tao est telle que l’on se plaît à rester auprès d’elle pendant plus de deux heures, partageant pleinement les espoirs et les désillusions de son personnage. Julien Dugois, àVoir-àLire

Arctic

Film islandais de Joe Penna aventure, thriller (1h37)

Synopsis

En Arctique, la température peut descendre jusqu’à moins –70°C. Dans ce désert hostile, glacial et loin de tout, un homme lutte pour sa survie. Autour de lui, l’immensité blanche, et une carcasse d’avion dans laquelle il s’est réfugié, signe d’un accident déjà lointain. Avec le temps, l’homme a appris à combattre le froid et les tempêtes, à se méfier des ours polaires, à chasser pour se nourrir… Un événement inattendu va l’obliger à partir pour une longue et périlleuse expédition pour sa survie. Mais sur ces terres gelées, aucune erreur n’est permise…

Séances en Version Originale (VO)
Me.3 Je.4 Ve.5 Sa.6 Di.7 Lu.8 Ma.9
17h50 17h50 18h00 18h00

Critiques

Le réalisme passe par le jeu fascinant de l’acteur danois Mads Mikkelsen. Il ne prononce que quelques courtes phrases, mais par un langage corporel souvent subtil, il communique la fatigue, le découragement, l’espoir, la joie, la peur, la tendresse et une volonté de survie presque inébranlable. Presque.
De toute évidence, son personnage s’y connaît en techniques de survie et s’attèle à sa tâche avec méthode et détermination. La beauté passe par les paysages arctiques (le film a été tourné en Islande) et, surtout, par la lumière du Grand Nord, cette lumière changeante au gré du temps.
La réalisation fait confiance à l’intelligence des spectateurs, elle se fait avare d’explications. Elle communique l’information nécessaire, et pas plus, par de petites touches visuelles.
Arctic se caractérise ainsi par la sobriété. Le rythme est lent, la musique se fait subtile, le suspense s’installe insidieusement. Les quelques épisodes qui viennent secouer les spectateurs sont d’autant plus marquants.  Marie Tison, La Presse Montréal

Le risque est que la lassitude pointe parfois, mais en tirant « Arctic » vers le versant zen et existentialiste du genre, en préférant utiliser, plutôt que les coups de théâtre à répétitions, l’immuable cirque de montagnes enneigées, le film exprime aussi bien que ses prédécesseurs la totale indifférence du monde vis-à-vis des créatures qui s’y agitent. Elisabeth Franck-Dumas, Libération

Avec en point d’orgue un combat à mains nues contre un ours polaire, Mikkelsen porte le film sur ses épaules plus monolithique que jamais et sans dialogue… François Rieu, Première

Wardi

film d’animation norvégien, français, suédois de Mats Grorud (1h20)

Synopsis

Beyrouth, Liban, aujourd’hui. Wardi, une jeune Palestinienne de onze ans, vit avec toute sa famille dans le camp de réfugiés où elle est née. Sidi, son arrière-grand-père adoré, fut l’un des premiers à s’y installer après avoir été chassé de son village en 1948. Le jour où Sidi lui confie la clé de son ancienne maison en Galilée, Wardi craint qu’il ait perdu l’espoir d’y retourner un jour. Mais comment chaque membre de la famille peut-il aider à sa façon la petite fille à renouer avec cet espoir ?
Séances en Version Française (VF)
Me.3 Je.4 Ve.5 Sa.6 Di.7 Lu.8 Ma.9
16h00 15h45 11h10

Mon objectif était de réaliser un film qui semble aussi réaliste que possible aux yeux des Palestiniens qui vivent au Liban. Les personnages sont tous inspirés de mes amis et de leur famille. J’ai relié des commentaires entendus dans le camp à des informations tirées des entretiens que nous avons menés. Nous souhaitions faire un film sur le passage du temps : le passé, le présent et le futur à travers Wardi, son arrière-grand-père Sidi et le mystérieux Pigeon Boy. Je souhaitais créer un lien entre la nouvelle et l’ancienne génération.

Critiques

Wardi alterne des flash-back en dessins 2D pour évoquer les grandes dates du conflit au Proche-Orient (le massacre des camps de Sabra et Chatila en 1982, le début de la première intifada en 1987…) et, surtout, des séquences en stop motion (animation en volume image par image) pour chroniquer le présent du camp de Bourj el-Barajneh, à Beyrouth. Les décors, bricolés avec les moyens du bord, témoignent de la précarité subie par les réfugiés, exclus du marché du travail. La mise en scène joue habilement du contraste entre les ruelles sombres du camp et l’immensité lumineuse du ciel, entre la sensation d’enfermement et l’aspiration à une vie meilleure.

Le design naïf des marionnettes rend le film accessible à un très large public, en facilitant l’empathie avec les personnages. A commencer par la petite héroïne, Wardi, une écolière de 11 ans dont l’optimisme se heurte au mal-être des adultes. Sa relation avec son arrière-grand-père, vieux sage qui n’a jamais revu sa Galilée natale après en avoir été expulsé, adolescent, lors de la création d’Israël, en 1948, propulse ce film attachant vers des sommets d’émotion. Samuel Douhaire, Télérama :

Pour réaliser son premier long-métrage d’animation, le cinéaste norvégien Mats Grorud s’est inspiré de sa propre histoire : sa mère, infirmière, a travaillé au Liban pendant la guerre civile. Par-delà les frontières du pays, le conflit israélo-palestinien a conduit de nombreux habitants de Palestine à trouver refuge sur le territoire libanais. De là ont poussé les camps de réfugiés, dont l’un d’entre eux, le camp de Burj El Barajneh, que Wardi prend pour cadre.
Porté par ses visites des camps au Liban et ses souvenirs d’enfance, passée au Caire, à Jérusalem et à Gaza, Gorurd livre un film en forme de miroir existentiel, en mettant en scène une jeune adolescente qui, suite à la maladie de son grand-père, qui menace de l’emporter, décide de connaître son passé social et familial, en interrogeant son entourage.
Wardi est une adolescente tout à fait comme il faut : elle est gentille, bien élevée, travaille bien à l’école et a pour ambition de faire des études et de devenir quelqu’un. Malheureusement, le cynisme et le pessimisme planent comme les ténèbres au-dessus des têtes de populations résignées. Face à cette abnégation et à la perspective de ne jamais rentrer en Palestine, Wardi décide de savoir d’où elle vient.
Quoi de mieux pour cela que d’interroger les membres de sa famille ? De sa mère à sa tante en passant par son oncle, chacun de ses proches va lui raconter, de son point de vue, et à sa manière, comment il est arrivé au camp, comment il a traversé les violences inouïes des conflits armés. Ainsi disposé, le récit rend un formidable hommage à ces gens qui ont tout perdu et tentent, aujourd’hui encore, de tout retrouver, à commencer par eux-mêmes.
Le film est également intéressant dans son utilisation de différentes techniques d’animation : les décors artisanaux et le design des personnages restituent à merveille l’ambiance des films en prise de vue réelle du Moyen-Orient. Les animations en volume et en 2D manifestent, chacune, une réalité temporelle (présent en stop-motion, passé en dessin traditionnel). Un mariage très audacieux, à l’heure où la 3D et les images de synthèse se taillent la part du lion de l’animation.
Sensible et bienveillant, Wardi prouve que, quelle que soit la région du monde dans laquelle on vit, les histoires des peuples se rejoignent, car connaître l’histoire de ses semblables impose de déjà connaître sa propre histoire : celle de sa famille.
 àVoir-àLire : un récit fort et tendre, au prisme du regard d’une jeune héroïne en quête de son passé.

Dumbo

Film américain de Tim Burton, Aventures (2h04)

Synopsis

Les enfants de Holt Farrier, ex-artiste de cirque chargé de s’occuper d’un éléphanteau dont les oreilles démesurées sont la risée du public, découvrent que ce dernier sait voler…

Séances en Version Française (VF)
Me.3 Je.4 Ve.5 Sa.6 Di.7 Lu.8 Ma.9
13h30 13h30 13h30 13h30 11h00 13h30 16h30
15h30 15h50 15h50 15h30 13h30 15h50
20h00 20h10 20h10 20h00 15h30 20h10
22h30 22h20 20h00

Critiques

Travaillant constamment la photographie et les textures, comme l’enchevêtrement de techniques en dur et du numérique, le réalisateur retrouve une richesse graphique qu’il paraissait avoir abandonnée. Et alors qu’il s’immerge totalement dans cette fable où ses thèmes récurrents s’égrènent les uns après les autres, il nous fait la surprise de l’émotion.

Elle prend de l’ampleur avec la déclaration d’amour au spectacle vivant qui structure le film. En particulier lors d’un dernier acte où les blessés se relèvent et où les bonimenteurs bonimentent, à la faveur d’une séquence qui s’amuse à multiplier les illusions au sein d’un même plan. Une séquence pour mieux en appeler au souvenir d’un cinéma analogique, à l’amour dévorant de trucage qu’on ne s’attendait à revoir dans un blockbuster de tonton Mickey.

Même la partition aussi envahissante que grossière de Danny Elfman ne peut rien y faire, pas plus que l’animation parfois vilaine du petit éléphant : il émane du film de purs saillies sentimentales, de longues plages d’émerveillement, auxquelles les remakes live de Disney ne nous avaient pas habitués.

Parce qu’à la manière d’un monstre de foire, Dumbo ne se laisse jamais appréhender ou attraper, qu’il déjoue les enjeux attendus et se renouvelle sans cesse, il touche au cœur.  Simon Riaux, Ecran Large

Grand cirque créatif mêlant des numéros d’une beauté infinie à la tristesse de l’envers du décor. Le rire est parfois cruel. Micro-critique de Vince490

Convoi Exceptionnel

Comédie franco belge de Bertrand Blier, 1h22

Synopsis

C’est l’histoire d’un type qui va trop vite et d’un gros qui est trop lent. Foster rencontre Taupin. Le premier est en pardessus, le deuxième en guenilles. Tout cela serait banal si l’un des deux n’était en possession d’un scénario effrayant, le scénario de leur vie et de leur mort. Il suffit d’ouvrir les pages et de trembler…

Séances en Version Française (VF)
Me.3 Je.4 Ve.5 Sa.6 Di.7 Lu.8 Ma.9
13h30 13h30 15h50 13h30

Critiques

Neuf ans que l’on avait plus eu ce plaisir jouissif de se régaler devant la folie du cinéma de Bertrand Blier. Le dernier long-métrage du cinéaste remonte à 2010, et son exquis Le Bruit des Glaçons, comédie noire où Albert Dupontel jouait le cancer de Jean Dujardin qui venait frapper à sa porte. Parce qu’il est rare, le cinéma de Blier en devient précieux. Joie et bonheur donc de savourer le retour de l’auteur de Buffet Froid et Tenue de Soirée avec Convoi Exceptionnel, un délire ubuesque qui réunit le tandem Christian Clavier et Gérard Depardieu, 17 ans après Astérix et Obélix : Mission CléopâtreMondociné

Adhérer à Rochefort sur Toile pour la saison 2018-2019 !!! ici >>>> formulaire de d’adhésion

Et toujours :

Les spectacles de la COMEDIE-FRANCAISE de Paris, du BOLCHOI de Moscou, du METROPOLITAN de New York : 18€ sur présentation de votre carte Rochefort sur Toile.
Pour d’autres informations , explorez le site au moyen des mots clés et onglets en haut de la page.

Partagez sur vos réseauxShare on Facebook
Facebook
Tweet about this on Twitter
Twitter
Share on LinkedIn
Linkedin
Email this to someone
email
Pin on Pinterest
Pinterest

1 commentaire sur “Du 3 au 9 avril 2019 à l’Apollo Ciné 8”

  1. J’ai eu la chance de voir « Les Eternels », une oeuvre magnifique.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *