Du 12 au 18 février 2020 à l’Apollo Ciné 8

Par Sophie et Anka, le 12 février 2020

A l’Apollo Ciné 8 cette semaine, du 12 au 18 février 2020, Down by law de Jim Jarmusch, et toujours La dernière vie de Simon de Léo Karmann et 1917 de  Sam Mendes au tarif Rochefort sur Toile : 6€ toutes les séances.

Notez également les séances du superbe The Gentlemen de Guy Ritchie qui sont en VO (pas au tarif RST):

Séances en Version Originale (VO)
Me.12 Je.13 Ve.14 Sa.15 Di.16 Lu.17 Ma.18
17h45 17h45 20h10 17h45

Down by law

Comédie dramatique de Jim Jarmusch (américain, noir et blanc, 1986 restauré en 2019, 1h47)

Synopsis

Dans le bayou, en Guyane, un monde de malchance et d’ennuis pour Jack et Zack. Ces deux paumés se retrouvent en prison et rencontrent Roberto, rempli de l’entrain qui leur manque. Il les entraîne à s’évader.

Séances en Version Originale (VO)
Me.12 Je.13 Ve.14 Sa.15 Di.16 Lu.17 Ma.18
20h15 18h00 18h00 18h00

Critique par Cécile Mury (Télérama)

Louisiane. Jack, un maquereau pas très doué des nageoires, doit rencontrer une nouvelle « gagneuse » mais tombe sur une mineure… et quelques flics. Pêché, le poisson se retrouve en prison… Zack, un disc-jockey plutôt rouillé du pick-up, doit gagner mille dollars en convoyant une auto. Pas de pot : dans le coffre, la police découvre un cadavre. Piégé, l’oiseau se retrouve… dans la même cellule que Jack. Arrive un troisième colocataire, Roberto, italien, expansif, illuminé…
Le film de Jim Jarmusch tintinnabule comme une nursery rhyme, comptine hypnotique, vagabonde et un brin amère. Le cinéaste s’improvise grand maître des destins croisés : deux gogos connaissent en simultané les mêmes mésaventures, avant de se télescoper en prison. Zack et Jack, double face de la même pièce, la même Amérique miteuse, laissée sur le bas-côté. Un troisième larron (Roberto Benigni) lance tout à coup cette pièce en l’air, permet l’évasion… et transforme la série noire en conte de fées dérisoire, drolatique, baigné de blues, rythmé par la voix râpeuse de Tom Waits. Down by law est magique. On se balade entre humour absurde, comé­die musicale, hommage à la série B policière. Noir et blanc de rigueur. Pour porter les « couleurs » de la cinéphilie, mais aussi pour la beauté mélancolique, presque ­sévère, des paysages de Louisiane.

La dernière vie de Simon

Film fantastique français de Léo Karmann, 1h43

Synopsis

Simon a 8 ans, il est orphelin. Son rêve est de trouver une famille prête à l’accueillir. Mais Simon n’est pas un enfant comme les autres, il a un pouvoir secret : il est capable de prendre l’apparence de chaque personne qu’il a déjà touchée… Et vous, qui seriez-vous si vous pouviez vous transformer ?

Séances en Version Française (VF)
Me.12 Je.13 Ve.14 Sa.15 Di.16 Lu.17 Ma.18
17h50 13h30 13h30 17h55 17h50 13h30 13h30
20h10 22h30 22h30 17h50 20h10

La critique de Guillaume Méral, Le Quotidien du Cinéma

« La dernière vie de Simon » sollicite la filiation Amblin/ Spielberg/ Zemeckis. Bref, pile poil un film comme a l’habitude d’en produire l’Hexagone. Pourtant, « La dernière vie de Simon » réussit à être tout ça à la fois, et bien plus encore. Aussi protéiforme que son personnage éponyme, orphelin de son état capable de prendre l’apparence de toutes les personnes qu’il touche. Lorsqu’il rencontre une famille prête à l’accueillir, il va prendre une terrible décision qui va affecter sa vie à tout jamais… Et celle de ses proches.

On n’en dira pas plus pour ne pas déflorer une intrigue déjà largement exposée dans la bande-annonce. Mais sachez que les envies de cinéma du réalisateur et son équipe se conjuguent systématiquement aux émois de personnages qui ne quittent jamais le centre des débats. A contrario de toutes les productions qui jouent la carte de la nostalgie 80’s comme d’un accès premium à la boite à doudous des millenials, La dernière vie de Simon n’utilise jamais ses influences évidentes et assumées comme papier peint de son récit.

Conscient que la diversité des genres traversés par un récit aux tonalités plurielles le place sur un équilibre précaire vis-à-vis du spectateur (surtout dans le contexte d’un film français), Karmann s’applique à bétonner chaque compartiment de la production. En premier lieu le scénario écrit à quatre mains avec sa co-scénariste Sabrina B. Karine, qui déploie les états d’âmes de son personnage dans une structure aussi ambitieuse que charpentée. Mariant un art consommé de l’ellipse avec un goût du romanesque assumé, le duo fait preuve d’un timing à toutes épreuves lorsqu’il s’agit de laisser du mou au spectateur pour lui permettre de s’approprier le récit dans ses interludes.

Preuve en est ce twist qui clôt la première demi-heure et ouvre le nouveau chapitre d’une vie à la manière de ces grandes œuvres littéraires qui affichent l’ambition de raconter une vie. De fait, c’est en stimulant l’imaginaire du spectateur dans ce qu’il ne voit pas autant que dans ce qui lui est montré que le film réussit à magnifier son récit dans le temps et dans l’espace, et ce malgré sa durée ramassée. A croire qu’on perd l’habitude des films qui racontent leurs personnages dans le temps plutôt que de les étaler sur des durées-fleuves…

C’est sans doute l’un des aspects les plus remarquables de « La dernière vie de Simon » que de revendiquer l’expressivité de son médium (de la lumière à la musique en passant par la photo, tout est porteur de sens ici), tout en réussissant à garder des choses pour lui en les partageant avec le spectateur. C’est ce paradoxe inhérent au médium et cette différence fine mais oh combien décisive entre montrer et évoquer, qui articule les nombreuses envolées hyperboliques d’un film qui n’a jamais peur de faire jaillir les états d’âmes de ses personnages à l’écran. Y compris quand ces derniers sont les porteurs de ces dilemmes moraux insolubles, de ceux qui forgent les tragédies intemporelles et résonnent dans le regard du spectateur qui a depuis longtemps laissé ses défenses immunitaires derrière lui.

Vous l’aurez compris : « La dernière vie de Simon » avance avec un idéal de cinéma pur chevillé au corps qu’il n’a jamais porter de porter à sa quintessence émotionnelle. A l’instar de Steven Spielberg finalement, mentor spirituel de l’équipe auquel le film ne cesse de renvoyer (on pense notamment à E.T, véritable modèle de poupées russe d’émotions contradictoires). Quitte à parfois trébucher sur la route, comme lors d’un climax qui se laisse quelque peu emporter par son romantisme et perd de vue la suspension d’incrédulité du public en cours de route. C’est le prix à payer pour les funambules qui vont au charbon par grands vents : le risque de glisser est forcément plus élevé. En l’état, cela n’enlève rien à la beauté de l’un des gestes de cinéma les forts vécus de mémoire récente, qui réussit à (re)faire de la France une terre d’imaginaire jamais entamée. Quand même.

1917

Drame/guerre américano-britannique réalisé par Sam Mendes (1h59)

Synopsis

Pris dans la tourmente de la Première Guerre Mondiale, Schofield et Blake, deux jeunes soldats britanniques, se voient assigner une mission à proprement parler impossible. Porteurs d’un message qui pourrait empêcher une attaque dévastatrice et la mort de centaines de soldats, dont le frère de Blake, ils se lancent dans une véritable course contre la montre, derrière les lignes ennemies.

Séances en Version Française (VF)
Me.12 Je.13 Ve.14 Sa.15 Di.16 Lu.17 Ma.18
15h30 15h30 15h30 15h25 10h50 15h30 15h30
20h00 19h45 15h30 20h00

Critique

La reconstitution historique de la Première Guerre mondiale trouve une nouvelle dynamique, grâce à ce drame tourné en plan-séquence par un Sam Mendes plus inspiré que jamais, qui propose une expérience à la fois immersive et intimiste. Un très grand film, qui devrait devenir une référence dans la filmothèque du premier conflit mondial.
Tourner un film entièrement en plan-séquence ? Les cinéastes du monde entier en ont rêvé, les Allemands l’ont fait ! En 2015, le film dramatique allemand Victoria, coécrit et réalisé par Sebastian Schipper, a remporté l’Ours d’argent de la meilleure contribution artistique lors de la Berlinale, le Festival international du film de Berlin. Le film a en effet été tourné en un seul plan-séquence de plus de deux heures ; une véritable prouesse pour les acteurs, mais également pour toute l’équipe technique, nécessitant plusieurs mois de répétitions et une concentration extrême, afin de reproduire une expérience qui, sur grand écran comme ailleurs, n’est encore qu’une illusion. Car ce qui est proposé au spectateur n’est pas encore représentatif de ce qu’ont vécu des comédiens, notamment ceux de 1917, qui tournent des scènes longues, montées ensuite ensemble, en postproduction.
Certes, en 2015, le plan-séquence n’était déjà plus une pratique récente, et encore moins révolutionnaire. Mais utilisée fréquemment pour une scène ou pour un plan fixe, cette technique n’avait encore jamais été employée sur un film entier. Apparu dans les années 1920, le plan-séquence revient à la mode ces dernières années, aussi bien au cinéma qu’à la télévision, au point que le spectateur attentif pourra se sentir agacé de voir une technique se développer, parfois au détriment d’un scénario prévisible ou déjà-vu. En ayant accès à tout, le spectateur d’aujourd’hui ne peut que se montrer critique face à des techniques comme le plan-séquence ou la 3D, qui servent parfois à combler les faiblesses du fond par la forme, tout en n’étant en aucun cas une plus-value pour un film, à propos duquel ce genre de technique est souvent qualifiée d’inutile.
Aussi, les premières minutes de 1917 laisseront sans aucun doute le public perplexe. Est-ce encore l’un de ces films où l’égo du réalisateur s’exprime, au détriment du scénario et d’une mise en scène qui servirait mieux le sujet ? Fort heureusement, le réalisateur britannique Sam Mendes est bien au-dessus de ces pratiques. Car ce qu’il propose est une véritable expérience cinématographique, à la fois immersive, intense et intime ; le fruit d’une réflexion et d’une intention réelle d’exposer la guerre d’une autre façon, afin de mieux la vivre, et donc de mieux la comprendre. Conscient que la Première Guerre mondiale a certes été maintes fois relatée, exposée, aussi bien dans des livres, des séries ou des films, Sam Mendes exprime ici sa volonté d’expliquer le destin des Poilus à une génération qui peut éprouver des difficultés à se rendre compte de la dureté et de l’importance d’un conflit, dont le dernier ancien combattant est décédé en 2008.
1917 suit donc deux simples soldats, dont la mission résume toutes les horreurs auxquelles les Poilus ont été confrontés. Des ennemis partout, des hauts gradés belliqueux, des tranchées infestées de rats, la faim, l’humidité, le froid… Les deux protagonistes principaux, décidés à participer au conflit sans faillir, mais en restant à leur place, vont devoir obéir et passer en territoire ennemi, afin de délivrer un message vital et ainsi sauver 1600 soldats d’une mort certaine. Alors que le piège risque de se refermer sur cet escadron, le duo se lance dans une course effrénée contre le temps.
Parce que la caméra ne les lâche jamais, les suivant tout au long de leur dangereux périple, le spectateur pourra comprendre, minute par minute, tout l’intérêt du choix de Sam Mendes : s’il est vrai que les horreurs de la guerre ne s’arrêtent jamais, alors la caméra ne le doit pas davantage.
Sam Mendes n’est pas le premier réalisateur à comprendre que le plan-séquence se marie particulièrement bien aux films de guerre. En 2008, Joe Wright avait choisi cette technique pour illustrer la bataille de Dunkerque, l’évacuation délicate de l’armée britannique en juin 1940, dans son film Reviens moi. Le plan-séquence permet d’exprimer dans la durée la réalité d’une guerre que les soldats qui l’ont vécue ont eu bien du mal à raconter, tant les horreurs vécues sont indescriptibles. Le cinéma témoigne de la réalité d’un conflit qui ne permettait pas aux belligérants de relâcher la garde ; tout comme la caméra qui ne peut se permettre de manquer une seule seconde d’une aventure palpitante, où le sang, les larmes et la sueur deviennent presque palpables.
Entouré de spécialistes militaires pour les costumes, les décors et la préparation des acteurs, le réalisateur s’amuse donc à reproduire une technique qu’il avait déjà appréhendée avec brio dans la scène d’ouverture de Spectre.
En poussant de toute évidence son équipe dans ses retranchements, il en tire le meilleur. Difficile en effet de reconnaître le jeune roi Tommen de la série Game of Thrones dans la figure du soldat investi interprété par Dean-Charles Chapman. De même, et alors que sa filmographie reste assez confidentielle, George MacKay livre une performance remarquable et habitée. Injustement oublié dans la course aux Golden Globes qui a récompensé 1917 et son réalisateur lors de la cérémonie du 5 janvier 2020, l’acteur porte le film sur ses épaules et méritait, à défaut d’une statue ou d’une récompense, au moins une statuette.
1917, par ses choix de mise en scène, montre toute la fatigue et la peur ressenties par des hommes que la guerre pousse à se surpasser sans cesse pour rester en vie. Un film indispensable, dont le montage sert le scénario et rend plus puissant encore un message de paix universel, par l’absurdité des situations terribles dans lesquelles se retrouvent des hommes terrifiés. Antimilitariste par ce qu’il montre sans porter pour autant la lourdeur d’un message qui desservirait le propos, le long-métrage devrait faire date et permettre de mettre enfin la lumière sur les morceaux de bravoure, les petits actes héroïques et fraternels que les Poilus ont multipliés, sans jamais en être récompensés.
Aux grands hommes, le cinéma enfin reconnaissant. Virginie Morisson – àVoiràLire

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